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Kotaro Fukuma, pianiste

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Tous nos entretiens de pianistes : Art du clavier

 

photo by Marc Bouhiron est un jeune pianiste japonais installé à Berlin depuis quelques années. Il a trouvé là une certaine tranquillité pour continuer à travailler sur la musique, quand il n’est pas en concert à l’autre bout du monde. Nous l’avons rencontré au festival de La Roque d’Anthéron, où son récital Mozart – Chopin a reçu un accueil très enthousiaste du public.

ResMusica : Comment êtes-vous venu au piano?
Le piano était déjà présent dans ma famille. Mes deux sœurs ainées jouaient toutes les deux, et ma mère est une mélomane qui écoute beaucoup de musique. L’instrument m’a de suite fasciné. Dès l’âge de trois ans, j’ai souhaité apprendre. Ma mère était sceptique et pensait que je préférerais rapidement le baseball ou le football, elle m’a donc demandé de patienter un peu jusqu‘à mes 5 ans. Le jour de mon cinquième anniversaire, je lui ai donc demandé si je pouvais commencer le jour même !

RM : Et rapidement vous avez souhaité devenir professionnel ?
KF : Devenir professionnel ne fut longtemps qu’un rêve lointain, nous ne connaissions personne dans ce milieu là. Ce n’est qu’après avoir participé à différents concours que j’ai réussi à aller en finale et à remporter le 6e prix du concours international Gina Bachauer à Salt Lake City, à l’âge de 14 ans. Après la remise des prix, un des membres du jury est venu me voir et m’a dit de persévérer, de garder cette pureté musicale qui ferait de moi un grand musicien. C’était le plus beau compliment que l’on pouvait me faire et c’est sûrement ce qui m’a poussé à m’orienter vers une carrière professionnelle.

RM : Pourquoi avoir décidé de partir quelques années plus tard pour l’Europe ?
KF :  Adolescent, je n’avais aucune idée de l’Europe. J’ai donc d’abord cherché au Japon, qui dispose aussi de très bonnes formations. J’ai eu la chance de rencontrer et de travailler avec au cours de l’académie de Kyoto. Son jeu pianistique et sa manière d’aborder l’enseignement m’ont beaucoup plu. Mais il m’a conseillé d’aller étudier au conservatoire de Paris, car j’étais encore jeune. Ce fut confirmé par mes amis japonais qui étudiaient déjà en Europe. Je suis donc parti à 18 ans et j’y ai étudié 4 ans dans la classe de en piano et dans la classe de Marie-Françoise Bucquet en musique de chambre. Ce temps m’a permis aussi de m‘imprégner de la culture, de la langue et du mode de vie européen.

RM : En plus de la musique, cette immersion dans la culture et dans la langue semble être importante pour vous ?
KF :  Oui ! Je suis très curieux et j‘aime beaucoup voyager. Si je ne voyage pas pendant plus d’un mois, je ne tiens plus en place. J’ai, par exemple, participé au concours Santander en Espagne en 2008, car c’était pour moi une porte d’entrée pour un pays dans lequel je voulais jouer. Mais avant le concours, j’ai voyagé deux fois dans le pays et appris l’espagnol. Pour moi la langue et la musique sont très liées, dans le rythme, les intonations, les accents. Il y a un lien très fort et évident. Après ça je ne peux plus jouer Albéniz de la même façon. J’ai fait à peu près la même chose pour découvrir le Brésil, Israël ou l’Argentine plus récemment.

RM : Vous ne ressentez pas le besoin de vous arrêter un peu parfois ?
KF :  Je vais avoir trois semaine de « off » à Berlin dans quelques jours, mais j’en ai profité pour planifier un voyage à Prague pour visiter la ville… Comme j’ai enregistré une transcription de « la Moldau », qui va sortir à la rentrée, c’est important pour moi d’aller voir sur place. J’aimerai bien apprendre le tchèque aussi, pour mieux comprendre la musique de Smetana ou Janáček.

RM : Lors du concert, vous avez interprété une sonate de Mozart et différentes œuvres de Chopin, pourquoi ce programme ?
KF :  Cette Sonate n° 1 en do majeur de Mozart est une œuvre de jeunesse trop peu jouée. Elle fait partie de mon nouveau projet sur les premières sonates de Mozart, Schubert et Beethoven. Ce ne sont peut être pas des monuments en terme de composition, pourtant elles contiennent déjà toute la quintessence de chaque compositeur ! Pour ce qui est de Chopin, j’ai toujours aimé sa musique, et mon album Chopin « Autour des Ballades » est sorti cette année aux éditions Hortus.

RM : Comment c’est passé la préparation du concert ? Le festival accorde beaucoup d’importance au choix et à la préparation des pianos.
KF :  Oui, c’est un grand privilège de pouvoir choisir entre 4 instruments différents, mais c’est pour moi déjà un choix presque trop grand. Je peux avoir du mal à choisir. J’aime aussi apprivoiser un instrument. Même si la première impression n’est pas très bonne, j’aime aller chercher ses possibilités pendant les répétitions. Je peux adapter ma façon de jouer. Je cherche le moment où le piano commence à me parler. J’aime cette sensation, comme un dialogue.

RM : C’était votre première fois à La Roque d’Anthéron, festival qui, après 35 ans d’existence, est devenu une référence…
KF :  C’était un vieux rêve de venir jouer ici dans ce festival très important, et il vient de se réaliser. L’ambiance est vraiment spéciale, très relax malgré le nombre impressionnant d’artistes et de concerts…

RM : Festival important mais aussi difficile ? Il faisait très chaud lors du concert, c’est en extérieur et il y a… les cigales !
KF :  Ce n’est pas la première fois que je joue en plein air et avec des cigales. C’est une situation assez particulière. J’ai essayé d’en faire abstraction, mais par moment, dans les pianissimi de la sonate de Mozart, elles chantaient plus fort que moi ! (rires) Pour ce qui est de la projection du son dans l’amphithéâtre, il ne faut pas être « timide » sur une scène comme celle-ci, mais l’acoustique est bonne et je n’ai pas eu besoin non plus de forcer le son. En tout cas le public semblait satisfait.

RM : Je dirai même conquis ! Vous avez donné 4 bis en fin de concert et il semblait que vous auriez eu assez d’énergie pour jouer encore quelques heures…
KF :  Oui ! Si le public avait été d’accord ! (rires) J’ai toujours envie de jouer ! Et j’ai toujours des morceaux prêts à être joués en bis, peut-être une dizaine…

Crédit photographique : © Marc Bouhiron

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