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Duo Solot, un même enthousiasme de la fosse au salon

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Rossini opéra à quatre mains. Gioachino Rossini (1792-1868) : Ouverture La Gazza ladra (transcription Richard Kleinmichel) ; ouverture de L’Italilana in Algeri (transcription Richard Kleinmichel) ; Il Barbiere di Siviglia (transcription Arnold Schoenberg) : ouverture, cavatine Largo al factotum della città ; duo All’ idea di quel metallo ; cavatine Una voce poco fa ; duo Dunque io son, tu non m’inganni ? ; air A un Dotor della mia sorte ; ouverture Guillaume Tell (transcription Louis Moreau Gottschalk). Duo Solot : Stéphanie Salmin, Pierre Solot, piano. 1 CD Pavane Records. Enregistré en avril 2011 au Studio Flagey à Bruxelles. Durée totale : 65’ 40’’.

 

Rossini Duo SoloLe formé par Stéphanie Salmin et Pierre Solot, couple belge à la scène comme à la ville, porte avec grande énergie la jubilation rossinienne à quatre mains.

Pendant longtemps, jusqu’au début du XXe siècle avec l’avènement de l’électricité et de l’enregistrement, l’art de la transcription fit le bonheur des musiciens amateurs et des mélomanes, portant l’opéra et les airs à la mode dans les salons des demeures bourgeoises. C’était d’ailleurs le principal moyen de diffusion de la musique à une époque où chaque famille comptait plusieurs musiciens. Et ces réductions ou adaptations étaient parfois fort virtuoses, si l’on se souvient des paraphrases ou réminiscences de Liszt, qui exerça son génie sur une bonne partie de la musique de son temps ou les Souvenirs de Bayreuth de Gabriel Fauré et André Messager, qui transposèrent les thèmes favoris du Ring de Wagner sous forme de quadrille…

Belle ironie du sort que ces transcriptions ébouriffantes, pour le piano, même à quatre mains, car si  composait à merveille pour l’orchestre et surtout la voix, il se considérait comme un pianiste de quatrième classe, alors que sitôt entendues lors des créations officielles, ses mélodies et chœurs s’arrachaient chez les éditeurs et autres marchands de musique, pour être immédiatement diffusées de Paris à Vladivostok.  À son corps défendant, alors qu’il se réclamait d’une tradition classique issue de l’ancien régime, il incarnera à côté de Berlioz, qui le critiqua pourtant largement, une certaine idée du romantisme triomphant en France où il avait élu domicile. Et les transcriptions pour piano, rendent quelque part justice à cette idée. Lumineuse, légère et facile d’écoute, la musique de Rossini n’en est pas moins très élaborée et d’une exécution redoutable de virtuosité vocale et instrumentale. Et contrairement à sa légèreté apparente, la dimension spirituelle est présente. Il suffit d’écouter son très lyrique Stabat Mater, composé à la fin de sa vie. Il annonce les imprécations, spirituelles pour les uns, trop théâtrales pour les autres du Requiem de Verdi.

Pour son premier disque, le jeune duo namurois a décidé de rendre justice à ces airs connus, passés par la plume et l’invention de musiciens étonnants. Les ouvertures de l’Italienne à Alger et de La Pie voleuse revisitées par le pianiste et composteur allemand (1846-1901) deviennent des morceaux de bravoure à la fois tendres et virtuoses. On sera surpris de trouver le très sérieux en compagnie de ces pages dites légères. Pourtant l’inventeur de l’atonalisme et le fondateur du dodécaphonisme parcourt avec une verve brillante l’irrésistible Barbier de Séville. Géniales transcriptions de périodes de vaches maigres, voisinant avec des œuvres de Johann Strauss (comment oublier la Valse de l’Empereur, qui servit longtemps d’indicatif au Matin des musiciens de France Musique ?), Malher, Liszt, Bach à travers Busoni, Schubert ou lui-même et ses contemporains Berg et Webern. C’est qu’il fallait bien vivre à Vienne en période de vaches maigres…

Le très suisse Guillaume Tell traverse même l’océan avec une géniale ouverture transcrite par . Celui-là même qui accompagna la conquête de l’Ouest américain à dans ses moments héroïques.

Avec un engagement profond, une vivacité et de la grâce dans les échanges, le duo se joue de toutes les difficultés de ces musiques en restituant naturellement leur côté orchestral. on goûte particulièrement les ornementations de Stéphanie Salmin dans le célèbre Ranz des vaches de l’ouverture de Guillaume Tell.

Un disque réjouissant et pétillant comme du champagne pour prendre et aimer la vie du bon côté à l’instar du maître de Pesaro.

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