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Le Philharmonia Orchestra en tournée à Salzbourg

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Salzbourg. Großes Festspielhaus. 7 et 9-VIII-2014. Richard Strauss (1864-1949): Vier letzte Lieder ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 9. Camilla Tilling, soprano ; Philharmonia Orchestra ; direction : Christoph von Dohnányi. Richard Strauss (1864-1949) : Don Quichotte ; Alban Berg : Trois pièces pour orchestre op. 6 ; Maurice Ravel : La Valse. Maximilian Hornung, violoncelle ; Lawrence Power, alto ; Philharmonia Orchestra ; direction : Esa-Pekka Salonen.

© Salzburger Festspiele / Silvia LelliUne, deux, trois femmes ; dix, vingt, trente… Pas de doute, l’orchestre qui pénètre sur la scène de la Grande Salle du Festival de Salzbourg n’est pas l’Orchestre Philharmonique de Vienne, toujours aussi efficacement opposé à toute forme d’égalité entre hommes et femmes dans ses rangs. Le Philharmonia, invité pour une courte résidence de deux concerts à Salzbourg, fait figure d’orchestre moderne ; là où les Viennois se tiennent pour ainsi dire au garde-à-vous entre deux œuvres, les musiciens du Philharmonia discutent, plaisantent, sont vivants : l’impression générale est immédiatement rafraîchissante.

Il n’est pas évident de comprendre sur quel projet précis a fondé son invitation à l’orchestre britannique, en dehors de la double nécessité de mener à bien l’intégrale Bruckner qui structure le programme des concerts de cette année et de rendre hommage à Richard Strauss. En cela, l’invitation est révélatrice d’une approche essentiellement pragmatique, peu inventive et peu soucieuse de cohérence intellectuelle, de la programmation des concerts tout au long du mandat avorté (2012-2014) de Pereira. Le résultat, pourtant, est suffisamment satisfaisant pour que, cette fois au moins, on ne puisse vraiment le lui reprocher.

La satisfaction, à vrai dire, est un peu moins grande pour le premier concert que pour le second. Les Vier Letzte Lieder qui ouvrent le concert montrent pourtant amplement la qualité de l’orchestre, moins préoccupé par la production d’un beau son que par le dessin général de l’œuvre qu’il interprète, et l’accompagnement du quatrième Lied, par exemple, est un miracle de plénitude sonore. , remplaçant Eva Maria Westbroek, a des lignes straussiennes parfaites ; mais sa voix disparaît parfois derrière l’orchestre, et la plénitude sonore va souvent de pair avec le sacrifice des consonnes. Chez Bruckner, Dohnanyi réussit très bien le Scherzo, plein de délicatesse et de légèreté ; mais les deux autres mouvements achevés de cet autre opus ultimum manquent souvent de profondeur de champ : faute de différenciation des plans sonores, cordes et vents se confondent en une matière trop peu différenciée qui met en péril l’équilibre toujours changeant de l’orchestre brucknérien.

Quelque 36 heures plus tard, l’image sonore s’éclaircit avec un intelligent programme unissant trois œuvres composées en l’espace d’un quart de siècle, avant et après la Première Guerre Mondiale, qui est un des fils rouges de l’année à Salzbourg comme ailleurs. Avant l’entracte, c’est à l’apothéose de la musique à programme qu’on assiste avec le Don Quichotte de Strauss : c’est l’occasion pour beaucoup de découvrir , l’une des étoiles montantes du violoncelle, qui dessine avec audace le personnage héroïco-comique de Strauss ; mais c’est surtout l’orchestre, entraîné par son directeur musical, qui enthousiasme ici : cette œuvre qui est certainement le moins marmoréen des poèmes symphoniques de Strauss trouve ici tout le brio et toute l’inventivité instrumentale qu’elle demande. En ces dernières années du xixe siècle, Wagner n’est plus un modèle indépassable.

C’est une tout autre forme de modernité qui ouvre la seconde partie : ne semble pas accorder une grande importance à l’héritage postromantique qui nourrit profondément les Trois pièces pour orchestre de Berg, composées 15 ans seulement après Don Quichotte.

Jusqu’ici, on n’avait entendu que des bribes de valses, que ce soit chez Berg ou avec les prémices du baron Ochs chez Strauss : avec La Valse de Ravel, la reine des danses de société trouve une apothéose qui ressemble de près à une apocalypse. L’interprétation de Salonen, ici, est parlante : ce n’est pas ici une société insouciante rattrapée par l’abîme que donne à entendre Ravel, mais une société que sa légèreté même conduit de son propre gré à l’abîme. En cette année où on commémore le centenaire de 1914, un tel programme n’est certainement pas le fruit du hasard, et il est aussi admirablement conçu que mis en pratique.

Crédits photographiques :  Salzburger Festspiele / Silvia Lelli

 

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