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L’Amérique selon Félicien David au Festival Classica

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Festival Classica. Église Sainte-Famille, Boucherville. 27-V-2015. Félicien David (1810-1876). Christophe Colomb ou la découverte du Nouveau Monde. Ode-symphonie, livret de Joseph Méry, Charles Chaubet et Sylvain Saint-Étienne. Avec : Marc Boucher, Christophe Colomb ; Marie-Eve Munger, Elvire ; Antoine Bélanger, Fernand ; Robert Côté, le Récitant. Chef de choeur : Robert Ingari. Choeur du Festival Classica. Pianiste-répétiteur : François Zeitouni. Orchestre de chambre de la Montérégie. Direction : Jean-Claude Malgoire.

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Pour sa 5e édition, le Festival Classica de Saint-Lambert a présenté pour la première fois en Amérique du  Nord, Christophe Colomb de .

Force est de reconnaître que est un compositeur de premier plan. Son style d’écriture n’appartient qu’à lui seul. Il a créé, en quelque sorte, un genre nouveau, l’ode-symphonie, une forme hybride à mi-chemin de l’oratorio et l’opéra. La musique est pittoresque, ouvertement descriptive, laissant place aux voix de soprano, ténor et baryton mais aussi aux masses chorales et instrumentales importantes. Un fil conducteur : le récitant, qui tel le timonier, sur la ligne d’horizon, annonce le voyage.

L’oeuvre se décline en quatre parties : Le Départ avec son introduction orchestrale dense, suivie du premier air de baryton avec choeur, Amis fidèles. L’impression est grandiose, on jette les amarres à la conquêtes de terres inconnues. La deuxième partie : Une nuit des Tropiques avec une charmante chanson du mousse  interprétée par la soprano suivi de la rêverie du ténor « Ô mer, où la nuit pleure » entrecoupé par un choeur bachique. La troisième partie : La Révolte. La plus dramatique avec ses cadences lentes, pesantes qui se veulent stagnantes comme la mer immobile sous un soleil de plomb et le choeur de la révolte qui gronde jusqu’au Gloire à Colomb. La quatrième partie : Le Nouveau Monde, avec La Danse des Sauvages, air de ballet. Enfin une berceuse, « Sur l’arbre solitaire » et enfin le choeur final. L’ode-symphonie de David pourrait trouver une place de choix dans les concerts, en parallèle à cet autre oeuvre hybride que Berlioz a nommé Légende dramatique.

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Il est facile de rapprocher ces deux musiciens qui appartiennent à la même génération. Tout comme celle de l’auteur de la Damnation de Faust, la musique de David garde sa personnalité propre. Mais le sujet avec cet idéal de conquête n’est certes plus au goût du jour. Et les premières paroles de Christophe Colomb « Cette terre est à nous » écorchent nos oreilles. Heureusement elles sont suivies de cette volonté de respecter les traditions des peuples. « Respectons tous leurs droits », »Et n’oublions jamais qu’ils sont aussi nos frères ».

Quatre tableaux concis – l’oeuvre fait moins de deux heures – d’une qualité mélodique évidente, à l’orchestration colorée qui ne sombre jamais sous des effets faciles de l’exotisme. Les voix de , baryton véritablement en feu tout le long de la soirée, du ténor , excellent en tous points, interprétant la rêverie de « Ô mer, où la nuit pleure » d’un lyrisme poignant. Enfin, la soprano , possède une voix d’une brillance et d’une grande clarté à toute épreuve. Son interprétation est toujours vécue, tant dans les arias que le duo qu’elle partage avec le ténor . Enfin, le Récitant, , cette quatrième voix indispensable à la traversée, scande si bien le texte qu’il en fait entendre la grande musicalité.

Enfin, savamment préparé par Robert Ingari, saluons le choeur du Festival Classica, pour sa justesse et son efficacité. L’Orchestre de chambre de la Montérégie était dirigé par le grand-timonier . Une soirée unique et un grand démarrage pour le festival.

Crédit photographique : (c) Étienne Boucher-Cazabon

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