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Le Prisonnier et Barbe bleue ont rendez-vous au Capitole

La Scène, Opéra, Opéras

Toulouse. Théâtre du Capitole. 2-X-2015. Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Il Prigioniero, opéra en un acte sur un livret du compositeur ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe Bleue, opéra en un acte sur un livret de Béla Balázs. Mise en scène : Aurélien Bory ; Artiste plasticien : Vincent Fortemps ; Costumes : Sylvie Marcucci ; Lumières : Arno Veyrat. Avec : La Madre, Judith : Tanja Ariane Baumgartner ; Il Prigioniero : Levent Bakirci ; le geôlier / l’inquisiteur : Gilles Ragon ; Barbe-Bleue : Bálint Szabó. Chœurs du Capitole (chef de chœur : Alfonso Caiani) ; Orchestre National du Capitole, direction : Tito Ceccherini.

_59P3865_Le Théâtre du Capitole de Toulouse affiche une ambitieuse double affiche : le Prisonnier de Dallapiccola et le Château de Barbe-Bleue de Bartók. Si la première partie séduit durablement, la seconde peine à convaincre.

Trop courtes pour être données séparément, le Prisonnier de Dallapiccola et le Château de Barbe-Bleue de Bartók posent aux programmateurs le problème de leur combinaison avec d’autres œuvres. L’idée de les réunir permet de faire jouer les parallèles et les lignes de forces – pari à la fois risqué et nécessaire, mais qui présente l’avantage de rendre justice à la densité expressive des deux ouvrages. Déjà expérimenté en 2010 par Adam Fischer à Amsterdam, ce couplage l’emporte largement sur la solution Schoenberg-Dallapiccola adoptée à Paris et Lyon. De coloris trop politique avec l’Ode à Napoléon (Garnier 2008) et trop décalé avec Erwartung (Lyon 2013), le matériau narratif et musical est ici plus équilibré.

À bien considérer la notion de l’attente et du désir (respectivement désir de liberté et désir amoureux), les trames narratives de Villiers de L’Isle-Adam et Béla Balázs paraissent dramaturgiquement complémentaires. En revanche, l’écrin musical de Bartók regarde encore vers Debussy quand celui de Dallapiccola s’essaie à prolonger l’héritage de la seconde école de Vienne. La mise en scène d’ utilise un parti-pris graphique si fort qu’il déplace le théâtre au second plan en réduisant les personnages à de simples présences. Dans le Prisonnier, les gestes vocaux s’opposent aux interventions graphiques du plasticien Vincent Fortemps. Avec comme toile de fond le support sur lequel il projette en temps réel des éclaboussures d’encre et de lumières, les variations d’atmosphères se font le sismographe de la narration. La scène se transforme au gré de la narration, au point d’inviter le spectateur à pénétrer sous les voûtes humides et gluantes dans une étrange combinaison noire et blanche. Cet univers mental est parfaitement rendu par l’interprétation du baryton , dont la ligne vocale hallucinée et troublante subjugue de bien belle manière dans le rôle-titre. Réussissant l’exploit de chanter la Mère avant Judith, livre dans sa courte intervention un bel éventail de ses qualités techniques et expressives. Un rien de densité dans l’émission aurait été nécessaire au Geôlier de pour souligner toute l’ambiguïté et la profondeur de son rôle.

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Par un bel effet de correspondance, les cintres abaissés jusqu’au sol servent de liaison visuelle avec le début du Château de Barbe-Bleue. L’actrice Yaëlle Antoine enjambe ces obstacles (comme une préfiguration des obstacles à franchir) et se présente sur le proscénium pour « dire » le prologue de Béla Balázs en langue des signes. Cette originalité retombe rapidement quand apparaissent les sept portes, dans un dispositif de cloisons enchâssées qui pivotent autour d’un axe central représenté par la dernière porte. Le décor sans réelle surprise se double d’un jeu d’acteur réduit au minimum et l’ensemble finit par lasser. Le Barbe-Bleue de n’a pas le relief et la caractérisation d’un rôle entre autorité et soumission. Les timbres, assez clairs dans l’aigu, deviennent charbonneux dans le grave et assez atones dans l’ensemble. semble plus prudente en abordant le rôle de Judith. Son interprétation gagne progressivement en tension et ce n’est véritablement qu’à la quatrième porte qu’elle offre toute l’étendue de sa palette expressive.

Sous la baguette de , l’Orchestre National du Capitole adopte des sonorités tour à tour glaciales et contondantes dans le Prisonnier, alors que dans le Château de Barbe Bleue, les options du chef italien sont nettement chambristes, soulignant le soyeux des lignes et des couleurs.

Crédits photographiques : © Patrice Nin

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