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Apesanteur et équilibre : le cirque à 8 des 7 doigts de la main

Danse , La Scène, ResBambini, Spectacles Jeune public

Lyon. Maison de la Danse. 13-XII-2014. « Les 7 doigts de la main » : Séquence 8. Mise en scène et chorégraphie : Shana Carroll et Sébastien Soldevila. Distribution : Éric Bates, Ugo Dario, Colin Davis, Devin Henderson, Alexandra Royer, Maxim Laurin, Camille Legris, Tristan Nielsen. Musique originale : Seth Stachowski. Remix : Nans Bortuzzo. Scénographie : Anne-Séguin Poirier. Costumes : Manon Desmarais. Equipe de tournée dirigée par Lou Chartrand, technique : Guy Levesque. Lumière : Gabrielle Bérubé-Forest. Gréage : Frédérik Pelletier-Dallaire. Coproduction : Les Nuits de Fourvière, Lyon – TOHU, Montréal, Canada.

1 sequence_8-6614┬®Lionel_Montagnier« Un artiste sans public, c’est comme une tartiflette sans reblochon ». Le ton est donné par un Monsieur Loyal sans prétention, débarquant calmement avec son oreillette à la main, lancer le spectacle XXL d’acrobates virtuoses de la compagnie «  », dont il fait évidemment partie, embarquant le public démocratique de la Maison de la danse.

Ce samedi soir-là sur la terre, les plus petits aux plus vieux sont conquis par une escalade de prouesses techniques plus révoltantes au sens propre (ça tourne et retourne dans tous les sens) les unes que les autres, fascinant et faisant rire à la fois.

Voltige pause saltos pause concept et catapulte!

La voltige et les saltos s’arrêtent pour laisser place à du théâtre, du rire ou du break. C’est un florilège de déclinaisons subtiles des ressorts circassiens sur une ligne pure, celle de l’humour qui rassemble. Soit les journalistes culturels en prennent pour leur grade, parodiés dans leurs travers les plus fous, lorsqu’ Éric, manipulateur de briques, est interviewé pour parler de son dernier roman, puis revient avec des cubes cette fois, dans les bras, pour évoquer le second : la Vie est un fardeau, se mettant enfin à breaker avec un bonnet! La brique faite livre s’érige en culture alternative, transgenre ! La danse, c’est la solution, le message est limpide ! Le concept est au cœur de la parodie, mais il est bien rôdé ici, impression d’entendre du déjà-entendu, mais tout ce que l’on voit est du jamais-vu, au-delà d’espérance, tant ces artistes s’étirent au-delà du possible pour donner le meilleur du cirque en le mettant, sérieusement, cette fois, constamment en abyme, par un regard distancié et clair sur ce qui est en train de se faire.

Scotch et liens à mi-chemin

 En quelques fractions de secondes, les huit acrobates sont liés les uns aux autres, tandis que l’un deux se meut différemment, se mettant symboliquement en danger, à terre cette fois pourtant, pour exprimer ces liens que l’on tisse les uns avec les autres. Et que les artistes tissent aussi avec le public comme l’auto-proclamé « super sexy » Monsieur Loyal, le souligne peu après dans un quizz avec ce même public, pointant son nez à « mi-chemin » du spectacle. « Je rigole, y a pas d’entracte » ponctue-t-il ! « Fantôme » s’oppose à « »  dans un dialogue de sourds qui pourrait dégénérer, mais non. Le tourbillon reprend, « checks » et rires au bas de la barre russe.

Sans transition

« L’entracte » se partage avec la salle tandis que les huit sont sensés se reposer ! Et le spectacle continue et c’est royal : frissons, émois, fous rires et folle cadence des sauts. Léger et grave à la fois, Séquence 8 propulsent huit danseurs défiant les lois de la pesanteur. Comme dans Contact, la dernière création de Decouflé, le spectateur est mis en abîme pour le meilleur.

«  » a aussi des doigts de pied en surnombre quand il s’agit, par exemple, de les accrocher tête en bas au trapèze, sans les mains évidemment, et en tournant de plus en plus vite. Les huit prodiges tranquilles (québécois donc) nous renvoient au cœur de la danse contemporaine liée au cirque, à l’honneur de la Biennale lyonnaise 2014 (Yoann Bourgeois à l’Opéra, la Compagnie XY au Théâtre des Célestins ou encore Alessandro Sciarroni à celui de la Croix-Rousse).  Bref, le cirque est un art subtil à part entière aujourd’hui enfin reconnu pour ce qu’il est : de l’art.

Crédit photographique : Lionel Montagnier

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