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Sir Simon Rattle et ses Berliner à la Philharmonie … de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Philharmonie de Paris. 18-II-2015. Helmut Lachenmann (né en 1935) : Tableau pour orchestre ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°2 en ut mineur « Résurrection ». Kate Royal, soprano ; Magdalena Kožená, mezzo-soprano. Chœur de la Radio néerlandaise (chef de chœur : Gijs Leenaars) ; Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Sir Simon Rattle.

Magdalena Kožená © Mathias Bothor
Pour sa première venue dans la nouvelle salle parisienne, une performance quasi extraterrestre de l’, qu’on a (enfin !) la sensation d’entendre quasiment aussi bien qu’à Berlin.

L’ s’est peut-être senti moins dépaysé que de coutume à Paris, retrouvant dans notre Philharmonie une configuration proche du modèle berlinois qui est leur depuis 1963. Pour nous, simple auditeur, le rapprochement était encore plus flagrant tant nous eûmes la sensation d’entendre (enfin !) cet orchestre quasiment aussi bien qu’à Berlin. Car, juste avant le plat de résistance constitué par la Symphonie « Résurrection », on put entendre Tableau pour orchestre, œuvre composée en 1989 par où l’orchestre emporta le morceau presque à lui tout seul tant il impressionna par sa capacité à jouer de toutes ses ressources, précisions, couleur, virtuosité, clarté, jeu d’ensemble, et imagination sonore lorsque le compositeur utilise les instruments d’une façon inhabituelle. Baignant dans ce Tableau comme un poisson dans l’eau, nous emporta avec lui, nous convainquant aisément qu’on venait d’entendre une version exemplaire de cette œuvre.

Incontestable cheval de bataille du chef anglais, qui l’inscrivit de nombreuses fois dans ses programmes, tout orchestre confondu, y compris à Pleyel en 2007 déjà avec les Berliner, la Symphonie n°2 de Mahler fit sonner le feu et la foudre dans une Philharmonie qui ne demandait que ça. Lancé tambour battant, l’Allegro maestoso donna le ton de toute la symphonie. Usant de contrastes de tempo très marqués, le chef alterna des passages très retenus avec des déchainements, toujours impeccablement contrôlés, qui, s’ils donnèrent une animation constante à son interprétation, devinrent, par leur systématisme un peu prévisibles quand même. Mais la dynamique quasi sans limite qu’offrit l’orchestre à son chef permit à ce dernier d’aller où il voulait quand il voulait, du plus infime pianissimo au plus extrême fortissimo, ces derniers parfois pris à des tempos rageurs qui nous laissèrent admiratifs.

Incontestablement impressionnante, écrasante, parfois terrifiante ou étouffante quand il le fallait, l’interprétation du chef anglais nous convint moins dans les moments de tendresse ou d’émotion qui parcourent cette symphonie, avec en point d’orgue les interventions des voix de femmes et bien sûr le final choral qui donna son titre à toute l’œuvre. On ne perçut pas dans ces passages moins immédiatement spectaculaires l’émotion qu’on y attendait. Les deux solistes, et , nous semblèrent légèrement sur la réserve, du moins séparément, car le trop court moment où elles furent ensemble fut magnifique. Enfin le final restera pour nous une fort belle exécution, avec un excellent chœur, mais avec un déficit d’émotion qui nous empêcha d’être bouleversés et de grimper au ciel.

Reste que, même si nous avons noté ici ou là quelques menues réserves, dont une partie relève de notre propre perception qui n’est pas forcément partagée par l’ensemble des auditeurs de ce concert, le niveau d’exécution était tel qu’il faut quand même le saluer bien bas.

Crédits photographiques : © Mathias-Bothor / Deutsche Grammophon

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