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Lancement de la saison à l’IRCAM

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. IRCAM. Espace de projection.12-IX-2014. Matthias Pintscher (né en 1971): nemeton pour percussion solo; Marcin Stańczyk (né en 1977): Aftersounds pour 2 percusionnistes et électronique (CM); Salvatore Sciarrino (né en 1947): Melencolia I. Estrapolazione del nucleo iniziale di Vanitas pour violoncelle et piano. Claude Vivier (1948-1983): Et je reverrai cette ville étrange; Blaise Ubaldini (né en 1979): Bérénice pour une comédienne, trio à vent, percussion et électronique (CM). Caroline Imhof, comédienne; Hervé Trovel, percussion; Solistes de l’ensemble Intercontemporain; réalisation informatique musicale Ircam/Marcin Stańczyk, Blaise Ubaldini.

DSC_0546_NBL’ et l’ ouvraient en même temps leur nouvelle saison avec un concert à l’Espace de projection.

Ce lieu unique pour les qualités acoustiques qu’il peut offrir va malheureusement fermer en décembre prochain, durant deux longues années de travaux: c’est ce qu’annonçait le directeur de l’, , au début de la soirée, souhaitant, dans son discours d’accueil, que l’étrangeté – en référence à l’oeuvre annoncée de , Et je reverrai cette ville étrange  – soit l’effigie de toute la saison de l’IRCAM.

Le concert, toujours un rien trop riche – mais faut-il vraiment s’en plaindre? – incluait deux créations mondiales données dans le cadre du Cursus 2 de l’IRCAM.

Du compositeur polonais Marcin Stańczyk, Aftersounds pour deux percussions et électronique met à l’oeuvre l’interaction sophistiquée entre le geste instrumental et la réponse de l’électronique, entre le son acoustique et sa transformation en temps réel. De dimension théâtrale, sollicitant l’oeil autant que l’oreille, l’oeuvre exige un dispositif instrumental très déployé et inclut le souffle, la voix et le geste-son, celui des deux interprètes/performers – Samuel Favre et Hervé Trovel – dessinant des arabesques dans l’espace de leurs mains munies de capteurs. Ils nous immergeaient dans un univers onirique où la partie électronique « parle » une langue imaginaire.

Théâtral lui aussi, le projet de l’oriente vers le monodrame et la langue exigeante de Racine pour concevoir sa Bérénice. L’oeuvre est écrite à quatre mains avec la comédienne et chanteuse Caroline Imhof dont la remarquable performance contribuait ce soir à la réussite de cette création. Associée à ses trois partenaires instrumentistes – flûte, hautbois et clarinette – et un traitement électronique participant de la dramaturgie, la comédienne fait revivre avec une tension soutenue la tragédie de cette femme exclue, tout en évoquant les personnages d’Antiochus et Titus au sein de contextes sonores originaux – scènes de foule, sirène d’alarme… – sollicitant parfois sa voix chantée. Le compositeur stimule l’écoute en diversifiant les scènes, parfois à voix nue ou purement instrumentales, tel ce solo de clarinette basse – très éloquent – qui termine le monodrame de façon poignante, sur l’évocation des larmes de l’empereur Titus.

Nemeton  (2007) de qui débutait la soirée, est une oeuvre pour percussion seule à l’écriture ciselée et aux coloris très raffinés; elle était ce soir totalement habitée par son interprète – merveilleux – qui la jouait par coeur. Nemeton désigne, dans les traditions celtiques, un lieu où s’accomplissaient des actions solennelles ou rituelles, précise le compositeur. C’est une musique solaire et très communicative dont la dramaturgie recèle toujours sa part de mystère.

Admirablement jouée par Pierre Strauch (violoncelle) et (piano), Melencolia I Estrapolazione del nucleo iniziale di Vanitas (Extrapolation du noyau premier de Vanitas) de instaure un univers à distance, en retrait, où les figures stylisées du violoncelle s’inscrivent sur la trame d’accords sans résonance du piano, dans une des images musicales les plus significatives de la fugacité et du dépouillement auxquelles travaille inlassablement le compositeur sicilien.

Mélancolique de part son retour sur le passé, Et je reverrai cette ville étrange ( 1981) du Canadien saisit surtout par le tragique de ses sonorités. « Cette oeuvre est un acte de désespoir » souligne le compositeur. L’homophonie systématique de tous les instruments, dominés par la trompette, et le gong qui ponctue chacune des séquences instaurent une sorte de rituel funèbre inauguré et refermé par une mélodie-rangaine, dans une manière frustre et volontiers répétitive. Articulés par de longs points d’orgue, les couplets font naître des alliages de sonorités très insolites, sorte de plain-chant atemporel d’une neutralité inquiétante, qui ne contribue pas peu à installer l’atmosphère d’étrangeté évoquée dans le titre de l’oeuvre.

Crédit photographique : (c) Luc Hossepied pour l’

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