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Mélodies nordiques avec Mari Eriksmoen et Alphonse Cemin

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Metz. Arsenal. 2-X-2015. Edvard Grieg (1843-1907) : “Mens jeg venter”, “Den hvide, røde Rose”, “Jeg giver mitt Dikt til Våren”, “To brune Øyne”, “En fuglevise” ; Richard Strauss (1864-1949) : “Herr Lenz”, “Ich schwebe wie auf Engelschwingen”, Chants d’Ophélie, extraits du cycle des 6 Lieder op.67 : “Wie erkenn’ ich mein Treulieb”, “Guten Morgen, ‘s ist Sankt Valentingstag”, “Sie trugen ifn afu der Bahre bloss” ; Agathe Backer-Grøndahl (1847-1907) : “En kviddrende Laerke”, “Vaarmorgen I skogen”, “Blomstersanking”, “Mot kveld”, “Sov saa stille” ; Hugo Wolf (1860 – 1903) : “Die Spröde”, “Die Bekehrte”, “Mausfallenschprüchlein”, “Er ist’s”, Extraits du Italienisches Liederbuch : “Auch kleine Dinge können uns entzücken”, “Mir ward gesagt, du reisest in die Ferne”, “Du denkst mit einem Fädchen mich zufangen”, “Nein, junger Herr”, “Ich hab in Penna einen Liebsten wohnen”. Mari Eriksmoen, soprano. Alphonse Cemin, piano.

Melodies nordiques_cop_Cerise DoucedeTous deux lauréats HSBC de l’académie du festival d’Aix-en-Provence, la soprano norvégienne et le pianiste français renouent avec les grands récitals de lieder d’autrefois.

Avec le renouveau de la musique ancienne et le changement de nos répertoires, le récital de lieder avec piano tend à disparaître de la programmation de nos salles de concert, et cela est fort dommage. Le regret en est d’autant plus marqué lorsqu’on a la chance d’entendre de jeunes interprètes servir avec talent, intelligence et humour les grands compositeurs de mélodies qui ont fait une partie de notre histoire de la musique. C’est en tout cas ce qu’on pouvait ressentir lors de ce concert mémorable qui permit au public de l’Arsenal de découvrir la jeune soprano norvégienne dans un programme d’une rare cohérence entièrement consacré à la mélodie allemand et scandinave.

Mari Eriksmoen, on le savait déjà, a tout pour faire une grande carrière scénique avec un physique agréable et une voix de soprano léger parfaitement homogène sur toute l’étendue de la gamme. De plus l’organe, à la ligne de chant parfaitement maîtrisée – une future Lucia Popp ? Une seconde ? –, est capable d’une certaine puissance, et l’on sent déjà poindre une Konstanze derrière cette Blondchen, une Comtesse derrière cette Suzanne, une Ariane derrière cette Zerbinette… Surtout, en plus d’une exquise musicalité, on note un pouvoir de coloration qui permet à la ravissante interprète de créer pour chaque pièce un monde à part, un univers dans lequel l’auditeur est à chaque fois invité pour quelques minutes. Cet art de dire un texte et de raconter une histoire, de trouver à chaque fois la couleur vocale qui convient au contexte, n’appartient décidément qu’aux plus grandes et l’on penserait presque, à écouter et à regarder Mari Eriksmoen, à la jeune Elisabeth Schwarzkopf d’autrefois. Mais cela, il est vrai, est peut-être aussi suggéré par le choix du programme. Ainsi, si les mélodies norvégiennes de Grieg et surtout d’ auront occasionné pour beaucoup d’heureuses découvertes, les lieder de Strauss et de Wolf ont emmené le public vers des terrains plus connus. Mais quel pouvoir d’expression pour la folie des Ophelia-Lieder de Strauss – les seuls lieder que Schwarzkopf ait enregistré avec Glenn Gould… –, quel déploiement d’esprit pour l’ensemble des pièces de Wolf. Donné en bis, le « Violon » de Poulenc, extrait des Fiançailles pour rire, parvient encore à emmener le public vers des horizons nouveaux.

À l’imagination musicale de la jeune chanteuse, répond le piano inventif, virtuose – « Ich hab in Penna » ! – et toujours hautement fiable du jeune , accompagnateur aux petits soins qui donne l’impression d’avoir un inépuisable potentiel. Belle soirée, donc, qui redonne ses lettres de noblesse au rituel parfois un peu convenu du récital chant et piano.

Crédit photographique : Alphonse Cemin et Mari Eriksmoen © Cerise Doucede

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