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Le grand coup de gong de Turandot à Montréal

La Scène, Opéra, Opéras

Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts. 17-V-2014. Giacomo Puccini (1858-1924) : Turandot, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni, terminé par Franco Alfano. Mise en scène et chorégraphie : Graeme Murphy ; Assistant : Kim Walker. Collaboratrice artistique : Janet Vernon. décors et costumes : Kristian Fredrikson ; éclairages : John Drummond Montgomery. Avec : Galina Shesterneva, Turandot ; Kamen Chanev, Calaf ; Hiromi Omura, Liù : Grigori Soloviov, Timur ; Jonathan Beyer, Ping ; Jean-Michel Richer, Pang ; Aaron Sheppard, Pong ; Guy Bélanger, Empereur Altoum ; Josh Whelan, Un Mandarin. Chef de chœur : Claude Webster. Chœur de l’Opéra de Montréal. Les Petits Chanteurs du Mont-Royal. Les Voix Boréales. Orchestre Métropolitain. Direction : Paul Nadler

turandot1L’Opéra de Montréal clôture sa 34e saison 2013-2014 d’un grand coup de gong avec Turandot, l’oeuvre inachevée de Puccini.

La mise en scène de , qui nous vient d’Australie – il existe d’ailleurs une captation en DVD – garde tous ses attraits après plus de vingt ans de loyaux services. Les qualités premières de cette production sont sans aucun doute qu’il n’existe aucun temps mort où le visuel le dispute aux déplacements de foule,  où chaque mouvement semble étudié, chorégraphié. Une mise en scène forte, dynamisée par les mouvements des choeurs, des danseurs et une multitude de figurants. Les jeux d’éclairage de John Drummond Montgomery où alternent profondes ténèbres et lumières crues sont fort habiles et les décors, costumes et maquillages de Kristian Fredrikson souvent somptueux, nous plongent tour à tour dans l’univers mythique et lointain, d’un Empire du Milieu sans âge, éternel et immobile, dominé par les rituels. L’apparition d’une lune bien palpable et de tous les artifices tiennent les spectateurs en constant éveil. Nous plongeons dans un pays étrange où exotisme rime avec érotisme, où les moeurs cruelles d’une princesse sont indubitablement associées à la décapitation des prétendants. Pourtant, cette production est exempte de toute vulgarité ou d’éléments kitchs qui viendraient en affadir le propos et court-circuiter la structure topologique.  La première apparition de Turandot ressemble à la naissance d’une Vénus orientale derrière un éventail qui la dévoile et se referme aussitôt. Mais l’univers de Turandot est d’abord et avant tout sonore.

Du côté des femmes, la part belle revient à la Liù d’, soprano japonaise, bien connue à Montréal pour ses interprétations illustrissimes de Madama Butterfly – mémorable Cio-Cio-San – d’Amelia de Simon Boccanegra et de Leonora du Trouvère. La voix, dans toute la fraîcheur capiteuse du Signore, ascolta, est un pur délice. Elle domine la distribution nous révélant le plein accomplissement de ses moyens. Voix splendide, riche en harmoniques, d’un phrasé exemplaire, devient bouleversante dès les premiers mots du Tanto amore segreto pour culminer avec Tu che di gel sei cinta, d’une sensibilité, d’une sincérité, d’un tempérament qui atteint le sublime. Chant merveilleux de la mort qui répond aux ultimes inspirations du compositeur.

Il est toujours ardu de se mesurer à Turandot. C’est un personnage difficile à interpréter. D’autant plus, que pour sa seconde apparition, juchée sur une sorte d’escabeau à roulettes, vêtue d’une longue robe blanche, la princesse inaccessible n’a aucune possibilité de se mouvoir par elle même. Ce sont ses serviteurs qui la font pivoter. Elle semble prise à son propre piège. possède les moyens vocaux qui font les excellentes Turandot. Son rôle ne se réduit pas en un monstre de glace.  On devine la chair qui frémit, le coeur de la femme à conquérir. Son air In questa regia, est interprété finement, au second degré, avec subtilité. La dimension dramatique est certes partout présente mais l’évolution du personnage est perceptible à chaque apparition. Physiquement crédible sur scène,  projette une voix pleine, intense.

Du côté des hommes, le ténor bulgare déçoit quelque peu en Calaf. La voix semble d’abord voilée. Gauche sur scène, sa revendication amoureuse demeure tiède. Certes, le ténor possède une voix robuste, doté d’aigus mais manque d’aisance ou tout simplement d’affinités à l’univers puccinien.  Il ne ménage pourtant pas ses efforts mais ne répond que partiellement aux exigences du rôle. Malgré tout, avec un Nessun dorma attendu, il soulève la foule avant même la fin des dernières notes.

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Mention plus qu’honorable pour Ping, Pang et Pong, respectivement du baryton Jonathan Beyer et des ténors Jean-Michel Richer et Aaron Sheppard. Belle présence sur scène, le trio semble soudé, de la première intervention drolatique du premier acte, aux invectives menaçantes du troisième. Les trois ministres sont avant tout hommes de théâtre et le prouvent amplement. Les voix sont complémentaires et répondent adéquatement aux exigences. La première partie du second acte révèle leur talent respectif et des tessitures chatoyantes, finalement d’une grande homogénéité.

La basse russe possède la voix et les caractéristiques du roi déchu et aveugle.  Le timbre est exemplaire et les moyens remarquables. Le rôle de l’Empereur Altoum convient parfaitement au ténor . Il a surtout le mérite d’être court.

Le chœur de l’Opéra de Montréal sous la direction de , les Petits Chanteurs du Mont-Royal et Les Voix Boréales accomplissent un travail colossal.  On reconnaît l’importance de la masse chorale. Les hordes bien aguerries menées de main de maître trouvent leur cohésion, leur homogénéité et donnent du relief à l’oeuvre.

L’ sous la baguette de se plie aux exigences de leur chef. Il rend justice à l’ultime opus de Puccini.

Crédit photographique : (Liù) © Yves Renaud

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