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Notes croisées au Festival Pablo Casals

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Festival Pablo Casals. 2-VIII-2015.
Prieuré de Serrabonne.Joseph Haydn (1732-1809) : « L’oiseau », quatuor à cordes en ut majeur op. 33 n° 3 ; Maurice Ravel (1875-1935) : Oiseaux tristes (extrait de Miroirs, pour piano) ; Igor Stravinsky (1962-1971) / Samuel Dushkin (1891-1976) : L’oiseau de feu (extraits), pour violon et piano ; Fabrice Gregorutti (né en 1960) : Et in terra pax pour clarinette, piano et trio à cordes. Fine Arts Quartet ; Yves Henry, Avedis Kouyoumdjian, piano ; Mihaela Martin, Hildegarde Fesneau, violon ; Bruno Pasquier, alto ; Bruno Philippe, violoncelle ; Michel Lethiec, clarinette.
Prades. Église. Franz Schubert (1797-1828) : Ouverture pour quintette à cordes en do mineur D8 ; Lieder ; Schubert/Brahms : Geheimes D719 ; Schubert/Reger : Im Abendrot D799 ; Schubert/Liszt : Die junge Nonne D828 ; Schubert/Webern : ihr Bild (extrait du Schwanengesang) D957 ; Schubert/Reger : Der Erlkönig D328 ; Du bist die Ruh’ D776 ; Schubert/Britten : Die Forelle D550 ; Johannes Brahms (1833-1897) : sextuor à cordes n°2 en sol majeur op.36. Shanghai Quartet ; Charlotte Hellekant, mezzo-soprano ; ensemble instrumental des Maîtres de l’Académie.

Fine Arts Quartet © Hugues ArgenceEl can’t dels ocells

Assister à un concert dans le Prieuré de Serrabonne, joyau de l’art roman du XIe siècle situé sur les contreforts du Canigou, est toujours un privilège. Inspiré par la beauté des chapiteaux et les créatures ailés qui s’y nichent, a conçu un programme autour du chant des oiseaux, el Can’t dels ocells, chanson chère à .

« L’Oiseau », c’est le surnom d’un des quatuors de l’opus 33 de . Dans ce corpus de six œuvres, le « père du quatuor » inaugure le scherzo remplaçant le traditionnel menuet. C’est d’ailleurs dans le Trio (partie centrale du « Scherzo ») que s’exerce plus particulièrement le « style oiseau », avec ses itérations caractéristiques et ses broderies légères. Les quatre mouvements sont magnifiquement servis par le , conférant à l’écriture haydnienne grâce et transparence.

, au piano, joue ensuite « Oiseaux tristes » de Ravel, extrait des Miroirs. L’évocation est ici plus sombre et mystérieuse, jouant sur la résonance de notes obstinées qui préfigurent le « Gibet » de Gaspard de la nuit. Vient ensuite, plus flamboyant et agité sous l’archet magistral de Mihaela Martin, l’Oiseau de feu de Stravinsky. Cette transcription très réussie pour violon et piano – complice Avedis Kouyoumdjian – a été réalisée par le compositeur et son ami Samuel Dushkin pour leurs tournées de concert lucratives. Elle nous fait entendre autrement le chef-d’œuvre de Stravinsky.

De , Et in terra pax, qui termine le concert, est une pièce écrite pour l’ensemble Calliopée de , qui l’a créée en 2014. La formation (trio à cordes, clarinette et piano), proche de celle du Quatuor pour la fin du Temps, et le titre extrait de la liturgie catholique évoquent inévitablement Messiaen. Mais sans les oiseaux. Débutant des profondeurs avec la clarinette et le violoncelle en relais – Bruno Philippe et très investis -, l’œuvre exprime une lutte âpre et tendue (entrées en imitation très serrées), traversée de gestes violents et de trajectoires sonores antagonistes. Les chocs lourds du piano s’opposent à la « supplique » des cordes dans un dramatisme intense, que la clarinette viendra in extremis dénouer.

Brahms-Schubert © Hugues Argence

Soirée romantique

Dans la grande église de Prades, ornée de son superbe retable, c’est un programme romantique (Schubert, Brahms) qui est à l’affiche. Sept Lieder de Schubert, tous orchestrés (par Brahms, Liszt, Reger, Britten, Webern), sont interprétés par la mezzo suédoise , accompagnée par l’ensemble instrumental des Maîtres de l’Académie.

La voix magnifiquement projetée de la mezzo est d’une grande clarté d’élocution (Du bist die Ruh’) et d’une aisance expressive dans tous les registres (Die junge Nonne). La chanteuse déploie une puissance et une variété de timbres saisissantes dans Erlkönig (le Roi des aulnes), malgré l’écriture instrumentale de Reger qui n’évite pas les lourdeurs. L’orchestration de Britten, renonçant aux doublures avec la ligne mélodique dans Die Forelle (la Truite), est beaucoup plus convaincante et laisse à la voix sa pleine séduction.

Le Quartettsatz (Mouvement de quatuor) donné en interlude par le Shanghai Quartet jouit d’un bel élan, auquel manque un rien d’âme et de couleur viennoises.

Diemut Poppen, Frans Helmerson et Arto Noras © Hugues ArgenceLa soirée se terminait par l’ample Sextuor n° 2 de Brahms, écrit quatre ans après le premier. Les interprètes confèrent une certaine puissance à l’ « Allegro ma non troppo » du début, mais le lyrisme généreux et l’envergure sonore du thème brahmsien peinent à se déployer, si ce n’est sous l’archet éblouissant d’Arto Noras. Le « Scherzo » qui suit est bien mené par le premier violon Hagai Shaham, faisant naitre une belle synergie au sein du sextuor. Le mouvement lent, « Poco Adagio », ne laisse d’impressionner par ses culminations expressives, alors que dans le Finale, « Poco Allegro », les archets très incisifs et un phrasé un brin anguleux servent d’avantage la rhétorique brahmsienne que l’élan et la couleur des thèmes.

Crédits photographiques : ; Brahms-Schubert; Diemut Poppen, Frans Helmerson et Arto Noras  © Hugues Argence

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