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Rajeunissement pour tous avec l’Armida de Mariame Clément

La Scène, Opéra, Opéras

Besançon. Théâtre Ledoux. 19-II-2015. Joseph Haydn (1732-1809) : Armida, drame héroïque en 3 actes sur un livret de Nunziato Porta. Mise en scène : Mariame Clément. Décor et costumes : Julia Hansen. Lumières : Marion Hewlett et Patrice Lechevallier. Avec : Chantal Santon-Jeffery, Armida ; Juan Antonio Sanabria, Rinaldo ; Laurent Deleuil, Idreno ; Dorothée Lorthiois, Zelmira ; Enguerrand de Hys ; Francisco Fernando-Rueda, Clotarco ; Catherine Hauseux, l’épouse de Rinaldo. Le Concert de La loge Olympique, direction : Julien Chauvin.

armida_arcal_massy_2015_0 plonge Armida, premier opéra seria de , dans une audacieuse transposition temporelle. En petite forme scénique (production de l’itinérante Arcal oblige) mais nullement privée d’imagination, sa mise en scène, dommageablement contrainte sur le petit plateau du Théâtre Ledoux de Besançon, parvient à instiller un trouble salutaire.

Claus Guth, Olivier Py, Robert Carsen, Dmitri Tcherniakov, etc., il est temps d’affirmer que est la seule femme aujourd’hui à pouvoir prétendre s’aligner sur le podium lyrique, squatté par les hommes, des metteurs en scène les plus passionnants de notre temps.

En toute sincérité, et loin des excès de ce qu’il est coutumier de surnommer le Regietheater allemand, Mariame Clément a voulu faire de cet opéra d’hier un spectacle pour un public d’aujourd’hui. La mise en scène se concentre sur le dilemme cornélien auquel tout homme est confronté dans son unique vie : fais-je le bon choix ? Fatalement d’abord agacé, notre monde pressé se laisse peu à peu convaincre par Mariame Clément que 2h30 pour une telle interrogation ce n’est pas si long.

2bd79f_0dadfc00acea4152a256f26c94034ee0.jpg_srz_p_357_538_75_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srzQuelle magnifique équipe de musiciens ! étrenne avec cette Armida son tout flambant Concert de la Loge Olympique. Résurrection de l’ensemble éponyme qui créa les Symphonies parisiennes de Haydn, celui de , violon solo échappé du Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rohrer, insuffle, à l’instar de Mariame Clément, une cure de jeunesse roborative à cet opéra impossible (Giovanni Antonnini du Giardino Armonico ne vient-il pas de déclarer que l’on n’a encore jamais joué les symphonies de Haydn comme il convenait ?).

On était loin de se douter que la de l’inénarrable King Arthur du trio Niquet/Shirley/Dino, ou de la récente résurrection du Christophe Colomb de Félicien David serait cette Armida exemplaire, virtuose d’un registre à l’autre, idéalement brisée ou enflammée, de surcroît très crédible en travesti. Son Rinaldo est bouleversant lui aussi. est une révélation. La vocalise impressionnante du duo des amants qui clôt l’Acte I exprime tout de la difficulté d’une musique qui demande énormément aux chanteurs.

La Zelmira de est épatante jusque dans sa projection intrigante du registre suraigu. , annoncé souffrant, dompte au mieux une partition qui n’épargne personne. est un Idreno plutôt solide. Moins sollicité par la partition, Francisco Fernando-Rueda est un bon Clotarco .

Cette Armida, qui infuse subtilement après le tomber de rideau, va continuer à poursuivre Rinaldo sur les routes de France. Et ses spectateurs. Le cœur de la cible est atteint.

Crédit photographique : Enrico Bartolucci

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