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Pavel Haas revit à Besançon

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Besançon. Auditorium du Conservatoire de la Cité des arts. 14-X-2014. Leoš Janáček (1854-1928) : Sonate violon piano transcrite pour le hautbois. Pavel Haas (1899-1944) : Suite op.17. Witold Lutosławski (1913-1994) : Epitaph. Antal Doráti (1906-1988) : Duo concertant. Fabrice Ferez, haubois ; Marc Pantillon, piano.

Concert BesançonL’audacieuse aventure continue. Clef ResMusica, In memoriam Pavel Haas, le disque paru chez Gallo au printemps 2014, et conçu autour de la Suite op.17 du compositeur tchèque assassiné par la barbarie nazie le 17 octobre 1944, se voit incarné cet automne par ses deux interprètes au cours d’une série de 4 concerts entre la France et la Suisse.

On ne dira jamais assez la puissance d’une exécution en concert. Vous avez dit austère? Non, c’est plutôt d’intense qu’il convient de qualifier la prenante osmose de et en chair et en notes dans la chaleur de l’Auditorium du Conservatoire de la toute récente Cité des arts de Besançon. Là où l’aventure a commencé.

En préambule, énonce fort à propos qu’un compositeur devient célèbre dès que l’on reconnaît son style. Il faut parfois du temps. Malgré la réussite de son premier opéra Sarlatán, c’est la barbarie humaine qui n’a pas laissé ce temps à . Puis le hauboïste campe le décor de l’aventure discographique qui l’a uni à à la suite d’échanges pédagogiques nourris entre Besançon et Neuchâtel, entre les deux professeurs qu’ils sont, mais aussi entre leurs élèves. Il évoque la mémoire de Haas, donne les clés de la cohérence exemplaire d’un programme très Europe centrale où des « devenus célèbres » viennent sertir la Suite du disparu (Lutoslawski, Doráti et Janáček qui fut son professeur).

Puis le hauboïste et le pianiste nous invitent à pénétrer dans l’âme de . Chez Ferez tout impressionne : la virtuosité nécessaire à plus d’un endroit meurtrier de vélocité, le souffle (magnifique suspension, comme un signe d’espoir, à la fin du dernier mouvement, repris en bis, de la Suite de Haas), la gestion essentielle des silences. La Sonate de retranscrite par Ferez sonne si bien sur son instrument que l’on peine à imaginer le violon originel. Chez Pantillon on n’est pas moins capté par une solidité à toute épreuve, un contrôle total des enchaînements, des ruptures de tons, et même la self-gestion de partitions-origamis prêtes à la rébellion. Le pianiste nous confiera plus tard avec humour « ne plus jouer avec les doigts » ! On ne peut mieux qualifier la hauteur de l’interprétation…

Dans le hall est diffusé en boucle le documentaire tourné par les nazis, jamais monté ni vraiment montré in extenso: Le Reich donne une ville aux Juifs . Dans la seconde partie, passée une première séquence où l’on filme indécemment des hommes nus sous la douche, on peut y apercevoir Pavel Haas…

Dans son introduction, Fabrice Ferez, soucieux de s’adresser aux enfants présents, semblait presque se défausser devant eux de la noirceur de ce qu’il énonçait. Il faut au contraire raconter la noirceur. Même aux enfants. Surtout aux enfants. Aujourd’hui plus que jamais. Même si la musique est belle. Il faut dire. Et faire entendre la Musique. Ce qu’ont parfaitement fait Ferez et Pantillon ce soir à Besançon, et bientôt à Clermont-Ferrand, à Neuchâtel, à Couvet (là où le disque fut enregistré). La boucle est bouclée.

Crédit photo: Jean-Luc Clairet

 

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