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Roméo et Juliette de Berlioz à la Philharmonie

La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie. 16-III-2015. Hector Berlioz (1803-1869) : Roméo et Juliette. Jérôme Varnier, Frère Laurent ; Jean-François Borras, ténor ; Isabelle Druet, mezzo-soprano ; Chœur Aedes (chef de chœur : Mathieu Romano) ; Les Siecles, direction : François-Xavier Roth.

François Xavier Roth © François Sechet Une des œuvres les plus géniales de Berlioz, éclaircie par et le Chœur Aedes.

L’ivresse amoureuse, les haines familiales, les facéties de la Reine des songes tourbillonnent, se mêlent et se répondent dans Roméo et Juliette. Un chef-d’oeuvre incontestable, on y trouve le génie de Berlioz dans ses plus amples proportions, sur un fond de nuit d’été en Italie. Cette « symphonie dramatique » de l’amour et de la mort fut pour Wagner le modèle avoué de Tristan.

Des cordes assez peu nombreuses, des « instruments historiques appropriés », un chœur de dimension également restreinte (de 16 à 32 chanteurs) : on espère une révélation d’aspects nouveaux. On craint aussi une inadéquation de ces forces à l’immensité de la salle. L’Introduction écarte cette crainte et comble plus ou moins cette attente. Les « combats » et le « tumulte » sont d’une netteté et d’une vivacité d’archet au dessus de la moyenne. Guère de faiblesses à relever dans les autres pupitres, précis et légers : la seconde partie montre un hautbois d’une verdeur qui peut incommoder, et on peut en dire autant des harmoniques de cordes du Scherzo. Plus généralement, la clarté du dessin et de l’harmonie est remarquable, sans être non plus inouïe. L’équilibre sonore n’est jamais pris en défaut, jusque dans les passages les plus fracassants. Il faut encore souligner l’énergie constante de , dont le mot d’ordre semble être : de la passion, mais pas de langueur… Les interventions des violoncelles dans la deuxième des Strophes sont caractéristiques de cette manière sobre. Les thèmes de la Scène d’amour auraient pu, d’ailleurs, bénéficier de plus d’expansion.

Même qualité chez le Chœur Aedes, toujours très beau, mais dont l’intervention au début de la Scène d’amour manque son effet : le placement sous l’arrière-scène, même derrière des persiennes, répond peut-être à la lettre de ce que demandait Berlioz (« derrière la scène », si cette notion a encore un sens lorsque le public entoure l’orchestre), mais sûrement pas à l’effet sonore qu’il souhaitait. En revanche, l’étonnant dispositif du Prologue, avec le chef de chœur dirigeant son ensemble devant le chef d’orchestre dirigeant le sien, est bien celui voulu par le compositeur. Les chanteurs solistes se distinguent par l’adéquation de leur style et de leur diction. On a rarement donné à la figure du Frère Laurent une noblesse plus émouvante que ce que fait ce soir.

Crédit photographique : © François Sechet

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