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Un dimanche marathonien des Concerts d’Esther

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Salle Adyar, 14-IX-2014.
Concert de 15 h : Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violoncelle et piano n° 4 en ut majeur op. 102 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Ballade n° 4 op. 52 ; Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestücke op. 73 ; Gabriel Fauré (1845-1924) : Après un rêve ; David Popper (1843-1913) : Sérénade op. 54 n° 2. Noé Natorp, violoncelle ; Lucas Debargue, piano.
Concert de 17 h : Johannes Brahms (1833-1897) : Deux Rhapsodies op. 79 ; Frédéric Chopin : Ballade n° 1 en sol mineur op. 23 ; Scherzo n° 2 en si bémol mineur op. 31 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de la Nuit. Jean-Paul Gasparian, piano.
Concert de 19 h : Robert Schumann (1810-1856) : Liederkreis op. 39 ; Gabriel Fauré : Thème et variations en ut dièse mineur op. 73 ; Claude Debussy (1862-1918) : Cinq poèmes de Baudelaire. Marie-Laure Garnier, soprano ; Célia Oneto-Bensaïd, piano.

Noé et Lucas1Les Concerts d’Esther, qui ne cessent de promouvoir des jeunes talents de la musique classique, ont ouvert cette saison avec une journée marathon de cinq concerts d’environ une heure chacun.

Dimanche dernier ce sont des perles pleines d’avenir qui se sont succédées sur la scène Art déco de la Salle Adyar, les uns se distinguant aux autres par leur musicalité, leur virtuosité et leur générosité. Nous avons assisté aux trois derniers concerts.

A 15 heures, le violoncelliste , lauréat du Concours international Johannes Brahms (Autriche) en 2009, premier violoncelle solo de l’Orchestre des Pays de Savoie, donne une prestation fascinante avec le pianiste Lucas Debargue, premier prix du Concours international Adilia Alieva de Gaillard (Haute-Savoie) en 2014. Le violoncelliste joue avec une finesse et une élégance incontestables, à quoi s’ajoute une puissance qui n’a rien de brutal, notamment dans la Sonate de Beethoven. Si les trois pièces de Schumann sont menées avec une fraîcheur et un dynamisme, le raffinement revient dans Fauré, sans qu’il n’y ait aucune bribe de sentimentalisme. Dans la Sérénade de Popper, il éblouit l’auditoire par sa technique parfaite. Quant au pianiste, il sait mettre en valeur les caractéristiques du piano de concert Steingraeber, à sonorité douce et légèrement feutrée, pour l’associer parfaitement avec le son du violoncelle, sans jamais couvrir celui-ci. Dans le Ballade de Chopin, l’utilisation efficace de la pédale gauche montre sa sensibilité, pour faire sonner l’instrument de la meilleure manière.

Jean-PaulLe concert de 17 heures, très attendu par les férus du piano, ne trahit aucunement leur espoir. , né en 1995, qui montrait déjà un degré de maturité impressionnante, a davantage gagné en profondeur. Les Deux Rhapsodies de Brahms, pièces écrites à son apogée, sont interprétées avec toute leur splendeur, un élan héroïque et une douceur intériorisée. Dans les deux pièces de Chopin, il met l’accent sur un romantisme passionné et ardent ; il s’y exprime pleinement, comme une confession artistique entière. A la fin du programme, il nous étonne encore plus dans Ravel : Une virtuosité et une souplesse à la base de son bagage musical, il va chercher, au-delà de l’aspect technique, le poétique que recèle ces morceaux, dans une extraordinaire concentration dans laquelle il entraine toute la salle. Des frémissements des eaux d’Ondine jusqu’à la pulsation diabolique de Scarbo, en passant par l’obstination inquiétante du Gibet, il conte des histoires par l’intermédiaire du clavier. Et on est convaincu de ses histoires. A mesure que son récital avance, le piano est apprivoisé par son jeu, jusqu’à une transformation complète de sa sonorité : l’instrument a désormais cette brillance qu’on ne remarquait pas au début. En bis, le Nocturne en ut mineur et le dernier Prélude de Chopin sont exécutés avec une telle intensité, une telle perfection et un tel engagement qu’on croirait se dérouler devant nos yeux une soirée de gala après la finale du Concours de Varsovie… de l’année prochaine.

Concerts EstherLe dernier concert de la journée est confié à la soprano (Révélation classique de l’Adami 2013) et la pianiste (Lauréate de la Fondation Cziffra). On connaît déjà la merveilleuse capacité vocale et expressive de qui la confirme une fois de plus, dans un cycle de lieder de Schumann et les Cinq poèmes de Baudelaire. Si dans Schumann elle magnifie le romantisme allemand à travers les peintures de paysages et d’atmosphères nostalgique, dans Debussy sa voix est teintée de sensualité, voire d’un certain érotisme, et ce dans un naturel total. Et avec cette voix parfois rauque mais irrésistible, elle séduit toute la salle, par son talent authentique, avec la complicité de la pianiste , qui sait rester discrète mais musicalement très efficace. Toute la subtilité vocale est soutenue par la finesse pianistique, la finesse qu’on retrouve en solo dans le Thème et variations de Fauré.

Crédit photographique : et Lucas Debargue, © DR ; Marie-Laure Garnier et Célia Oneto-Bensaïd © Jean-François Chassaing

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