bandeau Res Musica

L’archet solo souverain de David Grimal à Rochemontès

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Seihl (31). Orangerie du château de Rochemontès. 18-V-2014. « Bach… et après ». Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Adagio de la première sonate en sol mineur BWV 1001 ; Adagio de la 3e sonate en do mineur BWV 1005 ; Andante de la 2e sonate en la mineur BWV 1003 ; Chaconne de la 2e partita en ré mineur BWV 1004 ; Béla Bartok (1881-1945) : Tempo di cicaccona, 1er mouvement de la sonate pour violon seul ; Thierry Escaich (1965) : Nun Komm ; Eugène Ysaÿe (1858-1931) : Sonate n° 3, ballade. David Grimal, violon.

Jeu intérioriséHeureux mélomanes toulousains, qui au-delà d’une offre musicale abondante et de qualité tout au long de l’année, bénéficient depuis trois ans d’une saison de musique de chambre très originale dans l’écrin magnifique du XVIIIe siècle qu’est l’Orangerie du château de Rochemontès. Ce onzième concert donnait carte blanche au violoniste , qui avait concocté un programme d’une rare densité autour de l’œuvre de Bach pour violon solo. En une sorte de parcours initiatique, il proposait un dialogue intense entre Sebastien le Grand et quelques compositeurs du XXe siècle, dont la pratique du violon s’inspire largement de leur maître.

S’il ne bénéficie pas de la médiatisation qu’offre une fois l’an le cérémonial des Victoires de la musique classique, est sans aucun doute l’un de nos grands violonistes d’aujourd’hui avec une personnalité musicale très affirmée. Soliste magnifique, chambriste passionné, il mène depuis une dizaine d’années une aventure orchestrale des plus originales avec l’ensemble Les Dissonances, qu’il a fondé. La musique est pour lui autant un acte social et politique qu’artistique et à la suite du regretté Claudio Abaddo, rien n’est plus important que de faire de la musique ensemble. C’est pourquoi cet orchestre symphonique sans chef se veut un collectif de musiciens où les choix se déterminent ensemble. Le Konzertmeister n’y est que le primus inter pares.

Mais il demeure extrêmement convainquant avec son seul Stradivarius de 1710 « ex- Roederer » et présente son programme avec simplicité et une pédagogie limpide. S’excusant presque de sa brièveté autour d’une heure, il assure que ces pièces contiennent plus de notes que certains récitals de deux heures.

Il donne le thème avec l’adagio de la 1ère sonate en sol mineur, dont l’accord final est le même que celui du Tempo di ciaccona de la 1ère sonate pour violon seul de Bartok, qu’il enchaîne immédiatement. Transition toute en finesse pour exprimer la nostalgie de l’Europe centrale que Bartok ressentait à la fin de sa vie dans son exil américain. Alors qu’il sombrait dans la pauvreté, Yehudi Menuhin lui avait commandé cette sonate qu’il joua dans le monde entier afin de procurer quelques subsides au compositeur.

L’adagio de la 3e sonate en do majeur de Bach apparaît comme une respiration avant la pièce Nur Komm que composa pour David Grimal en 2001. Basé sur le célèbre choral luthérien Nur Komm der Heiden Heiland (Viens maintenant, Sauveur des païens), que Sebastien magnifia, cette partition flamboyante au tempo impossible pousse le violoniste dans ses retranchements avec une expression de révolte.

Par la légèreté de l’archet de David Grimal, le superbe andante de la 2e sonate en la mineur de Bach  introduit l’apaisement d’une sérénité retrouvée grâce au chant pur et au sens de la danse.

Le dernier rebondissement se fait avec la 3e sonate en ré mineur dite Ballade d’, dédiée à Georges Enesco. La référence à Bach est naturelle car en 1923 le violoniste belge a voulu composer six sonates traduisant l’évolution des techniques violonistiques et de la musique de son temps, après avoir entendu Joseph Szigeti interpréter la totalité du cycle de Bach. Cette pièce d’une virtuosité extrême déploie de complexes accords et des arpèges d’un sombre lyrisme.

Restant dans la même tonalité, David Grimal revient à Bach avec la monumentale Chaconne de la 2e Partita en ré mineur pour clore ce parcours d’une forte densité où les difficultés techniques de l’instrument s’accumulent comme autant de défis interprétatifs.

Au-delà de la technique et d’une maîtrise à toute épreuve, le violoniste démontre une ferveur imaginative, qui revient toujours à l’Alpha et l’Oméga que représente la musique de Bach.

Devant un public subjugué et conquis, il revint à la sonate de Bartok, dont le 3e mouvement adagio Melodia exprime la nostalgie du pays perdu en souvenir de la Transylvanie qu’il ne reverra pas.  Il aura d’ailleurs à peine le temps de la finir avant de disparaître. La musique meurt sur une dernière note filée dans une profonde émotion.

Quelques heures après la fin de ce récital, la Tribune des Critiques de France Musique couronnait sa récente interprétation du Concerto de Brahms avec Les Dissonances.

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.