tous les dossiers(1)

Boulez 90 par Pascal Gallois

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Maison de la Poésie. 22-IX-2015. Pierre Boulez (né en 1925): Le Marteau sans maître pour mezzo-soprano et ensemble; Gérard Grisey (1946-1998): Talea pour ensemble; Arnold Schoenberg (1874-1951): Pierrot lunaire. Katalin Károlyi, mezzo-soprano; International Contemporary Ensemble; direction Pascal Gallois.

Pascal GalloisBassoniste mondialement connu et soliste de l’Ensemble Intercontemporain depuis 1981, année où l’invite à rejoindre cette phalange prestigieuse, aujourd’hui dirige ; avec la même conviction et le désir toujours exprimé de promouvoir la musique des XXe et XXIe siècles.

On l’a vu l’année dernière à la tête de l’Ensemble Prague Modern, défendre avec ferveur la musique de Dai Fujikura. Il dirige cette année une autre formation, new-yorkaise cette fois –  (ICE) – qui, à une permutation de lettre près, ressemble étonnamment à son aîné l’EIC !

Boulez 90 est une tournée internationale de concerts à l’initiative de , qui a rendu un hommage appuyé au Maître en cette année 2015 (cf notre chronique de son disque). De Quiberon (festival Les Musicales) où ils viennent de se produire, à New York où ils poursuivront leur tournée, l’ICE et leur chef investissent pour un soir la scène de la Maison de la Poésie. René Char y est à l’honneur, via Le Marteau sans maître à l’affiche du concert. donne en amont une conférence sur René Char et la poésie et l’on distribue, en supplément de programme, une somptueuse brochure associant le poète et le musicien sous le titre Le Marteau sans Maître. Y figurent les trois poèmes choisis par dans son œuvre fétiche (version française et anglaise) et de superbes photos signées Philippe Gontier.

Œuvre phare des années 50 pour voix d’alto et cinq instruments, Le Marteau sans maître (1956) coudoie ce soir Pierrot lunaire de Schoenberg (1912). Entre les deux oeuvres, la référence est « voulue et directe » souligne le compositeur de Répons. Au niveau de la conception formelle surtout : trois parties de sept poèmes chacune (ceux d’Albert Giraud traduits en allemand par Otto Erich Hartleben) dans le Pierrot lunaire ; trois cycles correspondant aux trois poèmes de René Char dans Le Marteau (L’artisanat furieux, Bourreau de solitude et Bel édifice et les pressentiments) que Boulez organise selon une forme « tressée » en neuf mouvements, comprenant parties vocales (4) et purement instrumentales (5). La formation atypique du Marteau sans Maître (voix, flûte, vibraphone, xylorimba, alto, guitare et percussions) diffère radicalement de celle du Pierrot lunaire ; même si la troisième pièce pour flûte et voix, dans Le Marteau, renvoie très clairement à la septième du Pierrot, Der Kranke Mond (La lune malade).

Il est très rare qu’une chanteuse mette au programme d’une même soirée les deux chefs-d’œuvre. La mezzo-soprano d’origine hongroise Katilin Károlyi a accepté le défi (relevé quelques jours auparavant à Quiberon) malgré les effets pernicieux d’une rhino-pharyngite qu’elle va surmonter ce soir courageusement.

C’est le Marteau sans Maître qui débute la soirée. On est d’emblée captivé par la singularité des alliages sonores conjuguée à la rigueur d’une pensée structurante. Tout y est concis, essentiel et serti avec une rare précision. Pascal Gallois et ses interprètes d’exception en restituent la beauté intemporelle. Voix longue au timbre chaleureux, sert au mieux la ligne vocale exigeante et d’une densité toujours soutenue chez Boulez. Elle souffre d’avantage dans la dernière partie, chantée bouche fermée, cet instant poétique autant que mystérieux où le texte est absorbé par la musique.

Plus encore que Le Marteau sans Maître, Pierrot Lunaire est inscrit au répertoire de l’ICE. L’effectif instrumental, comme chez Boulez, se renouvelle dans chacun des 21 monodrames, les cinq instruments étant rarement convoqués tous ensemble. On y apprécie d’autant mieux la qualité soliste des interprètes, en parfaite synergie : couleurs flamboyantes, ciselure des contours, stylisation des lignes et courbes expressives prodiguées par les interprètes servent la dramaturgie, conférant à chaque cycle une atmosphère et un ressenti singuliers. Exit la gêne vocale éprouvée dans le Marteau sans Maître. Katilin Károlyi est totalement à l’aise avec le Sprechgesang (parler chanter) de Schoenberg, assumant une diction et une théâtralité souveraines qui ne consentent aucun débordement.

Pour laisser se reposer la chanteuse au sein d’un programme sans entracte, Pascal Gallois dirige Talea (coupure en latin) de (1986), une oeuvre qui emprunte la formation du Pierrot lunaire. C’est ici l’énergie du geste, qui propulse la matière, et les couleurs somptueuses issues de la synthèse instrumentale où excelle le pionnier de la musique spectrale, qui gorgent le jeu de l’ensemble, toujours conduit de main de maître par son chef Pascal Gallois.

Crédit photographique : Pascal Gallois (c) http://www.pascalgallois.com

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.