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Mari Kodama dans Beethoven : le don du temps

À emporter, CD

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : 32 Sonates pour piano. Mari Kodama, piano. 9 CD Pentatone PTC 5186 490. Enregistré entre janvier 2003 et février 2013, à la Doopsgezinde Kerk de Harlem et au Concertboerderij de Valthermond (Pays-Bas). Notice trilingue (anglais-allemand-français). Durée totale : 10h21′.

 

Les Clefs d'Or 2015

MKodama

Une grande contribution à la discographie, à mettre entre toutes les mains !

« Time was the greatest gift. » Tels sont les termes de , lorsqu’elle présente cette intégrale des sonates de Beethoven, qu’elle a mis plus de dix ans à enregistrer. On se doute que le temps, dans la vie d’une interprète à la carrière internationale, est un cadeau : temps du mélomane, qui s’approprie lentement le langage et la fascinante nouveauté des trente-deux sonates ; temps de l’admirateur, qui prend soin de relever les fulgurances précoces du génie de Beethoven, tout comme d’en observer, page après page, la maturation ; temps de l’initié, pour finir, qui accorde une place en lui à cet univers étranger, et de l’intérieur, peut accéder au sens.

Dans chacun des enregistrements que regroupe l’élégant coffret, l’auditeur peut ainsi apprécier ce temps qu’a pris la pianiste, ce temps qu’elle lui offre, condensé en dix heures de musique. Chaque note, chaque phrasé est soupesé, non pas avec une maniaquerie d’apothicaire, mais dans l’élan d’inspiration qui construit la cohérence du corpus. Du joyeux opus 2 au magistral opus 111, déploie un jeu d’une impeccable netteté, où transparait à chaque seconde le degré d’élaboration de sa vision musicale.

Parmi les qualités nombreuses de l’interprétation, deux font plus particulièrement figure d’exception : les tempi, premièrement, d’une pertinence nulle part démentie. Certains heurtent d’abord les oreilles, trop accoutumées à ces réflexes pianistiques qui dégénèrent en caricatures – mais comme nul systématisme ne jette de soupçon sur ces originalités, la sincérité du choix de Mari Kodama finit chaque fois par convaincre. Et d’autre part, jamais la pianiste n’esquive les duretés sonores – ces « imperfections » du détail toutes beethovéniennes –, pas plus d’ailleurs qu’elle ne cherche à les rendre outrancièrement visibles : les couleurs qu’elle obtient évoquent tout autant Haydn (l’expressivité simple de l’opus 26) que Stravinski (les attaques de la « Hammerklavier »). Mari Kodama n’enferme pas Beethoven dans un romantisme d’Épinal, mais elle laisse sa musique, prodige de l’Histoire, glisser dans l’intemporalité.

 

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