tous les dossiers(1)

Jean Martinon chez RCA – Sony

À emporter, CD, Musique symphonique

JEAN MARTINON – CHICAGO SYMPHONY ORCHESTRA, THE COMPLETE RECORDINGS. Béla Bartók (1881-1945) : Le Mandarin Merveilleux, suite op. 19. Georges Bizet (1838-1875) : Symphonie en ut majeur ; L’Arlésienne, suites n°1 et n°2. Robert Casadesus (1899-1972) : Concerto pour piano n°2 op. 37. Paul Hindemith (1895-1963) : Nobilissima Visione. Édouard Lalo (1823-1892) : Le Roi d’Ys, ouverture. Frank Martin (1890-1974) : Concerto pour 7 instruments à vents. Jean Martinon (1910-1976) : Symphonie n°4 op. 53 « Altitudes ». Jules Massenet (1842-1912) : Thaïs, méditation. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Le Songe d’une Nuit d’Été, musique de scène (Ouverture, Scherzo, Nocturne, Marche nuptiale). Peter Mennin (1923-1983) : Symphonie n°7 « Variation-Symphony ». Carl Nielsen (1865-1931) : Symphonie n°4 op. 29 « Inextinguible » ; Helios, ouverture op. 17. Niccolò Paganini (1782-1840) : Moto perpetuo op. 11 (arrangement : Frederick Stock). Maurice Ravel (1875-1937) : Alborada del gracioso ; Boléro ; Daphnis et Chloé, suite n°2 ; Introduction et Allegro pour flûte, clarinette, harpe et quatuor à cordes ; Ma Mère l’Oye, suite ; Pavane pour une Infante défunte ; Rapsodie Espagnole ; La Valse. Albert Roussel (1869-1937) : Bacchus et Ariane, suite n°2 op. 43. Edgard Varèse (1883-1965) : Arcana. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Concertos pour clarinette n°1 op. 73 et n°2 op. 74. Benny Goodman, clarinette. Stephen Staryck, violon. Robert Casadesus, piano. Chicago Symphony Orchestra, Orchestre National de l’ORTF, direction : Jean Martinon. 1 coffret 10 CD RCA 4808926. Code barre : 028948089260. Enregistré entre novembre 1964 et juin 1969 à l’Orchestra Hall et au Medinah Temple, Chicago ; à Paris (Casadesus). ADD [stéréo]. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 7 h 54’15.

 

rca_jean_martinon_complete_csoAprès les éditions Decca, Philips et Deutsche Grammophon, à son tour RCA publie un coffret de 10 CDs au programme encore plus passionnant que celui des précédentes parutions.

Ce coffret RCA reprend toutes les gravures que a accomplies avec l’Orchestre Symphonique de Chicago entre novembre 1964 et mai 1968, et la présentation des pochettes carton individuelles est absolument identique recto-verso à celle des microsillons originaux, ce qui nécessite une loupe pour lire les textes de présentation et limite la durée des CDs (jusqu’à 36 minutes minimum !) à celle des vinyles d’origine…

Quoi qu’il en soit, ces gravures sont absolument fabuleuses et ne reflètent aucunement les difficultés rencontrées par l’immense chef français avec certains administratifs de l’orchestre et surtout avec la redoutable et toute puissante critique (surnommée à juste titre « Acidy » Cassidy) qui de manière offensante l’éreinta constamment à tous ses concerts (comme elle l’avait fait envers et Rafael Kubelík) pour de basses raisons extra-musicales, Martinon ayant notamment refusé de favoriser Seymour Raven, general manager du Chicago Symphony et protégé de Cassidy… Sous les prétextes fallacieux du répertoire limité de Martinon et de trop longues répétitions de l’orchestre, elle parvint à éjecter le pauvre musicien, alors que ce coffret prouve à l’évidence que le chef maîtrisait un vaste répertoire et s’intéressait constamment aux nouvelles partitions, témoin cette Symphonie n°7 « Variation-Symphony » du remarquable compositeur américain (1923-1983).

Sans doute moins charismatique que son maître et compatriote Charles Munch, Martinon a souffert de ces cabales qui ont entaché injustement sa renommée et sa carrière, alors qu’il était un musicien d’une impeccable maîtrise technique et d’une intelligence aristocratique raffinée, un interprète lucide, précis et vraiment complet, doublé d’un excellent compositeur.

est le mieux représenté dans cet album, et à l’audition, nous comprenons pourquoi : Martinon se révèle l’un des plus purs, des plus authentique ravélien, respectant au plus près l’écriture du compositeur tout en exaltant les suggestions subtiles et indéfinissables qu’elle implique. Ces sublimes versions préfigurent de manière éblouissante la superbe intégrale que Martinon accomplira par après pour EMI-Warner.

Un autre compositeur dont Jean Martinon fut l’interprète privilégié est dont il fut l’élève et l’ami : s’il a enregistré les deux suites de Bacchus et Ariane pour Philips et Erato-Warner, nous n’en avons ici que la seconde, mais elle est exceptionnelle par sa clarté, son lyrisme chaleureux, frémissant et son intuition poétique.

Aux côtés des pages populaires de Bizet et Massenet, et de la superbe ouverture du Roi d’Ys de Lalo, le tout joué avec une dignité et un raffinement exemplaires, les pages gravées de Varèse, , (à une époque où il était peu connu), Bartók, Hindemith et , dont les interprétations sont ici sans doute de référence, prouvent à l’évidence la mauvaise foi de quant au répertoire limité du chef…

Artiste d’une remarquable modestie, Jean Martinon n’a laissé qu’un enregistrement studio, d’autant plus précieux, d’une de ses œuvres : la Symphonie n°4 « Altitudes » op. 53, commandée pour célébrer le 75e anniversaire du Chicago Symphony en 1966, et qui témoigne non seulement de son amour de la montagne en tant qu’alpiniste passionné, mais aussi symbolise « l’ascension spirituelle de l’âme dans un infini incommensurable ».

Enfin, les deux Concertos pour clarinette de Weber constituent une sorte de curiosité, vu qu’ils sont exécutés ici par l’excellent clarinettiste de jazz (1909-1986) qui a souvent flirté avec le répertoire classique dont il a toujours eu la nostalgie (Mozart, Nielsen…), ce qui est estimable, mais malgré ses efforts évidents de style, son jeu instrumental trahit ses origines premières (sonorité, vibrato), ce qui ne l’empêche en rien de nous livrer des interprétations brillantes et pleines de vie. Et en bonus inestimable et rare, toutefois avec l’Orchestre National de l’ORTF, Martinon nous offre l’intéressant Concerto pour piano n°2 op. 37 de avec le compositeur au piano.

Voilà qui réhabilite de façon éclatante cet admirable et complet musicien qu’était Jean Martinon, n’en déplaise à certains critiques musicaux partiaux… Lorsque Warner Classics publiera l’intégrale des gravures EMI et Erato (qui, paraît-il, est annoncée), et si Vox s’y met également, la boucle sera enfin bouclée, tout au moins pour les enregistrements studio.

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.