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Musical à la russe au Théâtre des Champs-Elysées

Créé il y a quelques jours à Saint Petersbourg, Up and down est une adaptation musicale et chorégraphique du roman Tendre et la nuit, de Francis Scott Fitzgerald. Le flamboyant en fait un musical à la russe, enlevé et expressif.

met en scène dans ce ballet narratif d’une soirée un jeune psychiatre, Dick, entouré de ses patients et une jeune femme fragile, Nicole, dont les troubles l’ont conduite à être internée. Bien que cernées par ses démons, la jeune femme tombe amoureuse de son médecin et l’épouse. Pour raconter cette histoire de passion amoureuse et destructrice, la danse de est expressive à l’extrême, émaillée de duos intenses et de scènes poignantes. Elle donne de superbes rôles aux solistes du Eifman Ballet de Saint Petersbourg, en particulier Oleg Gabyshev, élégant dans le rôle de Dick, dans de magnifiques duos avec Lyubov Andreyeva, une Nicole séduisante et retorse ou Jiri Jelinek, dans le rôle sombre et mystérieux du père de Nicole.
Comme dans le roman de Fitzgerald, Boris Eifman alterne avec génie l’intime et le clinquant. Des scènes de groupe émaillent en effet le spectacle à intervalles réguliers, lui conférant une dimension très enlevée de comédie musicale à l’américaine. Scène de cabaret aux accents de french cancan, boîte de jazz endiablée ou music hall, tous les formats sont permis pour donner l’occasion au corps de ballet de montrer son sens du rythme et de la musique. Guidé uniquement par l’expressivité et l’émotion de sa dramaturgie, Boris Eifman a en revanche choisi un patchwork musical assez hétéroclite, avec de nombreux arrangements d’œuvres phares de Gershwin (Rhapsody in blue, The man I love, Porgy and Bess…) mais aussi des « tubes » de ou Alban Berg. Une sélection parfois discutable. Au deuxième acte, les deux personnages principaux, désormais mariés, s’engagent dans une vie dissolue de plaisirs, de la plage aux nuits passées dans les clubs. Les fragilités du jeune médecin, contraint d’abandonner sa pratique pour se consacrer à son épouse, apparaissent alors au grand jour. Là encore, la mise en scène laisse beaucoup de place aux ballets de groupe, très réussis, restituant en toile de fond l’époque des « roaring twenties ». Ce deuxième acte est plus équilibré que le premier, proposant un meilleur accord entre la dramaturgie, la danse et la musique, avec une narration mieux maîtrisée et moins elliptique.

Crédit photographique : © Souheil Michael Khoury