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A Lausanne, vivifiante Veuve Joyeuse

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Opéra de Lausanne. 23-XII-2014. Franz Lehár (1879-1948) La Veuve Joyeuse,
opérette en trois actes sur un livret de Victor Léon et Léo Stein, d’après L’attaché d’ambassade d’Henri Meilhac. Adaptation française de Gaston de Caillavet et Robert de Flers (1909). Mise en scène : Jérôme Savary réalisée par Frédérique Lombart ; Décors : Ezio Toffolutti ; Costumes : Michel Dussarrat ; Chorégraphie : Nadège Maruta. Avec Brigitte Hool, Missia Palmieri ; Régis Mengus, Prince Danilo ; Christophe Berry, Camille de Coutançon ; Julie Mossay, Nadia ; Patrick Rocca, Baron Popoff ; Patrick Lapp, Lérida ; André Gass, D’Estillac ; Frédéric Longbois, Figg ; Richard Lahady, Kromski ; Christine Auer, Olga Kromski ; Jean-Raphaël Lavandier, Bogdanovitch ; Elodie Tuca, Sylviane Bogdanovitch ; Pier-Yves Têtu, Pritschitch ; Alexandra Hewson, Prascovia Pritschitch. Danseurs de l’Ecole-Atelier Rudra Béjart Lausanne. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Direction : Jacques Blanc). Sinfonietta de Lausanne. Direction musicale : Cyril Diederich

Veuve-Joyeuse.01w Huit ans plus tard, jour pour jour, La Veuve Joyeuse mise en scène par remonte sur les planches de l’Opéra de Lausanne.

Une reprise de tous les dangers ? On pourrait le penser si l’on se réfère à La Veuve Joyeuse que l’Opéra de Lausanne offrait à son public en 2006. Cette année-là, était encore de ce monde et son talent de metteur en scène faisait autorité dans tous les spectacles où le pétillant, le déjanté était de mise. A Lausanne, il n’avait pas fait dans le détail. Une belle folie régnait sur ce spectacle. Malheureusement, dans le rôle du Baron Popoff, avait un peu abusé du champagne en coulisses et s’était trouvé à improviser ses répliques déstabilisant quelque peu le reste de la troupe. Peu de choses peut-être, mais suffisamment déroutantes pour que tout le spectacle s’en ressente.

, l’alors assistante de Jérôme Savary reprend les cahiers du maître pour faire revivre cette opérette. D’emblée, il faut louer son travail qui, sans altérer la comédie légère, en favorise le côté poétique au dépens des grosses ficelles qu’on connaissait avec Jérôme Savary. De plus, sans jamais oublier le théâtre boulevardier de La Veuve Joyeuse, sait calmer le jeu pour protéger la si belle musique de . Remarquable aussi sa direction d’acteurs. Utilisant les chanteurs pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’elle voudrait qu’ils soient, la scène théâtrale s’en trouve parfaitement équilibrée. Ainsi les moins bons comédiens n’ont pas à se démener inutilement pour s’élever dans des images théâtrales qu’ils n’auraient pas.

Pas de changements dans les décors, ni dans les costumes ou les chorégraphies. Même chez les interprètes, on retrouve l’exubérant dans un Figg qui n’a pas pris une ride, le chef excellent de subtilité, d’entrain, de rythme et la soprano qui du rôle de Nadia, l’épouse du Baron Popoff, passe aujourd’hui à celui de Missia Palmieri, la veuve.

Si dans le rôle-titre chante correctement, elle reste un personnage un peu diaphane. C’est dans la magnifique romance « Vilya, ô Vilya » qu’elle montre les limites d’une voix, certes charmante et bien travaillée mais qui a perdu de la puissance évocatrice qu’on lui a connu par le passé. A ses côtés, (Prince Danilo) s’illustre comme un excellent choix de cette distribution. Elégant de sa personne, il joue admirablement sa distance aux avances de Missia Palmieri mais fond avec dignité quand leur amour devient évident. Avec une voix (aussi bien parlée que chantée) bien en place, le baryton s’affirme comme un chanteur aguerri quand bien même sa carrière ne fait que débuter. Un chanteur à suivre.

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Dans le rôle du Baron Popoff, le baryton est un meneur de revue de premier ordre. Débordant d’énergie, son à-propos théâtral est en adéquation parfaite avec l’intrigue. Enthousiaste autant qu’enthousiasmant, il engrange aisément la sympathie du public.

La soprano belge incarne très bien la Baronne Popoff, jeune écervelée courtisant sans relâche son amant Camille de Coutançon. Dotée d’un rare talent de comédienne, doublée d’une très jolie voix, elle en possède une vaste palette pour en changer habilement la couleur lorsqu’elle joue les idiotes. Autre belle surprise, le ténor (Camille de Coutançon) livre une prestation de haut vol avec des aigus de soleil.

Un spectacle de très bon niveau qui s’enflamme soudain avec le cancan endiablé des danseurs de l’Ecole-Atelier Rudra Béjart. Waouh ! Quelle énergie, quelle folie s’empare de ces danseurs qui s’en donnent à cœur joie. Un moment d’une incroyable intensité que les spectateurs applaudissent sans réserve.

Dans la fosse, comme nous le disions plus haut, le chef français apporte une grande musicalité à un très en verve alors que le Chœur de l’Opéra de Lausanne s’intègre à merveille dans les méandres musicaux de cette comédie.

Un spectacle pleinement réussi de l’Opéra de Lausanne dont il faut saluer le très bon choix des chanteurs qui, s’ils ne sont pas des stars de l’art lyrique, ont admirablement su se fondre dans le moule d’une intrigue en tous points équilibrés et vivifiants.

Crédit photographique : (Danilo), Brigitte Hool (Missia Palmieri) ; (Figg), Régis Mengus (Danilo), (Baron Popoff), Brigitte Hool (Missia Palmieri) © Marc Vanappelghem

 

 

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