tous les dossiers(1)

Les enchantements d’Amadis

À emporter

Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Amadis, tragédie-lyrique en un prologue et cinq actes. Livret de Philippe Quinault (1635-1688). Avec : Cyril Auvity, Amadis ; Judith van Wanroij, Oriane ; Ingrid Perruche, Arcabonne ; Edwin Crossley-Mercer, Arcalaüs ; Benoît Arnould, Florestan ; Bénédicte Tauran, Urgande ; Hasnaa Bennani, Corisande ; Pierrick Boisseau, Alquif, Ardan Canile, un geôlier, un berger ; Reinoud van Mechelen, Un captif, un berger, un héros ; Caroline Weynants, Une suivante d’Urgande, une héroïne, une captive, une bergère ; Virginie Thomas, Une bergère, une suivante d’Urgande. Chœur de Chambre de Namur. Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset. 3 CD. Aparté AP094. Code-barre : 3149028 050721. Enregistré les 4, 5 et 6 juillet 2013. Notice de présentation bilingue (français et anglais). Durée : 42’46’’, 64’58’’ et 56’21’’.

 

Amadis

Il s’agit d’un enregistrement qui propose des sortilèges dont nous ne saurions plus nous passer.

Créée en janvier 1684 à l’Académie Royale de Musique, la tragédie-lyrique de Lully et Quinault Amadis était en réalité l’occasion de réaffirmer, en ces temps troubles qui précédaient de quelques mois la révocation de l’Édit de Nantes, la souveraineté de Louis XIV comme seul représentant en France de la chrétienté et comme soutien indéfectible de l’Église catholique romaine. À l’instar des semi-opéras contemporains de Purcell, qui eux aussi commentaient en creux la situation politico-religieuse du moment, le combat du valeureux héros Amadis contre les forces maléfiques qui l’assaillent est à lire comme une vision allégorique de la « menace » protestante pesant à la fin du XVIIe siècle sur le doux royaume de France. Vus sous cet angle, les amours troublées du personnage éponyme prennent tout de suite une autre dimension et les agissements des magiciens Arcalaüs et Arcabonne un autre sens. L’histoire quelque peu éculée du roman de chevalerie espagnol de Garci Rodríguez de Montalvo, déjà quelque peu démodée du temps de Louis XIX, en ressort complètement redynamisée.

L’enregistrement confié à et à ses Talens Lyriques est en tout point exemplaire, autant pour la clarté et la pertinence du discours instrumental que pour le choix de la distribution. On ne sait s’il faut plus admirer le pouvoir de conviction et la théâtralité des personnages plutôt « déclamants » du drame, ou bien la fraîcheur et la justesse de ton de tous ces rôles secondaires dont la présence vocale enchante littéralement cet album du prologue au dernier acte. Parmi les premiers, on louera tout particulièrement , toujours aussi à l’aise dans ces emplois de haute-contre à la française, ainsi qu’ avec son léger trémolo qui convient idéalement aux émois d’Arcabonne, la magicienne amoureuse dont elle crée un portrait saisissant. Parmi les autres, saluons la très belle prestation des jeunes espoirs du chant baroque, à commencer par le délicieux et la ravissante .

Il s’agit, on l’aura compris, d’un enregistrement qui propose des sortilèges dont nous ne saurions plus nous passer.

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.