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Tout Carmen en un seul air 

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La Habanera de Carmen. Hervé Lacombe et Christine Rodriguez. Fayard. 223 pages.17 €. ISBN 978-2-213-68261-7. Dépôt légal octobre 2014. Code barre 9 782213 682617.

 

habaneraSous-titré Naissance d’un tube, ce livre consacre 223 pages, rien que cela, à la seule Habanera de Carmen.

C’était un pari osé, et il fallait le talent et le savoir d’Hervé Lacombe et Christine Rodriguez pour maintenir l’attention tout du long de la lecture, au sujet d’un unique air d’opéra. On apprend de plus énormément de choses au fil des pages. Saviez-vous par exemple que le mot « habanera » dérive de l’adjectif havanaise, c’est à dire qui provient de La Havane, capitale cubaine ?

Divisée en deux fois trois parties, six chapitres, l’ouvrage a pour ambition de « proposer une manière d’histoire culturelle de cet air de , depuis ses sources jusqu’au XXIe siècle, mais aussi une analyse de sa thématique et de sa structure formant un noyau insécable » (dixit) et le résultat est tout simplement passionnant !

En premier lieu, les auteurs nous dévoilent tout sur les similitudes et les différences entre l’héroïne littéraire de Mérimée et celle, musicale de Bizet. On y parle indifféremment de belles-lettres, d’érotisme ou de voyages, au sens où on l’entendait au XIXe siècle, c’est-à-dire quasiment une aventure. Le deuxième chapitre s’intéresse à la composition musicale et aux influences de Bizet, de comment, sur la demande pressante de Célestine Galli-Marié, le compositeur a maintes fois remis l’ouvrage sur le métier. L’examen minutieux de l’évolution du texte montre par quels moyens l’héroïne se trouve en quelques secondes placée dans l’économie générale de son rôle, et quelle force vitale elle dégage. Celui de la partition révèle un nom, celui de Sébastien Iradier, qui publia des recueils de chansons populaires espagnoles, ce qui permet, mine de rien, une belle analyse de la différence entre emprunt et plagiat.

Plus passionnant encore, la suite raconte l’origine du genre musical de la habanera, depuis le chant des esclaves jusqu’aux salons français, dans une écriture soutenue et châtiée, une véritable gourmandise !

La dernière partie, plus psychologique que musicale, nous a moins impressionnée, mais reste cependant très intéressante, tout aussi fluide sur le plan de l’écriture, et se consacre dans son premier chapitre à la séduction, l’érotisme, l’impudeur de l’air d’entrée de l’héroïne, qui la définit d’emblée. La suite est une analyse de l’amour, ou du désamour, ou du sexe, au regard des pronoms personnels utilisés dans le livret (si TU ne m’aimes pas, JE t’aime, etc.) dont on peine cependant, malgré la démonstration brillante, à croire qu’ils ont été utilisés exprès.

L’épilogue décrit la façon dont l’air est devenu un tube mondial, à travers la publicité et les adaptations, dans une érudition qui ne se confine pas à la musique classique, mais qui parle tout aussi finement de Stromae, Céline Dion, Nina Hagen ou Anarchic System…

Une quintessence de savoir et d’intelligence, juste pour un petit air…

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