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Charles Dutoit, un portrait discographique

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est l’un des chefs d’orchestres dont la carrière est intimement liée à l’essor du disque. A l’occasion de son prix pour l’ensemble de la carrière décerné par le jury des International Classical Music Awards 2014, ResMusica dresse un portrait discographique du chef.

est né à Lausanne, en Suisse, en 1936. Musicien accompli, il étudie  le violon, l’alto, les percussions, mais aussi les mathématiques, la sociologie et les arts. Il complète  sa formation au Conservatoire de musique de Genève, où il  décroche le premier prix de direction d’orchestre. s’est perfectionné à l’Accademia Chigiana à Sienne avec Alceo Galliera. Dans sa jeunesse, il fréquente assidûment les répétitions d’Ernest Ansermet, mentor de l’, qu’il rencontre et avec qui il fraternise. En tant qu’altiste, il joue dans l’ sous la baguette d’Herbert von Karajan et il fréquente les classés d’été du Festival de Tanglewood avec Charles Munch. En 1959, il fait ses débuts de chef d’orchestre professionnel en Suisse, entre autres avec l’. Il  en est aussitôt nommé chef invité et il obtient des engagements auprès de l’ et de l’orchestre de Radio Zurich. En 1964, il est invité par Herbert von Karajan à diriger la première représentation au Staatsoper de Vienne du ballet El sombrero de tres picos de Manuel de Falla. En 1964, il est chef associé à l’Orchestre symphonique de Berne aux côtés de Paul Kletzki. En 1967, il devient Directeur musical de l’orchestre de Berne et chef associé à la Tonhalle de Zurich avec comme collègue le grand Rudolf Kempe. Dès ses débuts, la carrière de Charles Dutoit est très internationale : il est à la tête de l’Orchestre symphonique national du Mexique de 1973 à 1975 et, de 1975 à 1978, au pupitre de celui de Göteborg en Suède.

En 1977, Dutoit est désigné à la direction artistique de l’. C’est à la tête de cet orchestre que le chef suisse va écrire une page de l’histoire du disque grâce à son contrat avec la firme anglaise Decca, réputée pour ses prises de son. Ses enregistrements, consacrés principalement à la musique française, brillent de mille feux, captés dans l’église de Saint-Eustache à l’acoustique plus flatteuse que la salle Wilfrid-Pelletier, résidence de l’Orchestre. En 1981, un album consacré à Daphnis et Chloé de Maurice Ravel est sacré par le magazine anglais Gramophone et remporte le Prix  mondial du disque de Montreux. Des cycles Ravel, Debussy, Berlioz, Stravinsky, Tchaïkovski (symphonies et ballets) voient le jour. Dutoit emmène l’orchestre en tournées et lance des initiatives. Le chef ne renonce pas à une belle carrière de chef invité auprès de l’orchestre du Minnesota de 1983 à 1986. En 1984, il fait ses débuts au Royal Opera House de Londres et en 1987 au Metropolitan Opera de New York. Dans les années 1990, Dutoit est adulé et particulièrement demandé à travers tous les continents. En 1990, il devient directeur musical de l’, avant de prendre, en 1994, la tête de l’Orchestre de la NHK de Tokyo.  En 2002, au terme d’un long mandat de 25 ans, il quitte le Symphonique de Montréal dans la douleur, victime des usures qui marquent les longs mandats. Il laissé, dans le même temps,  la conduite des affaires du National de France.

 

Toujours apprécié aux USA, il remplace de 2007 à 2012, Wolfgang Sawallisch au pupitre de l’Orchestre de Philadelphie qu’il connait bien pour être, depuis 1990, le responsable de sa résidence d’été de Saratoga Springs. Et en 2009, il est nommé directeur artistique et chef principal du de Londres.

Charles Dutoit aime particulièrement travailler avec des orchestres de jeunes : depuis 2009, il est responsable du . Le chef d’orchestre est actuellement directeur au Miyazaki International Music Festival au Japon et à la Canton International Summer Music Academy (CISMA) en Chine.

La carrière de Dutoit est intimement liée au disque et en particulier au label Decca, qui accompagne le chef tout au long des années 1980 et 1990  lors de son mandat à la tête de l’OSM. Chez le Decca, le chef trouve naturellement sa place dans le répertoire français, plutôt délaissé par Sir Georg Solti et Vladimir Ashkenazy, autres baguettes de luxe du label anglais. Le style très lisible du chef, la haute technique de l’orchestre canadien et la qualité légendaire des prises de son Decca, firent briller Ravel, Debussy, Stravinsky et Berlioz. Maintes fois acclamés par les critiques, ces cycles sont des indémodables des discographies. En complément, Dutoit poursuit ses explorations de la musique française avec Camille Saint-Saëns (magistrale Symphonie n°3 avec orgue), Jacques Ibert, Georges Bizet, Ernest Chausson,  César Franck ou Vincent d’Indy. La musique russe et la musique de ballet sont également deux domaines exploités par le musicien : symphonies et ballets de Tchaïkovski, Moussorgski, Rimski-Korsakov et même Respighi avec la tonitruante Boutique fantasque dans l’une de ses plus belles versions. Charles Dutoit a également exploré d’autres rives discographiques : les grandes pièces orchestrales de Béla Bartók, les Planètes de Gustav Holst, les Carmina Burana de Carl Orff, les Variations Enigma et Falstaff d’Elgar, la Messe de Janáček,  les chefs d’œuvres de Zoltán Kodály et les ouvertures du Suppé et Rossini. On sera plus surpris de retrouver le chef dans une collection de symphonies de Haydn  et dans le Stabat Mater de Pergolèse avec rien moins que et en solistes, de même que deux disques originaux consacrés à Mikis Theodorakis et Astor Piazzolla.

charles dutoit raveljpgLors de son passage à la tête de l’, Charles Dutoit laisse plusieurs albums moins qualitativement homogènes. Si les concertos d’Henri Dutilleux avec et restent une référence,les albums symphoniques et choraux consacrés à Poulenc manquent de fini et pâtissent d’un orchestre et d’un chœur trop lourds.  Les curieux chercheront par ailleurs un album concertant Saint-Saëns-Respighi avec . A la tête de l’Orchestre de la NHK, Dutoit laisse un brillant album Prokofiev (Symphonie n°6 et extraits du ballet Roméo et Juliette).

Le chef suisse est un accompagnateur précis et attentif, cher aux solistes et en particulier à  ses  deux épouses musiciennes : hier Martha Argerich (de 1969 à 1973), aujourd’hui .

La pianiste Martha Argerich, toujours très exigeante, trouve en Dutoit un musicien capable d’apporter la confiance à son énergie. Ensemble, ils gravèrent les concertos de Liszt, Chopin, Tchaïkovski,  Bartók et Ravel. Avec la violoniste , il grava une lecture exemplaire des concertos pour violon de Szymanowski et Stravinsky, le Poème pour violon et orchestre de Chausson et différentes pièces concertantes. Bien d’autres solistes laissent des témoignages avec Dutoit : Salvatore Accardo, Jean-Yves Thibaudet, James Ehnes, Pascal Rogé, Philippe Entremont, , , , , Josua Bell, , Peter Jablonski.

charles dutoit rousselLa carrière de Charles Dutoit n’est pas exclusivement liée  au label Decca. Avant son transfert pour la firme britannique, le chef fit les beaux jours d’Erato. Tout d’abord avec l’Ensemble instrumental de Lausanne pour des disques Stravinsky (dont l’Histoire du soldat et les Noces avec un quatuor de pianiste de luxe avec Martha Argerich et Nelson Freire), De Falla et Honegger (Le roi David). Dès ces années Erato, le chef enregistre rigoureusement de la musique française : symphonies de Roussel et Honegger le Roi malgré lui de Chabrier et Pénélope de Gabriel Fauré.

Sur la toile, le mélomane trouvera également des enregistrements de concerts captés à Philadelphie et disponibles en téléchargement : Roméo et Juliette de Berlioz et la Symphonie alpestre de Richard Strauss. Les collectionneurs émérites chercheront un album dédié au compositeur américain  Vincent Persichetti  (New World Records).

Crédits photographiques : Aline Paley et Nicolas Brodard

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