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A Genève, Alain Carré chante l’Histoire du soldat

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble, Opéra

Genève. Eglise Saint-Germain. 9-VIII-2015. Igor Stravinski (1882-1971) : Histoire du Soldat, musique de scène sur un texte de C.-F Ramuz . Avec : Alain Carré, le Narrateur, le Soldat, le Diable, la Princesse ; Girolamo Bottiglieri, violon ; Pierre-François Massy, contrebasse ; Cindy Lin, clarinette ; Catherine Pepin-Westphal, basson ; Jean-Pierre Bourquin, cornet à pistons ; Pascal Emonet, trombone ; Jérôme Lepetit, percussions, direction : Arie van Beek.

IMG_2123Loin des grands festivals de l’été, les concerts (gratuits) de Saint-Germain à Genève offrent une brillante version de la rare Histoire du soldat de Stravinsky.

La pléthore de festivals de musique force l’attirance du chaland vers les grands noms de la musique classique ou vers des lieux prestigieux. Rien de tel pour passer à côté de véritables moments de grâce. C’est ainsi le cas avec cette version concertante de l’Histoire du soldat de Stravinsky.

L’opéra, c’est le chant. C’est la voix. Est-il alors judicieux de parler de la voix d’un comédien de théâtre, et de la mettre en parallèle avec celle d’un chanteur ? Oui, certainement lorsque cette voix se confond avec la musique, quand elle se met au service de celle-ci au même titre qu’une prima donna s’offre à celle d’un compositeur.

« Gââââââârde à vous ! » lance le Diable, « Gââââââârde à vous ! » Roulant les « r », les yeux exorbités, le visage rougi, le regard terrifiant, c’est tout l’art vocal d’ qui s’exhale dans cet ordre que le Diable donne au Soldat. Un ton effrayant qui cloue l’auditeur à son siège. Avec son travail de la voix, comme celui d’un chanteur, l’acteur fait merveille dans son interprétation de tous les personnages de cette fable. Et le comédien de régaler l’auditoire avec ses changements de voix pour que chacun des quatre personnages soit reconnaissable. Plus encore, « son » Diable module sa voix lorsqu’il ordonne ou qu’il veut convaincre, ou encore, lorsqu’il jouit de sa victoire. Il en est de même pour « son » Soldat quand il négocie son violon ou quand il salue ses anciens amis villageois. Ainsi en est-il de « son » Narrateur alors qu’il raconte le paysage ou qu’il conseille le Soldat dans sa partie de cartes avec le Diable. Avare de l’excès gestuel, porte tout le texte dans ses voix. Cette voix dont la musicalité est indéniable se fond à la musique sèche de Stravinski pour lui donner le lyrisme qu’elle se force à donner.

IMG_2194Derrière le comédien, un petit orchestre tel que voulu par Stravinsky fait mouche. Les cordes, avec un violon (magnifique ) et une contrebasse, les bois avec une clarinette (superbe sonorité de ) et un basson, les cuivres avec une trompette à pistons (brillant ) et un trombone, et la percussion, sept musiciens aux ordres du chef hollandais , d’une précision incroyable dans une partition aux rythmes complexes et toujours étonnants.

Si le texte de Ramuz préconise à chacun de ne jamais donner son âme (pour le Soldat, son violon) à qui que ce soit, les musiciens et le comédien de ce concert sont si convaincants qu’il semble difficile d’y résister. Tant pis ! La musique est là pour ces émotions. Et le public l’a bien compris en réservant ses généreuses ovations aux interprètes.

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