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Dialogues des Carmélites par Carsen et Rattle à Covent Garden

La Scène, Opéra, Opéras

Londres, Royal Opera House, 07-VI-2014. Francis Poulenc (1899-1963) : Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes et douze scènes d’après la pièce éponyme de Georges Bernanos. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et accessoires : Michael Levine. Costumes: Falk Bauer. Lumières : Jean Kalman. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Avec Sally Matthews, Blanche ; Thomas Allen, Le Marquis de la Force ; Yann Beuron, Le Chevalier de la Force ; Anna Prohaska, Sœur Constance ; Deborah Polaski, Madame de Croissy ; Emma Bell, Madame Lidoine ; Sophie Koch, Mère Marie de l’Incarnation ; Elizabeth Sikora, Mère Jeanne de l’Enfant Jésus ; Catherine Carby, Sœur Mathilde; Alan Oke, L’Aumônier du Carmel; Craig Smith, Geôlier ; David Butt Philip : Premier Commissaire ; Second Commissaire, Michel de Souza ; M. Javelinot, John Bernays ; Thierry, Neil Gillepsie. Orchestre et choeur du Royal Opera House, direction : Simon Rattle.

martyr2Créés à Amsterdam en 1997, les Dialogues des Carmélites signés s’imposent sur les plus grandes scènes lyriques comme une production de référence (lire nos chroniques à Amsterdam en 2008 et à la Scala en 2004). Cette soirée londonienne a, s’il le fallait encore, confirmé toutes les qualités de ce brillant spectacle : une mise en scène forte, imposant au regard du spectateur un plateau vide et austère. Une mise en scène qui exige des chanteurs, choristes et nombreux figurants qu’ils s’acquittent eux-mêmes de structurer l’espace par leurs seuls déplacements. C’est également par ces derniers, savamment étudiés, que sont suggérés les changements de lieux, par l’ajout sur le plateau de quelques rares éléments de mobilier.

Pour composer l’immense foule (près d’une centaine de personnes), omniprésente sur l’ensemble de la représentation, le Royal Opera a mis en place un programme spécifique ayant mobilisé plusieurs institutions à caractère culturel mais aussi social. C’est grâce à cette initiative que des personnes fragilisées par la précarité, des anciens délinquants ou prisonniers ont eu l’opportunité de participer à ce projet artistique, et de venir s’ajouter aux chanteurs, choristes et acteurs de la troupe pour composer la populace haineuse, véritable épine dorsale de la mise en scène de Carsen.

Au-delà de l’intérêt de voir cette production sélectionnée par le Royal Opera House, un second élément majeur avait retenu notre attention lors de l’annonce de sa programmation. La direction musicale de l’orchestre allait être confiée à l’actuel directeur musical des Berliner Philharmoniker: Sir . Une information plus intrigante était celle annonçant que le rôle de Blanche serait endossé par Magdalena Kožená. L’épouse de est assurément une remarquable mezzo-soprano, mais nous étions circonspects à l’idée de la voir aborder un rôle de soprano tel que celui de Blanche de la Force. Mais assez rapidement (octobre 2013), l’annonce a été faite qu’elle renonçait à participer à cette production, estimant que le rôle de Blanche n’était plus compatible avec son développement vocal actuel. C’est donc , invitée régulière du Théâtre Royal de la Monnaie, qui a rejoint le casting. Elle avait déjà interprété la fragile Carmélite pour l’Opéra d’État bavarois de Munich, ainsi qu’à Vienne en 2008. Notons qu’il existe une captation live d’une représentation viennoise grâce à laquelle on peut entendre la soprano britannique sous la baguette de Bertrand de Billy. Une voix plus juvénile que celle de siérait davantage au rôle de Blanche, mais retenons de cette chanteuse un engagement total et des aigus remarquables sans jamais être forcés. Mais si sa diction reste respectable, il est tout de même regrettable que le premier rôle de l’opéra soit chanté par l’artiste la moins intelligible de l’ensemble de la distribution.

Dialogues-des-Car est une rayonnante Soeur Constance. La soprano américaine mérite quant à elle bien des éloges pour son interprétation de Madame de Croissy. Sa mort à la fin du premier acte demeurant un instant glaçant de réalisme. Chez les hommes, c’est qui s’impose en Marquis de la Force. qui campe le frère de Blanche est un excellent ténor mais on s’est souvent étonné de le voir si peu attentif à la battue de .

Dans la fosse, le chef d’orchestre s’attache à travailler de manière approfondie les pianissimos les plus extrêmes et développe la musique de Poulenc sur des tempi assez lents. Les épisodes chambristes en ressortent grandis en poésie. Les parties essentiellement chorales y perdent par contre en fluidité. La fosse de Covent Garden nous offre le plaisir rare d’entendre de manière très distincte la partie de piano. Les bois de l’orchestre sont plutôt luxueux (quel cor anglais !). On note curieusement dans le chef des trompettes une curieuse propension à vibrer de manière excessive, ce qui abime par instant le travail du reste de l’orchestre, mais globalement, la prestation de l’ensemble reste de haut vol.

Crédits photographiques : © ROH

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