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Enfin un Lac des Cygnes de niveau international à Paris

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 14-III-2015. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Le Lac des Cygnes, ballet en trois actes. Chorégraphie et mise en scène : Rudolf Noureev, d’après Marius Petipa et Lev Ivanov. Décors : Ezio Frigerio ; Costumes : Franca Squarciapino. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Héloïse Bourdon, Odette/Odile ; Josua Hoffalt, Siegfried ; Florimond Lorieux, Wolfgang/Rothbart ; Germain Louvet, Hannah O’Neill, Fanny Gorse, Pas de Trois ; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Garrett Keast.

Le LacReprise du Lac des Cygnes à l’Opéra Bastille: enfin, depuis tant d’années d’errance avec des Etoiles à bout de souffle, une distribution de niveau international permet de croire aux lendemains avec les nouvelles forces du corps de ballet.

En effet, il a été rarement vu autant d’espoirs vérifiés en la personne d’, qui a connu les lumières de l’avant-scène en étant Nikiya il y quelques saisons, et, comme cela est l’habitude à l’Opéra, quelques périodes où elle n’était plus que dans le corps de ballet, pas toujours invisible, mais tout de même dans des rôles subalternes. Rôles qu’elle maintient toujours, puisque sur les autres représentations de la série, elle redeviendra un cygne parmi les trente deux autres. Quelle étrange compagnie que celle de l’Opéra où l’on distribue plus de sujets et de premiers danseurs que d’Etoiles (tout n’est que question de titre, on en conviendra), mais surtout quelle idée peut se faire un danseur de sa valeur en étant au fond de la scène un soir et brillant aux devants des projecteurs le lendemain, et ce, pendant des années?

Toujours est -il qu’ donne une leçon de style captivante; il n’y a pas grand-chose à redire au niveau technique (un travail de pointes remarquable, des équilibres appréciables, des fouettés impeccables-ce qui met la barre bien haute pour les titulaires du rôle à venir), et malgré la fatigue accumulée, la présence d’esprit, le fait de ne jamais lâcher l’attention, la caractérisation du rôle rendent justice au travail fabuleux de la ballerine. Son Cygne Noir est impressionnant au regard de la faiblesse habituelle des danseuses de l’Opéra: ici, elle lance le regard tueur et moqueur; là, elle rit aux éclats avec la crudité de la perversion. Et elle retrouve ensuite en un rien de temps la concentration en Odette dans un acte blanc d’une belle pureté et d’une inaccessibilité marmoréenne.
Son prince est . Avec quelques petits arrangements de la chorégraphie (ce qui restera toujours un débat stylistique: garder la tradition dans une sclérose que les danseurs ne peuvent plus tenir ou bien adapter ce qui met le plus en valeur la vigueur et la vitalité des humains sur scène?), il parvient réellement à ne trouver ses marques qu’au troisième acte, étant auparavant engoncé dans une indétermination entre malaise un peu facile et réelle mélancolie. Le passage par le troisième acte permet en réalité de justifier la tromperie profonde dont il est victime et qui lui fait réaliser la perte définitive et douloureuse d’Odette. Un personnage qui doit encore se trouver donc.

En Rothbart, le jeune dénote en cela qu’il s’agit généralement d’un premier rôle plutôt confié aux hommes plus mûrs et bâtis sur un physique plus trapu. Il sait toutefois amener le rôle à lui, avec un regard aquilin, directif et une danse nerveuse et très juste. Cela ne contrebalance pas totalement l’innocence du Prince, mais rend un service inestimable en insufflant un peu de vie à ce rôle qui est donné plus communément comme bâton de maréchal.

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La vie se retrouve également dans le corps de ballet, qui saute, va plus loin dans ses déplacements, avec nombre de jeunes recrues issues de l’Ecole de danse, qui est une nouvelle génération en proie avec les difficultés machiavéliques de la chorégraphie de Noureev. Il y a encore quelques ajustements à corriger dans les lignes, mais ce regain de vivacité donne un espoir que l’on osait plus fournir ces dernières années engoncées dans une raideur se voulant être philologique.

Dans la même veine, , dans le Pas de Trois donne entière satisfaction, et c’est toujours plaisant de voir évoluer avec un bas de jambe et des sautés sur pointe exquis ainsi qu’Hannah O’Neill (à qui va échoir également une représentation dans le rôle principal) souriante.

Cette série promet d’être une des plus intéressantes qui soient, signant là une ère Millepied sous les auspices de la curiosité et d’un certain courage, tout du moins dans ce qu’il en est permis de voir au niveau des distributions.

Crédit photographique : Corps de Ballet © Ann Ray/ Opéra National de Paris

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