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Maria Stuarda au TCE : pour un répertoire honorable

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 23-VI-2015. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Maria Stuarda, opéra en deux actes sur un livret de Giuseppe Bardari. Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser. Décors : Christian Fenouillat. Costumes : Agostino Cavalca. Lumières : Christophe Forey. Avec : Carmen Giannattasio, Elisabetta ; Aleksandra Kurzak, Maria Stuarda ; Francesco Demuro, Leicester ; Carlo Colombara, Talbot ; Christian Helmer, Cecil ; Sophie Pondjiclis, Anna. Choeur du Théâtre des Champs-Elysées, direction : Patrick Marie Aubert. Orchestre de chambre de Paris , direction : Daniele Callegari.

MAria Stuarda TCE juin 2015La coproduction du Royal Opera House, du Gran Teatre del Liceu et du Polish National Opera de Maria Stuarda arrive à Paris, avec une distribution différente de celle de Barcelone.

La mise en scène y est semblablement pathétique, avec des effets faciles et une lisibilité qui ne s’embarrasse pas des subtilités des enjeux politiques et des rapports de force entre Maria Stuarda et Elisabetta. L’opposition entre costumes d’époque pour les protagonistes face au modernisme des vêtements du choeur n’apporte pas grand-chose: c’était certainement une manière de signifier qu’une mise en scène prend en compte aussi la façon dont les chanteurs doivent être vêtus. Il n’y a donc pas vraiment de quoi retenir l’attention pendant la pièce, pourtant dans des normes moyennes en terme de durée pour un opéra, et les deux heures s’égrènent entre ennui et désintérêt. Comme souvent, il faudra se contenter de l’art vocal, comme si l’on assistait à une version de concert.

dans le rôle de Maria Stuarda fait montre d’une très belle maîtrise technique dans un rôle qui nécessite à la fois la vitupération dans l’Acte 1, où l’héroïne se rebelle et développe sa grandeur royale, mais doit faire également part à une seconde partie plus introvertie, psalmodiant ses prières finales, évoluant dans un oratorio païen. La chanteuse cultive ces deux parties de façon égale, avec une prédisposition naturelle à la beauté du chant, aux sons filés, aux pianissimo tenus longuement. Elle vibre un peu moins dans l’agressivité de l’injure quand elle est humiliée. De ce fait, l’ensemble semble un rien statique, ce qui n’est absolument pas le cas de , comédienne enragée qui s’investit terriblement dans son rôle. La voix est puissante, large et emplit sans encombres tout le Théâtre des Champs-Elysées. Le médium est puissant et l’on entend les spectres de toutes les Elisabetta qu’ont connu le siècle précédent, sans toutefois la même agilité; en effet, les vocalises sont assez lourdes et le volume sonore amené de façon permanente à son maximum peut finir par lasser. De très belles qualités donc, mais qu’il faudrait canaliser un peu plus pour en faire sortir des qualités nouvelles.
doit tenir le costume du comte de Leicester sans avoir d’air ni de scène propre où il aura pu briller, mais seulement dans les ensembles et les conversations avec les autres protagonistes. Il est d’autant plus donc méritant de se faire remarquer que rien n’est fait pour le mettre en valeur: la voix est hautement placée, brillante, claire; un vrai ténor à l’émission saine. A l’autre extrémité de l’échelle vocale masculine, Carlo Colombara incarne un Talbot noble, sans excès.

Enfin, la direction de est absolument adaptée à ce répertoire où l’orchestre ne déploie pas que les couleurs les plus séduisantes mais fait entendre également une cohésion assez naturelle entre la fosse et la scène; ce n’est pas évident de trouver une jolie adéquation entre les deux au regard de l’écriture donizettienne qui accompagne ductilement les voix sans les noyer.

Maria Stuarda n’a pas la chance de connaître régulièrement une mise en scène; à la fin de cette représentation (dont on se dit que l’aspect vocal en a été le plus plus intéressant), l’opéra de Donizetti n’aura à nouveau pas eu la dramaturgie qui lui aurait rendu justice.

Crédit photographique : © Vincent Pontet

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