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Francesco Filidei en résidence à l’Ensemble 2e2m

Concerts, La Scène

Paris. Auditorium Marcel Landowski du CRR. 10-I-2015. Marko Nikodijevic (né en 1980): Music Box, Autoportrait en présence de Stravinsky et Ligeti (et également Messiaen) pour ensemble. Leilei Tian (née en 1971): La Caverne des Idées pour quatuor de saxophones. Francesco Filidei (né en 1973): Ballata n°3 (CM) pour piano et ensemble; Puccini alla caccia pour ensemble; Alexander Schubert (né en 1979): Point Ones pour ensemble et dispositif électronique en temps réel. Véronique Briel, piano; Philippe Caillot, Jean-Michel Goury, Pierre-Stéphane Meugé, Thomas Rabaud, saxophones. Ensemble 2e2m; la Muse en circuit: Grégory Joubert, réalisation informatique musicale; Camille Lézer, ingénieur du son. Direction Pierre Roullier.

image_41Le compagnonnage entre et l’ remonte à une dizaine d’années déjà. Mais jamais le compositeur pisan n’avait encore eu sa résidence auprès de l’Ensemble.

La chose est donc actée pour 2015 durant laquelle on découvrira plus en profondeur cette personnalité musicale formée auprès de Salvatore Sciarrino: c’est dire que le son est au centre de ses recherches mais aussi le temps dans lequel il s’inscrit et la perception que l’on en a.

Compositeur et organiste renommé, attaché à la vocalité – tradition oblige – celle de Verdi, Puccini, Mascagni etc… qu’il aime faire revivre à sa manière, est aujourd’hui occupé à l’écriture de son premier opéra que l’on entendra à Porto en septembre prochain.

Le premier concert parisien de cette nouvelle résidence, sur la scène désormais familière de l’Auditorium du CRR de Paris, était de nature à régénérer les énergies et poétiser les horizons.

Avec la Music Box de Marko Nikodijevic d’abord, (en décembre dernier lors du Week-end Turbulences à la Cité de la Musique), qui convoque, dans le titre de la pièce comme dans son écriture, la dimension énergétique, répétitive et bouillonnante du « Sacre » de Stravinsky autant que les textures ludiques et solaires d’un Ligeti. La puissance jubilatoire qu’atteint l’interprétation de à la tête d’instrumentistes exemplaires, révélait l’oeuvre dans sa conduite virtuose et sa pleine énergie.

Très singulière également, La Caverne des idées de la compositrice chinoise – invoquant l’allégorie de la Caverne de Platon – anime un ballet d’ombres étrange autant que suggestif. Nos oreilles d’occidentaux y entendent d’avantage les voix de l’Opéra chinois et la théâtralité qu’elles induisent. L’oeuvre est écrite pour quatuor de saxophones où dialoguent, s’opposent et se mêlent, dans des temporalités contrastées, les « voix » des saxophones soprano et alto, dans leurs tessitures lisses et aigües, et celles des ténor et baryton, plus rugueuses et percussives. Bien conduite par les quatre instrumentistes, l’oeuvre saisit par l’énergie du son qu’elle sollicite constamment.

La première partie s’achevait avec la création très attendue de Ballata n°3 pour piano solo et ensemble de Francesco Filidei, une pièce écrite en 2013 dont on entendait ce soir la nouvelle version: superbe aboutissement de ce work in progress, l’oeuvre révèle un univers sonore aussi intimiste que poétique. Souvent bruitée, animée de frémissements légers, de tintements mystérieux, configurant des textures fragiles et traversées de souffle, la Ballata n°3 invite le piano soliste comme la première Ballata accueille l’orgue, en inscrivant l’instrument dans le flux léger de l’écriture. Filidei y privilégie les sonorités cristallines, la brillance virtuose et la plasticité des figures, volontiers répétitives, qui sollicitent parfois les cordes du piano: autant de traits que Véronique Briel, rayonnante, donne à entendre sous son jeu précis et félin. Aux détours d’une forme rhapsodique, plus voyageuse que narrative, l’alto, le cor ou le violoncelle laissent échapper quelques bouffées de lyrisme, hommage au piano romantique et aux ballades de Chopin auxquelles le titre se réfère.

Esprit frondeur, inventif et pétri d’humour, Filidei aime peupler son univers sonore des rumeurs de la nature, confiant aux instrumentistes nombre d’appeaux et autre rhombe délicatement bruités. Il n’y a aucun instrument traditionnel dans Puccini alla caccia (Puccini à la chasse) où le compositeur de La Bohème est évoqué au sein de la nature, en train de chasser sur ses terres de Torre del Lago. Gazouillis, pépiements, coup de feu, cris de volatiles et joyeux charivari d’oiseaux, tout y est dûment écrit, rythmé voire même siffloté, comme cet air de Madame Butterfly qui affleure sous l’action des petites flûtes à coulisse!

prêtait son concours en fin de soirée à la création française de l’oeuvre du compositeur allemand Alexander Schubert sollicitant la transformation du son en temps réel. Point ones repose sur l’interaction du son instrumental et de la source électronique générée par les gestes du chef d’orchestre. Muni de capteurs aux poignets, était tout à fois chef et performer – on connait son abattage scénique! – assumant aux deux-tiers de la pièce un passage soliste spectaculaire mâtiné de Hip-Hop. Un rien démonstrative peut-être, cette pièce à voir autant qu’à entendre tenait en haleine par sa puissance énergétique et le foisonnement d’un espace sonore flirtant avec la saturation.

L’ en grande forme et merveilleusement réactif face à autant de situations de jeu et de mondes sonores abordés soulevait l’enthousiasme du public dans un auditorium bondé où les deux compositeurs présents, Francesco Filidei et revenaient saluer aux côtés des vingt deux instrumentistes conviés sur le plateau.

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