tous les dossiers(1)

Festival de Besançon 2014 : les deux derniers concerts

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Besançon. Théâtre. Concert du 20-IX-2014. Guillaume Connesson (né en 1970) : Maslenitsa. Richard Strauss (1864-1949) : Burlesque pour piano et orchestre. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°5. Wilhem Latchoumia, piano. Orchestre national d’Ile de France, direction : Ainars Rubikis. Concert du 21-IX-2014. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°2. Gustav Holst (1874-1934) : Les Planètes. Elisabeth Leonskaja, piano. Sinfonieorchester Basel, direction Dennis Russell Davies .

arubikisDerniers jours du festival de Besançon avec l’Orchestre national d’Île de France dirigé par  puis en clôture, l’Orchestre symphonique de Bâle avec à la baguette , et  la pianiste Élisabeth Leonskaja .

Le burlesque servait-il de fil conducteur musical dans cette avant-dernière soirée du Festival bisontin ? On pouvait trouver en effet dans les trois morceaux interprétés un lien tendant par moments vers un expressif verbiage intentionnel soutenu et dense dans le Maslenitsa de Connesson, inspiré par la carnaval russe, aux échos de Rimski-Korsakov, du Stravinski de Petrouchka ou encore par endroits de Chostakovitch, en passant par le titre même de la pièce de Strauss, qui pourtant n’a pas grand chose de grisant et d’ironique dans ses 20 minutes de virtuosité creuse, pour finir avec l’ambiguïté de l’ironie selon Chostakovitch dans une symphonie n°5 écrite dans un double niveau de lecture.

Les notes passent, s’enroulent et se déroulent, se posent dans de rares moments que l’on aimerait plus longs pour repartir dans le tourniquet pianistique imposé par le jeune qui ira encore plus loin dans l’insignifiance avec le Parergon de la maturité. On attend rapidement la fin dans ce péché de jeunesse, toute notre attention étant focalisée sur les envolées d’un pianiste condamné à n’y exposer guère que sa virtuosité. On ne lui en voudra pas de n’y apporter rien d’autre, puisqu’il n’avait pas le choix.

« Le plaisir sonore fut au rendez-vous d’une salle attentive« 

Heureusement pour nous, l’immense symphonie qui allait suivre nous réconcilia et nous réveilla. La rencontre entre un chef letton et l’ensemble français a apporté son plus dans cette équation : deux origines différentes pour un discours commun égal une vision aboutie. Ce n’était pas gagné d’avance. La lenteur de certaines parties, tel le tout début ou le Largo, s’avère aussi périlleuse pour les instrumentistes qu’un mouvement extrêmement rapide. La gestion du souffle dans des phrasés étirés oblige constamment à des réajustements et si l’on a craint pour la flûte solo une fraction de seconde la catastrophe dans le Moderato, elle a été maîtrisée très rapidement. Quand celle-ci dialogue avec la harpe au troisième mouvement, la magie opère, les solistes tour à tour tiennent leurs engagements (hautbois, clarinette, basson, harpe, célesta). Il sera permis toutefois de poser un doute sur le vibrato incroyablement hors sujet du premier violon dans l’Allegretto, d’une nécessité loin des intentions expressives du mouvement qui ne nécessite pas un solo de cantatrice d’opéra vieillissante et démodée ni une froideur inexpressive. Réécoutez Kurt Sanderling dans cette partie et vous aurez la solution définitive à cette ironie tout en pied de nez. Tout du long, l’investissement personnel du jeune chef ne fait aucun doute : enchaîne sans coupure sur un final qui ne s’enfonce pas dans le pompier réalisme socialiste que l’on a voulu y voir, sans pour autant insister lourdement sur le cri final, clé de voûte de toute l’œuvre, que l’on décide ou non de mettre en avant.

Encore une fois, la puissance évocatrice de cette musique a parlé, qui n’a nécessité aucun bis.

Le concert de clôture de la 67è édition du Festival de Besançon Franche-Comté pêchait quant à lui par un déséquilibre dû au choix de la programmation. Déséquilibre artistique entre la légèreté du concerto n°2 de Beethoven, aux allures de coup d’essai selon les dires de l’auteur, et le poids de la grande machine symphonique inventée par Holst, une de ses meilleures partitions.

Réinvitée, La pianiste géorgienne Élisabeth Leonskaja est une artiste attachante. L’intelligence de l’interprétation consiste en ne pas faire dire à ce concerto ce qu’il ne dit pas, autrement dit à la rattacher à la grande série des chefs-d’œuvre à venir. Le choix est assumé de nous en donner une interprétation presque superficielle, sans esbroufe. Le côté mozartien de l’œuvre en ressort d’autant plus et l’on a de la peine à s’imaginer ce que Beethoven inventera par la suite. L’accompagnement soutenu du chef américain Russell Davies sera là pour donner un peu de poids à l’ensemble, dans une entente cordiale avec la soliste. Généreuse, Élisabeth Leonskaja donnera en bis l’intégralité du dernier mouvement de la sonate n°17 du même Beethoven, là encore pris avec davantage de recul que de profondeur.

Les musiciens de l’orchestre symphonique de Bâle donneront la pleine mesure de leur talent dans l’imposante suite de mouvements composant Les Planètes de l’anglais . L’avantage d’une telle partition est qu’il permet de part son éventail très étendu de contrastes et d’intentions une démonstration de ce quoi sont capables ceux qui l’interprètent. Violence obsessionnelle de Mars, rêverie apaisée de Vénus, scherzo aérien de Mercure, joie populaire et chant patriotique de Jupiter, sombre marche cuivrée de Saturne, truculence insolente de Uranus, et insaisissable Neptune, la plus éloignée des réalités terrestres du cycle, avec son chœur sans paroles caché derrière la scène. Voilà un panel de possibilités offertes aux plus audacieux. Globalement soutenue, la mise en place des dynamiques de l’orchestre se concentre sur les percussions, les cuivres et les cordes à la défaveur toutefois des bois, fréquemment couvert en tutti. Russell Davies aurait pu aller plus loin dans les niveaux de lecture afférents à la signification astrologique (et non mythologique) de chaque mouvement. Par moments, l’intention se déplaçait vers le purement symphonique, résultante justement de l’indécision entre le mythologique et l’astrologique, et l’on quittait la thématique clairement voulue par l’auteur pour une lecture virtuose à laquelle on aurait pu adjoindre n’importe quel titre. Mais le plaisir sonore fut au rendez-vous d’une salle attentive, et cette finale a tenu en grande partie ses promesses.

Photos :  Ainars Rubikis © Festival de Besançon

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.