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Des ondes de choc à Musica

Cinéma et musique, Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Strasbourg. Festival Musica.
Salle de la Bourse . 28-X-2014. Quatuor Tana.
Cité de la musique et de la danse. 26-X-2014. Mistou. Opéra-film.

f_5385ac3912540Pour la première fois sur la scène de Musica, le Quatuor Tana, au sein d’un programme des plus exigeants, débutait par la création mondiale du Quatuor n°6 de .

Ce sont des références littéraires et picturales qui guident bien souvent le propos musical de . Pour son Quatuor n°6 (2008), c’est l’univers de Rothko et celui d’Hiroshi Sugimoto qui sont convoqués. Le compositeur met au centre de sa recherche l’idée de l’agalma « dont il émane, dans la Grèce antique, un éclat énigmatique », précise-t-il dans sa note d’intention. Avec la radicalité de l’écriture et la maîtrise formelle qui président à chacune de ses partitions, Lenot met à l’oeuvre un long processus faisant évoluer la trame vibratile entretenue par les archets vers la plasticité des lignes et un certain « lyrisme éperdu » qu’il dit tenter d’inventer.

Lo que no’ contamo du compositeur tchèque Ondrej Adámek – à qui Musica s’attache en 2014 – est le fruit de son séjour en Espagne, à la Casa de Velasquez où il découvre les traditions du Flamenco. Zapateado et taconeo nourrissent le désir de théâtralité qui gorge toutes les oeuvres de ce compositeur solaire et inventif. Véritable gageure instrumentale, l’oeuvre est d’une extrême complexité pour les interprètes jouant sur des instruments désaccordés, avec des plectres et des positions qui réinventent le quatuor à cordes. L’énergie rythmique et l’extraordinaire nuancier de couleurs révélé par l’écriture concourent à l’originalité d’une oeuvre qui transgresse son modèle.

C’est à la Villa Kujoyama de Kyoto qu’, quant à lui, s’imprègne de l’atmosphère très singulière des jardins japonais. Shakkei (2012) fait référence à l’un des principes fondateurs de l’art du jardin, à savoir la capture d’un paysage au sein d’un endroit clos. s’attache à forger une matière minérale, très bruiteuse et percussive, animée par des gestes répétitifs voire obsessionnels qui captivent très vite l’écoute: tel ce son glissé et zinguant du violoncelle, trouvaille sonore insolite et subtilement japonisante.

Au Quatuor n°6 de Lenot répondait, en fin de concert, le Quatuor n°4 de (2007) se référant lui aussi à une source littéraire, celle de Samuel Beckett dont il est si familier. L’écriture en camaïeu charrie un matériau minimaliste modelé au fil des variations rythmiques et temporelles. Cette oeuvre d’une quinzaine de minutes est une sorte de cavatine où le propos ressassé, acquiert de la profondeur avant de se figer au terme d’un cheminement tout intérieur.

Les Tana terminaient leur concert avec la même concentration qu’au début, habitant les univers des quatre compositeurs avec un égal engagement et conviant un public, particulièrement nombreux en cette mi-journée de week-end, à les suivre dans le labyrinthe de la création contemporaine qu’ils explorent toujours plus avant.

f_5385a9b38ed0bScènes mignonnes entre Balthus et son chat Mitsou

Avec Mitsou, la compositrice et le cinéaste Jean-Charles Fitoussi tentent d’inventer un nouveau genre, baptisé par ses concepteurs « opéra-film »; il était donné en création mondiale à l’Auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse dans le cadre de Musica.

L’histoire est attachante et pleine de poésie, qui lie l’enfant – et futur peintre – Balthus et le poète Rilke. Souvent privé d’anniversaire parce qu’il est né un 29 février, Balthus est d’autant plus triste qu’il a perdu son chat Mitsou. Mais une lettre de son ami poète lui apprend qu’il existe une brèche temporelle entre les douze coups de minuit, qui permet de revivre le temps passé; Rilke invite Balthus à s’y faufiler pour retrouver les jours heureux passés avec Mitsou….

Le spectacle fait référence au recueil des quarante dessins que Balthus fit publier à douze ans sous le titre de Mitsou, histoire d’un chat, préfacé par Rilke. Les images de Jean-Charles Fitoussi s’ancrent dans les années 20 du siècle dernier, dans une esthétique un rien passéiste mais empreinte d’une grande beauté. Dans la fosse, les instrumentistes de l’ensemble Multilatérale et quatre chanteurs solistes sont dirigés par Léo Warynski.

L’idée, dans Mitsou, est de relier en synchronie les personnages filmés qui parlent, mais que l’on n’entend pas, avec les parties chantées en direct dans la fosse; les solistes sont soutenus, voire même systématiquement doublés par un instrument; mais ce sont autant d’handicaps pour la compréhension du texte – en l’absence de surtitres – et le déploiement du chant lui-même, qui, on le sait, ne requiert pas le même temps que celui de la parole. Les quatre chanteurs sont tous vaillants, malgré une acoustique peu confortable, mais semblent lutter contre ce phénomène, qui engendre d’ailleurs des problèmes d’intonation et frustre un rien l’auditeur.

Les choses s’arrangent lorsque les images d’une part, la musique de l’autre, reprennent leur autonomie ou superposent leurs tempi respectifs. Privilégiant les registres clairs et la qualité bruitée d’une matière pulsée, volontiers répétitive ou mise en boucles, la musique de offre un contrepoint ludique et fantasque à ces « scènes mignonnes » – pour paraphraser Schumann –  destinées à tous les publics, de 7 à 77 ans.

 

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