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La fin du classique pour happy few et la globalisation

La presse germanophone en fait ses choux gras : il reste de nombreuses places en vente pour les représentations concertantes et lyriques au festival de Salzbourg. Longtemps considéré comme la Mecque estivale de la musique classique, le festival autrichien ne cesse d’agoniser. Au temps de sa splendeur, le festival (qui parait-il faisait même payer sa brochure) attirait l’attention pour le prestige de ses affiches et l’originalité de ses distributions, le tout étant proportionnel au prix vertigineux des places et au business de petit boutiquier des grandes maisons de disques omniprésentes en coulisses. Arrivé en 2012 à la tête du festival, l’Autrichien a tenté, en vain, de restaurer le prestige passé de la manifestation en tentant de réinjecter dans ses veines une dose de star-system destiné à attirer les happy-few friqués qui ont pendant longtemps animé les travées des premières médiatiques de la manifestation. Mais prisonnier d’un schéma de pensée issu du siècle dernier, Pereira n’a pas vu que les temps ont changé : le star-system actuel repose plus que jamais sur des valeurs aléatoires et surbookées portées aux nues en quelques mois, le marché du disque s’est depuis longtemps écroulé et le public moyen ne s’est pas renouvelé, quant aux purs mélomanes, ils fuient les pseudo-affiches de prestige pour se réfugier dans les récitals exigeants et les séries de musique contemporaine, encore préservés. Pourquoi payer des centaines d’euros des places pour voir les mêmes têtes que partout ailleurs et pour une qualité des plus aléatoire (le prix des places des concerts du Philharmonique de Vienne sont inversement proportionnels au temps qu’ils consacrent aux répétitions) ? Ce désamour touche également d’autres festivals comme Orange et Aix. Orange a du annuler l’an passé une représentation du Vaisseau Fantôme de Wagner  faute remplissage et un éventuel Boris Godounov est reporté aux calendes grecques.  Le festival d’Aix-en-Provence réduit le nombre de ses représentations. C’est tout l’écosystème des festivals qu’il faut repenser car attirer du public extra-local sera de plus en plus difficile dans des régions où tout est cher : des tickets jusqu’à l’hébergement.  Un festival comme Salzbourg est presque totalement coupé du quotidien des habitants que l’on retrouve seulement lors des matinées Mozart,  bien moins guindées et surtout bien moins chères que les concerts ou opéras du soir.

Les plaques tectoniques des goûts et des attentes du public changent. Le public recherche de plus en plus à passer un bon moment avec des musiciens communicatifs. Le public a soif de nouveautés et de découvertes à l’image des nombreux festivals qui mettent au point des formules innovantes pour faire découvrir la musique par un biais différent : ateliers, conférences, académies, master-classes publiques,  flash-mobs, concerts pédagogiques…

L’autre évolution majeure réside dans la poursuite du phénomène de globalisation. Comme les relations internationales, la musique classique n’est plus transatlantique et centrée sur l’axe Europe-Amérique du nord, mais multipolaire. Pour la première fois, un festival européen majeur (les BBC Proms de Londres) a invité plusieurs formations symphoniques d’Asie et du Moyen-Orient pour illustrer cette globalisation : orchestres philharmoniques de Chine, d’Istanbul, de Seoul, du Qatar et l’orchestre symphonique de Singapour. À l’heure de la baisse des budgets culturels dans le chef de dirigeants politiques ignares, incompétents et sans la moindre vision du futur, la mondialisation du classique est certainement sa meilleure assurance vie.  Il faut poursuivre et intensifier le dialogue entre le vieux monde et le nouveau monde des arts. Les pays émergents trouveront en Europe une reconnaissance de leur travail et nous y trouveront des pistes de développements et d’échanges.

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