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La symphonie pastorale à Besançon, ou l’orchestre à ses sommets

Cinéma et musique, La Scène, Musique symphonique

Besançon. Théâtre Ledoux. 22-XI-2014. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°6 en fam majeur op.68 « Pastorale ». Isao Takahata (né en 1935) : Goshu le violoncelliste (film d’animation). Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier

OVHFCUne réussite dans la Pastorale qui n’est pas donnée à tous, même aux plus grands.

L’originalité d’intention, l’engagement artistique, la construction d’une représentation font son succès. La recherche et le maintien d’un fil conducteur aussi. Quel rapport entre un dessin animé japonais des années 1980 – Goshu le violoncelliste – et la Symphonie pastorale de Beethoven ?

C’est qui donne lui-même la solution : « Je souhaitais que le spectateur ait envie de réécouter la sixième symphonie de Beethoven après avoir vu le film. » Exceptionnelle initiative d’avoir osé projeter ledit dessin animé suivi de la sixième symphonie. Pour le public de jeunes scolaires, c’est l’occasion de toucher du doigt un autre monde animé japonais aux antipodes du manga et des jeux vidéos actuels, une œuvre qui semble maintenant si loin de notre monde visuel, au format 4/3 et d’une animation que l’on pourrait qualifier aujourd’hui d’élémentaire, mais une œuvre poétique à souhait, aux messages clairs (le collectif primant sur l’individuel, l’écoute à l’égard de l’autre) et porteuse des fondamentaux pour une société équilibrée (travail, rigueur, gentillesse, compassion, écoute). Le film d’animation est bercé par cette fameuse pastorale que jouent les membres de l’orchestre dont fait partie de héros Goshu et qui sert direct ou indirectement de bande son. On pourra d’ailleurs remarquer qu’en outre, symboliquement, les quatre animaux – coucou, blaireau, souris et chat – représentent les quatre cordes du violoncelle, cordes qu’il faut apprivoiser pour arriver à ses fins.

La Pastorale cette fois interprétée par suit la visualisation. Gageons que si pour la première partie, la projection du dessin animé japonais fut certainement en grande partie révélée aux adultes, la symphonie sera quant à elle une révélation aux jeunes nombreux présents dans la salle. Une façon habile de défragmenter les genres, une façon de dire que le cloisonnement entre les styles et les arts n’est que relatif. Combien sont entrés dans la musique classique en regardant Fantasia ? Le propos s’entend ici de la même façon. Et quel propos !

Avouons que pour une fois, enfin, nous ne nous sommes pas ennuyés dans cette Sixième. Que le premier mouvement, bien rythmé dans ses deux temps, a imposé immédiatement une dynamique qui n’allait jamais fléchir, que les déroulements de croches de la scène au ruisseau ne nous ont pas endormis, que le scherzo a quitté ses habits rustiques pour n’en garder que la « réunion joyeuse », que l’orage ne nous a pas tonitrué caricaturalement, que le « chant des pâtres » gardait toute sa lumière, sa sérénité sans langueur. Pas de blabla inutiles, pas d’alanguissements à n’en plus finir, pas non plus de béatitude niaise. L’absence de précipitation gratuite et énervée, tout aussi inutile que le respect béat d’un chef-d’œuvre et que la description vaine de la nature, c’est un fil conducteur établi sur le chant absolu, la rythmique et la dynamique sûres qui font que pas une seule seconde le discours n’a faibli.

Deux bis – l’ouverture des Noces de Figaro de Mozart et un extrait des Variations Enigma d’Elgar – furent du même tenant, ce dernier apaisant et lyrique, un bis lui aussi un peu en contre-pied des morceaux virtuoses habituels. L’idée de faire auparavant venir une quarantaine de personnes sur scène invitées à se mélanger à l’orchestre pour sentir le son de l’intérieur fut une très heureuse idée de Verdier le pédagogue averti, expérience qu’ils n’oublieront pas de sitôt et qui leur fera entendre autrement encore ce que c’est qu’un orchestre, surtout quand il est en si grande forme.

Crédits photographiques : Y.Petit

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