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Sebastian Knauer, Mozart@Augsbourg

Pianiste allemand très en vue, est le fondateur et le directeur artistique du festival de fin d’été Mozart@Augsbourg en Bavière. Depuis 2012, il revitalise la vie musicale de cette ville historiquement majeure, située dans l’une des plus belles régions d’Allemagne. Pour ResMusica, il présente son festival.

knauer_sebastianResMusica : Le Festival Mozart @ Augsbourg  est très jeune, il a été fondé en 2012. Pourquoi avez-vous créé un nouveau festival ?
 : J’ai toujours eu une grande passion pour l’organisation. Souvent, j’ai à côté de mes concerts réguliers en tant que pianiste invité, des concerts privés avec les réceptions où tout doit être mis sur pieds. De cette passion s’est développée l’idée d’avoir, un jour, un festival pour lequel je serai responsable de tous les aspects. Bien sur, il aurait été possible de reprendre la direction d’une manifestation existante. Mais au final, j’ai eu l’opportunité de créer mon propre festival, mon propre « bébé ». Il en est à sa troisième édition ce dont je suis très fier et heureux.

RM : Quelle est votre lien personnel avec la ville d’Augsbourg?
SK : J’étais venu dans cette ville, à deux reprises, pour me produire dans le cadre d’une série de concerts d’été à la demande d’un petit organisateur local. Dès ma première venue j’ai été attiré par cette cité, son ambiance et la chaleur de ses habitants qui me font m’y sentir aussi à l’aise que chez moi à Hambourg. La ville musicale à Augsbourg était un peu endormie en dehors de l’opéra et de quelques concerts épisodiques, en dépit de la présence d’un public qui allie haute culture et grande exigence. Il faut dire qu’Augsbourg est entourée de grandes villes musicales comme Munich, Stuttgart ou Nuremberg. Mon désir est de rendre à Augsbourg une réputation musicale à la hauteur de sa place dans l’Histoire et digne des villes voisines précitées.

RM : En France, nous ne sommes pas très bons en géographie. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots la place d’Augsbourg en Allemagne et nous narrer son histoire ?
SK : Il y a tellement d’histoire à Augsbourg ! La cité a été fondée il y a plus de 2000 ans par les Romains. Très tôt, Augsbourg est devenu une république et un Etat indépendant au sein du Saint Empire romain germanique. Au 15ème et 16ème siècle, elle s’affirma comme le grand centre financier européen, devant Florence et Venise. La Renaissance fut particulièrement bénéfique à la ville et à ses habitants. On vit apparaître des dynasties d’hommes d’affaire qui étaient aussi des mécènes des arts à l’image de la célèbre famille Fugger, les « Médicis allemands ». Ils firent venir des musiciens et commandèrent des œuvres à des architectes et des peintres comme Dürer et Cranach. De cette période bénie, il reste des  églises magnifiques, des monastères et des palais à visiter sans oublier l’Hôtel de ville, l’un des plus grands édifices de la Renaissance au nord des Alpes. La ville fut le lieu de la «paix d’Augsbourg» (1555) entre les ligues catholiques et protestantes à l’époque des guerres de religion qui ravageaient l’Europe. Augsbourg fut dès lors l’un des seuls endroits en Europe où deux religions coexistaient librement.  Pour chaque église catholique, il y a un temple protestant, ce  qui est absolument unique en Europe. La région autour d’Augsbourg est magnifique et propice aux randonnées et au cyclisme.

RM : Augsbourg est aussi une ville attachée à la famille Mozart ? Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
SK : Au 16ème siècle, la famille Mozart s’établit à Augsbourg grâce à un aide financière de la famille Fugger. Le paysage politique et social unique d’Augsbourg a eu une grande influence sur Leopold Mozart qui y vit le jour en 1719. Il a essayé d’inculquer à ses enfants des valeurs alors très modernes dont il s’imprégna ici  comme  la liberté religieuse ou le cadre politique de la république. À l’âge adulte, il est revenu visiter la ville à plusieurs reprises avec ses enfants et il a toujours gardé la citoyenneté de la République d’Augsbourg pour lui-même et ses enfants.

RM : Pouvez-vous nous expliquer le programme en 2014 ?
SK : Le programme de cette année réitère une combinaison entre des grands artistes internationaux et des lieux différents. Il y aura deux grands récitals de piano avec Rudolf Buchbinder et   dans la belle église Saint-Ulrich. J’ai aussi programmé deux purs galas Mozart avec les solistes du Festival Strings Lucerne, le violoniste , l’altiste et le pianiste Sebastian Knauer et un concert de clôture avec le quatuor Hagen.  Le public pourra aussi entendre (flûte), (hautbois), (clarinette),  le pianiste Eric Le Sage, (violon), David Finckel et (violoncelle). J’insiste sur deux projets plus originaux : la grande actrice allemande se produira avec le célèbre théâtre de marionnettes d’Augsbourg pour rendre hommage aux contes de fées des frères Grimm. D’une autre part, en ouverture du festival, une journée est consacrée à des jeunes talents que j’ai auditionnés.

RM : Est-il difficile de combiner une carrière internationale et la direction artistique d’un festival ?
SK : En fait, ce n’est pas difficile, au contraire, c’est même complémentaire. Je peux m’appuyer sur ma propre expérience de la scène pour résoudre les problèmes qui se posent.  J’ai également développé au cours des années un vaste réseau international, ce qui bien sûr m’aide beaucoup quand il s’agit d’inviter de grands artistes pour lesquels Augsbourg n’est pas connu du tout. Il y a juste parfois des problèmes de gestion du temps au tout début du festival car nous sommes une toute petite équipe. Pour toutes les questions pratiques et logistiques, je peux compter sur mon partenaire à Augsbourg Johannes Boecker sans qui je ne pourrai rien faire.

RM : Au début du festival, on note un concert autour de la musique à Terezin pour commémorer le 75e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi avez-vous invité et pour ouvrir le festival avec ce concert ?
SK : Ce concert ne devrait pas être considéré comme un concert purement commémoratif, mais comme un concert afin de montrer au public quelle musique a été créée dans un des endroits les plus sombres de l’histoire humaine où la musique devait donner un peu d’espoir dans un abime de souffrances. Ce programme m’a attiré, bien sûr, parce qu’il est réalisé par deux des plus grands musiciens de notre temps, à savoir, la mezzo-soprano et le violoniste Daniel Hope. En tant que lieu, j’ai choisi la synagogue à Augsbourg, un bâtiment vraiment impressionnant à la symbolique forte.  Je pense que ce concert doit donner matière à réflexion aux auditeurs.

Crédit photographique : Sebastian Schmidt

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