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Brahms, Grieg et Tchaïkovski réveillonnent chez les Brodsky

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

Leipzig - Nouveau théâtre (inauguré en 1868, détruit en 1943)A l’occasion du jour de l’an 1888 le talentueux, populaire et très affable violoniste virtuose d’origine russe Adolph Brodsky reçoit chez lui à Leipzig quelques invités. Deux hommes, deux musiciens, deux célébrités font connaissance : un Russe, et un Allemand,  !

Brodsky avait créé, à Vienne, le Concerto pour violon en ré majeur de Tchaïkovski, sous la baguette de Hans Richter en 1881. L’épouse de l’hôte rapporta : « Il aurait été très difficile de trouver deux hommes aussi dissemblables. » Elle  nota l’élégance,  le raffinement et les manières très courtoises du premier et, du second, sa tête puissante donnant une impression de robustesse, d’énergie et d’opposition déclarée à toute bonne manière. Brahms ne cacha pas sa surprise. Les deux hommes ne se connaissaient pas, ni l’un ni l’autre ne s’appréciaient musicalement.

Brodsky et Brahms répétaient le  Trio pour piano n° 3 de ce dernier que Tchaïkovski écouta attentivement. Un peu plus tard, deux autres convives connus dans l’Europe entière, sympathiques et fameux également, firent leur apparition : le compositeur et pianiste norvégien et sa femme la soprano Nina Hagerup Grieg. Ils connaissaient déjà Brahms l’auteur des Danses slaves mais nullement Tchaïkovski apprécié pour ses musiques de ballets qui lui-même de son côté appréciait hautement la musique de Grieg. Les deux hommes se plurent immédiatement et nouèrent d’amicales relations basées selon le Russe sur une « affinité spirituelle », sur les émotions et « la chaleur et passion » de l’art de son homologue scandinave. En tout cas tous firent montre de civilité, de cordialité et de respect réciproque.

Tchaïkovski,  autrefois très critique, trouva que Brahms ressemblait à « un prêtre âgé et serein » et releva son noble tempérament, sa modestie et sa gentillesse mais confirma que sa musique le laissait de marbre à l’instar de ses compatriotes. Dès le début du repas, mal à l’aise entre  Brahms et Tchaïkovski,  Nina se leva d’un coup et déclara tout de go qu’elle souhaitait changer de place avouant être trop nerveuse « entre ces deux-là ».  Edvard se proposa immédiatement et le couple changea de place.

La rencontre se déroula néanmoins sous les meilleurs auspices. Au repas Brahms avança qu’il voulait manger à lui seul la confiture de fraises ! Puis on dégusta des cigares, du café et des alcools. Observatrice, Anna Brodsky déclara qu’il s’agissait « davantage d’une réunion d’enfants que d’une rencontre de grands compositeurs. »

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