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Thomas Hampson incarne le roi Arthus à l’Opéra de Paris

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Thomas Hampson séjourne à Paris pour l’un des événements de la saison lyrique, la reprise du trop rare chef-d’œuvre d’Ernest Chausson, « le Roi Arthus ». Le grand baryton nous a confié son amour de l’œuvre et son intérêt pour l’opéra français.

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Hampson« Pour moi, Arthus revêt un véritable caractère iconique »

Resmusica : Le Roi Arthus est un opéra particulièrement rare, même pour les auditeurs français ; pouvez-vous nous dire ce qui vous a intéressé dans l’œuvre de Chausson au point d’apprendre ce rôle ?
: En fait, j’aime beaucoup l’opéra français, notamment Massenet, Chabrier, Chausson et même Magnard. Ces représentations sont le fruit d’un partenariat entre le chef d’orchestre et moi-même.

RM : Pensez-vous que ces représentations donneront lieu à un enregistrement ?
TH : Non, je ne pense pas, car un enregistrement représente un coût considérable. Je pense plutôt qu’il y aura une radio-diffusion si le résultat est bon, voire une diffusion télévisée.

RM : L’intrigue du Roi Arthus met-elle le rôle titre en avant plus que celle de Tristan, qui pourtant lui ressemble ?
TH : Certes, l’intrigue est elle aussi tirée de la légende arthurienne mais Chausson apporte une lecture très personnelle des relations entre Arthus, Genièvre et Lancelot. Ici, Genièvre n’a pas le plus beau rôle, car elle apporte la trahison. Au cœur de l’opéra se trouve la permanence des idéaux, et la responsabilité qu’entraîne la volonté de leur rester fidèle. L’opéra développe le dilemme entre la foi, l’honneur et l’amour. Lancelot va se sacrifier pour porter le poids de la faute des trois héros principaux.
La mise en scène montre magnifiquement comment, à la fin de l’œuvre, les paroles de Merlin résonnent dans la tête d’Arthus ; l’idéal est trahi, la fin du Royaume s’annonce. Lancelot quitte Genièvre pour commettre un véritable suicide. Arthus ne meurt pas, il se transcende. Pour moi, Arthus revêt un véritable caractère iconique, digne de Don Giovanni ou de Faust. Je suis particulièrement heureux de cette production car elle restitue bien le dilemme ; la musique de Chausson ouvre un grand espace de latitude aux interprètes.

RM : On place souvent Chausson entre Wagner et Debussy, est-ce comme cela que vous vous le représentez ?
TH : Nous ne savons pas ce que serait devenu Chausson s’il n’était mort prématurément et bêtement d’un accident de bicyclette ! Certes son langage était wagnérien, mais cela ne veut rien dire ; tous les compositeurs de son temps ont été marqués par Wagner. Chausson se distingue par sa modestie et son amour de la langue française. Très honnête, il avait refusé de voir les esquisses de Pelléas avant d’avoir fini son opéra de peur d’en être influencé. C’était un homme d’idéal et de discipline, au point de reprocher à Debussy les écarts de sa vie personnelle. Pour moi, Chausson est relié à Massenet, l’un des plus grands compositeurs d’opéra français.
J’aimerais chanter d’autres pages de Chausson, en particulier le Poème de l’amour et de la mer ; ses mélodies sont aussi des merveilles, comme le Colibri notamment.

RM : Vous avez évoqué Magnard, seriez-vous tenté par le personnage de Guercoeur ?
TH : J’aimerais beaucoup mais cela fait partie de œuvres dont la mise en scène s’avère problématique. C’est pareil pour Henri VIII de Saint-Saëns, c’est magnifique, mais ce n’est pas viable sur scène. Mais Magnard est forcément un grand compositeur puisque Michel Plasson l’a enregistré !

« J’adorerais chanter Golaud… Mais jamais je ne chanterai Escamillo, il est trop superficiel. »

RM : Quels sont vos projets après Arthus ?
TH : Cet été, je vais en Israël créer des mélodies de Sylvie Bodorova qu’elle a écrites pour moi. Puis je dois enregistrer les Noces de Figaro avec Yannick Nézet-Seguin, un musicien merveilleux, pour DGG. Je vais réaliser un spectacle très original avec Martin Grubinger, un percussionniste de génie ; ce sera un concert qui reliera l’avant-garde de Crumb, Xenakis et Corigliano avec une partie consacrée à Sting et Sinatra. En décembre, je vais créer un opéra d’un compositeur tchèque, Miroslav Srnka, le Pôle sud, qui raconte la rivalité Scott-Amundsen.

RM : Et en France ?
TH : J’adorerais chanter Golaud. J’ai beaucoup de projets relatifs au chant et au rôle du chant dans l’école. J’ai réalisé une série radiophonique intitulée « Song, mirror of the world », dans laquelle un épisode est consacré à « Paris, city of light ». Je dois aussi chanter les quatre rôles maléfiques des Contes d’Hoffmann à Covent Garden en 2016, même si la tessiture est un peu grave et si Miracle est un rôle vraiment lourd.
En novembre et décembre prochains, je vais chanter dans la Veuve joyeuse à Chicago, mais en anglais. En fait, ma seconde langue naturelle est l’allemand, malheureusement pas le français, que je n’ai pas étudié vraiment. J’aimerais développer ma relation avec la France et… vivre en France si je chante jour Golaud ! Mais quand je chante Arthus je pense en français. J’ai enregistré des mélodies des compositeurs d’opéra français comme Bizet, Chabrier, Chausson, Gounod et Massenet, car tous ont écrit de merveilleuses mélodies. Mais jamais je ne chanterai Escamillo, il est trop superficiel.

Propos recueillis le 06/05/2015

Crédits photographiques : © Kristin Hoebermann

 

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