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Tancrède intégral enfin !

À emporter, CD, Opéra

André Campra (1660-1744) : Tancrède, tragédie lyrique en un prologue et 5 actes, sur un livret d’Antoine Danchet d’après La Jérusalem délivrée du Tasse. Avec : Benoît Arnould, Tancrède ; Isabelle Druet, Clorinde ; Chantal Santon, Herminie ; Alain Buet, Argant ; Eric Martin-Bonnet, Isménor ; Erwin Aros, un Sage enchanteur / un Sylvain / un Guerrier / la Vengeance ; Anne-Marie Beaudette, la Paix / une Guerrière / une Dryade ; Marie Favier, une Guerrière / une Dryade. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles ; orchestre Les Temps Présents, direction : Olivier Schneebeli. 3 CD ALPHA 958. Enregistré les 6 et 7 mai 2014. Notice et livret trilingues (français, anglais, allemand). Durée : 166’46.

 

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indexCe Tancrède de 1702 sous la baguette d’ nous le rappelle : de Lully à Rameau, le chemin baroque passe par Campra.

Ce nouveau Tancrède (3 CD contre 2 en 1996 chez Malgoire : 46 minutes de musique en plus) sera une révélation pour ceux qui ne juraient que par le génie de Rameau. La froideur récitative un rien hautaine et fonctionnelle de Lully disparaît chez Campra au profit d’un style mélodique moins distant (« O ciel suprême » d’Argant), affichant une vraie mélancolie (le premier air de Clorinde), grâce notamment à l’emploi populaire du système refrain/couplet. La richesse de l’orchestration enterre moins l’art de l’italien qu’elle n’annonce l’art du dijonnais. Le livret ne rechigne pas au « bad end » (trois héros sont allègrement éliminés !) La conclusion est des plus originales : l’opulence orchestrale se tait enfin, et Tancrède dévasté, qui vient de tuer sans s’en rendre compte celle qu’il aimait, voit, de même que la vie de son amour, l’orchestre l’abandonner peu à peu sur le mot « douleur », prononcé a capella. Tiré du Tasse, l’épisode, célébré en duo chez Monteverdi, développé ici en quintette, promène l’auditeur au temps des Croisades et voit la passion guerrière le disputer à l’amoureuse.

Pour croiser le fer vocal, en Clorinde ! Le rôle n’est pas le plus développé mais chacune des interventions de la mezzo (dont on sait quelle Didon fracassée ou quelle Carmen de feu elle peut être) affiche, égalité de tous les registres et prononciation exemplaire à l’appui, une autorité virile très en situation. Sa rivale, ici à tous les sens du terme, est incarnée par une Chantal Santon, qui du King Arthur de Shirley et Dino à lArmida de Mariame Clément, s’impose elle aussi dans le paysage lyrique et ajoute à son palmarès une émouvante Herminie, constamment bien chantante. La distribution masculine propose le dialogue peu courant de 3 voix de basses. , et sont presque à la hauteur des prestations féminines (notons l’amusante transformation des « ou » en « o » lors des forte chez le Tancrède de ce dernier). Au timbre à la Fouchécourt d’ échoit la charge des quatre frugales mais essentielles parties de ténor. Quelques épatantes comprimarii féminines et des Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles à la diction d’un seul homme complètent une interprétation prenante, sertie dans l’écrin d’un très intense, de surcroît flatté par une prise de son spectaculaire (regrettons toutefois qu’Alpha ait conservé la retombée sur terre des applaudissements consécutifs à la représentation qui, après Avignon, eut lieu à l’opéra royal de Versailles.) Vite, d’autres opéras de Campra !

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