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Les BBC proms de Londres, audace et excellence

Évasion, Festivals, La Scène, Musique symphonique

Institution estivale londonienne légendaire et incarnation d’une certaine idée de la musique classique démocratique et populaire, les BBC Proms transforment l’été en feu d’artifice musical avec près de deux mois de concerts au Royal Hall et dans d’autres lieux des environs. Les BBC Proms sont également un appel à la curiosité et à la découverte.

thierry fischer 2015Ecrin Art nouveau dans le quartier de Sloane square à Chelsea, le Cadogan Hall accueille les matinées du samedi des BBC Proms. Si les thématiques y sont très diversifiées, cette matinée mettait à l’honneur la musique contemporaine. Le London Sinfonietta, Rolls des ensembles spécialisés anglais, mettait en relief , à l’occasion de ses 90 ans, avec deux (très) jeunes compositeurs sous la  direction de l’excellent chef suisse . Cette  affiche était  au fond très boulézienne tant le sage de Montbrison reste attaché à la découverte de jeunes talents. De , on écouta : Mémoriale, Domaines et Eclats/Multiples. Si la direction ultra-précise et la qualité des musiciens de l’Orchestre étaient exceptionnelles (dont celle des solistes Michael Cox à la flûte et à la clarinette), il faut reconnaître que ces pièces de Boulez passent mal l’épreuve du temps. Loin des chefs d’œuvre que sont Dialogue de l’ombre double et les Notations, Mémoriale et Eclats/Multiples sonnent avec une rigueur excessive et un étirement du temps qui rime  souvent avec ennui (en particuliers dans Eclats/Multiples).  Du côté des jeunes compositeurs, on oubliera bien vite A Cold Spring de , musique déjà vieille avant d’avoir été jeune, pour garder en mémoire les belles expérimentations sonores de  Open to Infinity: A Grain of Sand de . Mais l’orchestre et le chef , par leur flexibilité et leur précision étaient les triomphateurs de ce concert intéressant et exigeant.

Changement d’espace sonore et de dimension avec un concert dans l’enceinte du toujours spectaculaire Royal Albert Hall avec un programme 100% Sibelius dirigé par Sakari Oramo au pupitre de son BBC Symphony Orchestra. L’évènement était de taille car le chef finlandais proposait deux œuvres de jeunesse : le poème symphonique En Saga et la fresque chorale. Kullervo avec le légendaire chœur de l’université polytechnique d’Helsinki. Dans ces deux partitions, Sakari Oramo allège la masse orchestrale et travaille les textures qui tirent, comme rarement, Sibelius vers une esthétique transparente, pas si éloignée d’un Debussy. Si Kullervo est devenu au fil des temps assez conséquent dans la discographie des œuvres de Sibelius, il reste une rareté au concert  !  En effet, la pièce requiert un chœur d’hommes s’exprimant en finnois et les interprétations restent l’apanage du chœur de l’Université d’Helsinki le Ylioppilaskunnan Laulaja. Rejoint par le BBC Symphony Chorus, les Finnois proposent une interprétation inoubliable de ce chef d’œuvre. La flexibilité stylistique du BBC Symphony Orchestra, largement sollicité pendant les Proms, est encore une fois exemplaire. On salue par ailleurs le public anglais, amoureux de la musique de Sibelius, qui fait un triomphe à cette interprétation et à ses protagonistes (dont la soprano , le baryton Waltteri Torikka et les chefs de chœur : et ).

bbc promsLes BBC Proms accueillent traditionnellement les grands orchestres américains en tournée d’été. Une semaine après des concerts du Boston Symphony Orchestra, c’est au tour du Orchestre d’occuper, pour deux concerts, la grande scène du Royal Albert Hall. , son directeur musical californien joue presque à domicile tant il est une star depuis son mandat à la tête du London Symphony Orchestra dans les années 1990. Le programme illustre bien la curiosité du chef qui propose un programme éditorialement modèle : Schoenberg-Cowell et Mahler. La première partie était dominée par l’interprétation du Concerto pour piano d’, figure majeure du moderniste américain expérimental de la première moitié du XXe siècle. Composé à la fin des années 1920, cette partition frappe par sa radicalité et sa force moderniste digne des chefs d’œuvre. Le pianiste américain surmonte les difficultés techniques et offre, aidé par le chef, une lecture brutaliste et hyper-structurée. Cette partition renvoie même le besogneux Theme et Variations Op43b de Schoenberg, joué en introduction, au rang de travail d’étudiant ! Auteur d’une belle intégrale des symphonies de Mahler, MTT se confrontait à la Symphonie n°1. La vision du chef, plutôt analytique et décantée, qui se concentre sur la fluidité du discours et la violence des contrastes. L’orchestre répond aux moindres sollicitations du chef avec une qualité plastique d’une beauté presque irréelle. En dépit des acclamations, le chef n’offre malheureusement pas de « bis ».

Il n’empêche le temps d’un week-end, la saison des Proms comble les curieux les plus exigeants avec des affiches uniques et dans une ambiance à la fois sérieuse et décontractée.

Crédits photographiques : Scott Jarvie/Pierre-Jean Tribot

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