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Siroe m’était conté…

La Scène, Opéra, Opéras

Versailles. Opéra Royal. 26-XI-2014. Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Siroe Re di Persia (1733), opéra en 3 actes sur un livret de Métastase. Mise en scène : Max Emanuel Cencic. Décors et costumes : Bruno de Lavenère. Lumières : David Debrinay. Vidéos : Etienne Guiol. Avec : Max Emanuel Cenčić, Siroé ; Julia Lezhneva, Laodice ; Mary-Ellen Nesi, Medarse ; Juan Sancho, Cosroe ; Laureen Snouffer, Arasse ; Roxana Constantinescu, Emira. Armonia Atenea, direction : George Petrou.

siroeÀ l’origine, il y a un livret de Métastase qui connut un tel succès qu’il fut porté à la scène pas moins de 35 fois. De Haendel à Vivaldi en passant par Porpora, Errichelli ou Vinci… tous les hérauts de l’opera seria y furent de leur Siroe.

On atteint ici des sommets de raffinement et de complication narrative, mêlant imbroglios de cœur, de pouvoir et de perfidie. Johann Adolph Hasse reprend à son compte ce livret improbable qui trouve sa source dans une vérité vaguement historique : Le roi de Perse, Cosroe, mis à mort pour avoir refusé le trône à son fils Siroe, tandis que l’intrigue met en lumière une série de jeux de dupes entre ceux qui prétendent au pouvoir (Medarse) et les rôles travestis appelant à la vengeance (Emira).

La musique tout d’abord. Pour qui voudrait apprendre (ou approfondir) son , il lui faudrait s’armer de patience pour espérer lire son nom dans un programme de concert – tout au plus ira t-on chercher dans une discographie assez clairsemée la trace discrète de ses 56 (!) opéras. De là à confondre le critère de la rareté avec celui de la valeur, il conviendra de rester relativement prudent. Sans nier l’efficacité de la brillance et de l’abattage, les lignes musicales vigoureuses et tourmentées sont régulièrement la proie d’un ennui latent, faute de renouveler suffisamment la palette dramatique et expressive. Tantôt charpentée et roborative quand la véhémence des caractères l’exige, il faut parfois passer par d’interminables reprises d’airs assez anodins. et son soutiennent avec une probité sans faille un plateau très convaincant, sans chercher à tirer à eux la couverture des effets et des couleurs.

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Kitsch efflorescent

L’Orient que met en scène Max Emanuel Cencic réconciliera les tenants d’une vision contemporaine et les partisans d’une authenticité prétendument historique. Les immenses moucharabiehs coulissants croisent leurs géométries obsédantes avec le kitsch efflorescent et sucré des vidéos. Quelques scènes étonnantes : comme l’art de chanter sous la morsure du fouet ou subir les fers avec élégance – l’Esprit des lois revu et corrigé par Pierre et Gilles…La direction d’acteur très modeste peine à donner chair et âme aux personnages, à l’exception de ce pauvre (Cosroe), contraint à une douteuse imitation de la Nuit des morts vivants, tandis que les malencontreuses fausses barbes des rôles travestis évoque irrésistiblement le dernier concours de l’Eurovision…

Siroe se distingue par la victoire du chant sur la musique. Heureuse surprise : Le plateau est remarquable… La mezzo (Emira) brûle les planches et darde ses accents furibonds sur son amant et les ennemis de son père. en fidèle Arasse et en perfide Medarse parviennent à élever ces deux rôles au rang de rôles principaux, tandis que contredit par une belle projection sa démarche calamiteuse et bringuebalante. La belle voix de Max Emanuel Cencic s’accorde à merveille aux accents doloristes d’un héros occupé jusqu’au bout à clamer son innocence. Le legato subtil exprime de claires couleurs aux contours sfumato. Moins de douceur dans les intonations de la Laodice de . Le fil monochrome se contorsionne avec toute l’aisance requise, comme dans ces inattendus phylactères de notes entourant le couple royal à la toute fin… Cette virtuosité assez froide mériterait davantage de couleurs et d’incarnat aux joues pour donner vie à son personnage.

Crédits photo : Christos Hassapis

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