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Splendeurs et misères du concours de promotion

Concours, Danse , La Scène

Paris. Opéra Garnier. 3-XII-2014 et 6-XII-2014. Ballet de l’Opéra national de Paris : Concours annuel du corps de ballet de l’Opéra. Stéphane Lissner, Directeur de l’Opéra national de Paris ; Benjamin Millepied, Directeur de la Danse ; Clotilde Vayer, Maître de ballet associé à la direction de la danse ; Maria Kochetkova, danseuse « Principal » au San Francisco Ballet ; Ethan Stiefel, danseur « principal » au New York City Ballet et à l’American Ballet Theatre ; suppléant : Lionel Delanoe, Maître de ballet. Membres du jury élus par le ballet : Aurélie Dupont ; Benjamin Pech ; Aurélia Bellet ; Myriam Kamionka ; Alexandre Carniato ; suppléante : Juliette Gernez.

louvetIl se murmure en coulisses que , le nouveau directeur de la danse, souhaiterait supprimer le concours annuel du corps de ballet de l’Opéra.

Les danseurs s’y seraient cependant opposés. Pourquoi ? Sans doute parce que le concours, en plus de permettre aux danseurs d’accéder aux grades supérieurs, leur offre la possibilité de faire leurs preuves sur des morceaux de bravoure normalement réservés aux étoiles.

Certains ont pris des risques qui ont payé, d’autres non. Certains ont joué la carte de la prudence. D’autres sont passés à côté du concours. De manière plus générale, on a senti la fatigue poindre chez beaucoup d’entre eux, sans doute en raison de cette fin d’année épuisante pour le corps de ballet, qui se produit à la fois sur La Source et Casse-Noisette, deux œuvres difficiles. On remarquera, enfin, que n’a jamais eu autant la cote chez les candidat(e)s que depuis la nomination de  ! Retour sur deux journées à haute tension.

Commençons par les classes Homme. Peu de danseurs ont choisi de concourir cette année : à titre d’exemple, seuls huit coryphées, sur un effectif total de 17 ont concouru.

La classe des quadrilles s’est avérée décevante : très peu de danseurs sont parvenus à danser proprement la variation de , tirée du premier acte de Paquita. Les réceptions des tours en l’air, notamment, ont été plus qu’hasardeuses. et Florent Melac ont été promus coryphées. Les deux ont tiré leur épingle du jeu durant la variation libre : le premier a fait preuve d’un bel élan juvénile et de beaucoup de lyrisme dans Tchaïkovski – Pas de deux, tandis que le second s’est montré particulièrement convaincant dans son interprétation de Pas./Parts de Forsythe. On mentionnera également la belle prestation de , un danseur plein de fougue qui nous rappelle Alessio Carbone.

Pas de surprise quant aux deux promus de la classe des coryphées : et ont dominé le concours. Louvet est un danseur raffiné qui représente le meilleur de l’école française. Marchand est, quant à lui, un danseur très charismatique qui n’a pas froid aux yeux. Les deux triomphent actuellement sur la scène de l’Opéra Bastille dans le rôle-titre de Casse-Noisette. , qui a sorti le grand jeu dans son Grand pas classique de et , qui a effectué un beau concours, n’ont pas démérité.

Aucune majorité ne s’étant dégagée à l’issue du scrutin, le poste de premier danseur n’a pas été pourvu. , grand favori à qui l’on confie déjà des rôles d’envergure sur scène, a malheureusement réalisé deux prestations en-deçà de son niveau technique habituel. Un grand bravo à , qui a réalisé un très beau concours et à , qui nous a offert une formidable interprétation du Rire de la lyre de José Montalvo. Tous deux ont énormément progressé durant ces dernières années et mériteraient qu’on leur donne davantage la parole sur scène.

BaulacAu contraire des classes garçons, pas de défection chez les filles qui étaient presque toutes au rendez-vous!

La classe des quadrilles nous a laissé quelque peu désappointée : que d’erreurs et d’approximations dans l’interprétation de la première variation extraite du pas de trois du Lac des Cygnes ! D’autant plus que ces failles techniques et artistiques ne sont pas habituelles chez ces demoiselles. Ceci explique cela, le jury a décidé de ne pourvoir que 2 postes de coryphée, sur les cinq initialement prévus : seules et ont été promues. La première est un diamant brut. Elle a impeccablement interprété la variation imposée et nous a offert une Variation du printemps d’un rare lyrisme. On lui prédit un avenir radieux. a, quant à elle, fait montre d’un haut niveau technique, couplé à une interprétation explosive du Grand Pas de Twila Tharp. Bravo à elle. On notera également la belle prestation de Leila Dilhac, une danseuse qui mériterait d’être enfin promue.

La classe des coryphées femmes s’est montrée, elle aussi, bien au-dessous de son niveau habituel. Trois danseuses ont dominé le concours : , et . Seules les deux premières ont été promues. Baulac est une danseuse lumineuse et raffinée qui assure déjà avec beaucoup de grâce des rôles de premier plan (on peut actuellement l’applaudir dans le rôle de Clara dans Casse-Noisette). On ajoutera qu’elle a obtenu récemment le Prix de la Danse AROP. O’Neill est une très belle interprète au potentiel évident : ne serait-ce sa semi-chute lors de la variation imposée (la variation de Gamzatti tirée de l’acte II de La Bayadère), la jeune fille aurait exécuté un sans-faute lors du concours. On remercie le jury de n’avoir pas tenu compte de cette erreur et de l’avoir classée deuxième. Galloni a réalisé un très beau concours et écope de la troisième place. On croise les doigts pour l’année prochaine.

Dans la classe des sujets, on a tout particulièrement applaudi , Héloïse Bourdon et . C’est Hecquet qui a décroché le gros lot, et personne ne s’en offusquera. Cette danseuse longiligne et expérimentée a réalisé un très beau concours : assurance et présence en scène indéniable, elle constituera un atout fiable pour le ballet.

On pointera du doigt l’indigence de l’interprétation de certains pianistes, qui ont véritablement massacré certains morceaux. Chapeau bas aux danseurs qui sont restés de marbre face à ces bémols musicaux. On remarquera également que pour la première fois depuis des années, les nominations n’ont pas fait l’objet de controverses et ont satisfait à peu près tout le monde. Le nouveau directeur de la danse aurait-il choisi de bannir les intrigues des coulisses ? Verdict l’an prochain.

Crédits photographiques : et © Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

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