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Une Grande duchesse en manque d’esprit

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 15-XII-2014. Jacques Offenbach (1819-1880). La Grande Duchesse de Gerolstein, opéra-bouffe en 3 actes et 4 tableaux sur un livret de Henry Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène et costumes : Laurent Pelly. Décor : Chantal Thomas. Adaptation du livret et des dialogues : Agathe Mélinand. Chorégraphie : Laura Scozzi. Lumières : Joël Adam. Avec Ruxandra Donose, La Grande Duchesse ; Bénédicte Tauran, Wanda ; Fabio Trümpy, Fritz ; Boris Grappe, Le Baron Puck ; Rodolphe Briand, Le Prince Paul ; Jean-Philippe Lafont, Le Général Boum ; Michel de Souza, Le Baron Grog ; Fabrice Farina, Népomuc ; Julienne Walker, Iza ; Marion Jacquemet, Amélie ; Ahlima Mhamdi, Charlotte ; Marina Lodygensky, Olga ; Nicolas Carré, Un notaire. Danseurs : Marc Behra, Nicolas Chaigneau, Angel Cubero Alconchel, Mickaël Callego, Laurent Le Gall, Farid Ayelem Rahmouni, Lucas Tissot, Rodolphe Toupin, Nicola Vacca, Joris Zegarac. Chœur du Grand Théâtre de Genève (Chef de chœur : Alan Woodbridge). Orchestre de la Suisse Romande. Direction musicale : Franck Villard.

La-Grande-Duchesse.01wLe Grand théâtre de Genève reprend la Grande duchesse de Gerolstein de .

Afin de ne pas perdre l’essence même de la production du Théâtre du Châtelet  d’octobre 2004, le Grand Théâtre de Genève avait appelé en personne pour diriger cette reprise de sa Grande Duchesse de Gerolstein parisienne. Une reconstitution scénique qui aurait pu être réussie si l’on s’était préoccupé de réunir une distribution plus en ligne avec l’esprit des opéras bouffe de .

Esprit es-tu là ? C’est bien ce qui a manqué à cette soirée. Pourtant, on avait tout en main. Une œuvre légère et spirituelle. Une musique on ne peut plus charmante. Des décors efficaces. Un orchestre et des chanteurs. Des costumes bien dessinés. Une mise en scène désopilante et pleine de gags. Mais sans l’étincelle capable de mettre le feu aux poudres, le grain de folie susceptible d’amener le délire, le soufflé retombe vite. Malgré des individualités de belle qualité, la sauce n’a pas pris. Bien sûr, ce n’était pas l’ennui mais, sauf en de rares moments, le gâteau n’avait pas de goût.

L’esprit de s’articule autour d’une époque où la France était avide d’effacer un passé proche et douloureux. Dans La Grande Duchesse de Gerolstein, la charge bouffonne contre la fatuité militaire est empreinte de ce que le compositeur (et ses librettistes) prodiguent par dessous tout : l’ironie sous le couvert de l’élégance. C’est ce qu’a bien compris le metteur en scène Laurent Pelly qui signe ici une mise en scène subtile d’ironie et d’humour.

Cependant le malaise se fait rapidement sentir. Dans l’ouverture déjà, l’Orchestre de la Suisse Romande cafouille lourdement sous la direction d’un imprécis. Tout au long de la soirée, le chef français multipliera les décalages avec la scène, les plus flagrants s’inscrivant autour d’un Chœur du Grand Théâtre peut-être aussi insuffisamment préparé. Sans couleurs, sans pétillements, jamais on entendait dans la musique ce que la scène cherchait à faire vivre.

Dans cette presque indifférence, seule la soprano (Wanda) tire ses marrons du feu et habite l’esprit d’Offenbach. Hors une voix d’une clarté éblouissante, la jeune soprano réaffirme son formidable sens d’un théâtre. C’est un régal de voir cette jeune paysanne virevolter autour de son amoureux tout en chantant sa joie dans un français parfaitement articulé et intelligible. Débordante d’un humour scénique irrésistible, elle habite la scène à chaque instant. Du grand art !

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A ses côtés, le ténor suisse est plaisant. Même s’il se montre parfois hésitant avec sa difficulté à exprimer clairement la musique d’Offenbach et la langue de ses librettistes, il termine mieux qu’il n’avait débuté.

Dans le rôle-titre, la mezzo roumaine (La Grande Duchesse) n’a malheureusement ni la culture de cette musique, ni celle de ce théâtre courtelinesque. Si sa beauté plastique donne un certain crédit à son rôle, sa voix trop jolie pour la gouaille du propos ne cadre pas avec le personnage de l’intrigue et la musique d’Offenbach. On aime sa personnalisation d’une « cougar » fortunée et toute puissante de la Belle-Epoque mais, sans l’instinct très français des situations, son application tombe à plat.

La truculence certaine du personnage aurait pu convenir au baryton français (Le Général Boum), mais l’usure de son instrument ne lui permet plus de chanter sans un large et pénible vibrato. Dans les rôles de moindre importance, on apprécie le ténor français (Le Prince Paul) personnifiant idéalement le type de personnage comique et pathétique de « cocu magnifique » qu’on retrouve dans pratiquement toutes les comédies de cette époque.

Si comme nous le disions plus haut, la soprano recueille tous les suffrages, les meilleurs moments de ce spectacle genevois sont sans contredit ceux où Laurent Pelly dirige des ensembles de personnages. Ainsi, ses défilés militaires, ses bals sont particulièrement réussis et désopilants. Pas étrangère à ce succès (le public hilare et conquis applaudit pendant la danse acrobatique et irrésistible de drôlerie de l’extraordinaire troupe des soldats danseurs), la chorégraphe met le feu au théâtre. Des moments de bonheur total mettant en lumière la déception de ne pas avoir vu la plupart des autres artistes se piquer au jeu de la drôlerie pourtant servie par l’intelligence scénique de Laurent Pelly.

Crédits photograhiques : La Grande-Duchesse de Gérolstein © GTG / Carole Parodi

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