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Tour à Tour de Philippe Hurel: création et consécration

Concerts, Festivals, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. Festival Manifeste. 5-VI-2015. Philippe Hurel (né en 1955): Tour à Tour I – L’envol pour orchestre; Tour à Tour II – La rose des vents pour orchestre et électronique; Tour à Tour III – Les rémanences pour orchestre. Orchestre Philharmonique de Radio France; Réalisation informatique musicale Ircam/Carlo Laurenzi; direction Jean Deroyer.

portrait9Avec la création mondiale de son triptyque orchestral Tour à Tour, , tout juste soixante ans, à qui le Festival Manifeste offrait un concert monographique à l’Auditorium de la Maison de la Radio, révèle au public parisien une oeuvre somme, éblouissante autant que jubilatoire.

Le projet remontant à 2007 est mené en trois étapes. Sont d’abord créés puis enregistrés dans la foulée Tour à Tour I (2008) et III (2012). Avec Tour à Tour II, commande de Radio France et de l’-Centre Pompidou, l’oeuvre accède à la dimension monumentale: plus d’une heure de musique conçue d’un seul tenant dont le volet central combine cette fois l’orchestre et l’électronique. Projeté en avant-concert, le film « Images d’une oeuvre n°19 » de Thierry-Paul Benizeau, composant un portrait très attachant du compositeur, nous introduit dans les studios de l’ pour en pénétrer les secrets.

Jamais encore le nouvel Auditorium de la Maison de la Radio n’avait à ce point révélé son potentiel acoustique, optimisé ce soir par les forces en présence: l’ galvanisé par la direction électrisante de et le travail minutieux de l’équipe et de Carlo Laurenzi pour la diffusion et l’équilibre des sources sonores au mitan de la pièce.

Le titre Tour à Tour instaure un principe de dualité qui prévaut à divers degrés dans l’ensemble de l’oeuvre, envisagée par le compositeur comme un concerto pour orchestre. Dans L’envol (premier volet de Tour à Tour), l’écriture joue sur l’alternance de deux gestes orchestraux très profilés: des trajectoires verticales et une musique éruptive des vents d’abord, avec cette manière pulsée et tendue qu’à le compositeur de projeter la matière orchestrale. Un pupitre de percussions multipliant les claviers scintillants et une efficacité du timbre conçu par blocs énergétiques sont mis au service de ces surgissements spectaculaires. Alterne en contraste le lacis mystérieux des cordes à travers lesquelles on sent passer le courant énergétique.

L’électronique va s’immiscer dans la masse orchestrale au début de La Rose des vents (Tour à Tour  II) venant progressivement agrandir l’espace en démultipliant les sources sonores. Toujours aussi ciselée, l’écriture orchestrale s’allège pour laisser filtrer la partie électronique (en sons fixés), qui la relaie parfois comme son « ombre double ». La dernière partie « les rémanences » ramène progressivement et l’énergie et les gestes du début mais avec une jubilation nouvelle, un étincellement de la matière orchestrale et le déploiement d’images spectrales qui dévoilent une palette de timbres somptueuse.

« J’aime l’idée que le rythme puisse garder son côté jouissif malgré, ou grâce à, mes calculs d’apothicaire » souligne le compositeur. C’est précisément cette urgence d’une musique pourtant toujours admirablement conduite que nous communiquaient ce soir, sans ménagement et avec une précision exemplaire, et les musiciens du « Philharmonique ».

Crédit photographique :  © S. Falcinelli

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