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A Lausanne, Cenerentola entre rêve et comédie burlesque

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Opéra. 7-X-2015. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola, drama giocoso en deux actes sur un livret de Jacopo Ferreti d’après Cendrillon de Charles Perrault. Mise en scène et scénographie : Adriano Sinivia. Décors : Massimo Troncanetti. Costumes : Enzo Iorio. Lumières : Marco Giusti. Images : Igor Renzetti & Lorenzo Bruno. Avec : Serena Malfi, Cenerentola ; Edgardo Rocha, Don Ramiro ; Alexandre Diakoff, Don Magnifico ; Giorgio Caoduro, Dandini ; Laure Barras, Clorinda ; Catherine Trottmann, Tisbe ; Luigi De Donato, Alidoro. Orchestre de Chambre de Lausanne, Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Pascal Mayer). Direction musicale : Stefano Ranzani.

Cenerentola25_GP-3156Sous la direction d’, l’un de ses metteurs en scène fétiches, l’Opéra de Lausanne ouvre brillamment sa nouvelle saison avec une éclatante Cenerentola dominée par la jeune mezzo italienne dans le rôle-titre.

On s’attache souvent à dire que Il Barbiere di Siviglia est le meilleur opéra de Rossini. S’il est certainement très populaire, La Cenerentola est sans contredit son plus grand chef d’œuvre musical. Quelle musique, quels magnifiques enchaînements d’airs et d’ensembles dans cet opéra unique. Unique, parce que Rossini, délaissant son habitude de se recopier lui-même, n’emprunte pratiquement aucune musique à ces précédentes compositions. Sauf peut-être l’ouverture qu’on retrouve dans La Gazzetta que Rossini composa l’année précédente, ici, rien que du neuf !

Dans son approche scénique, le metteur en scène montre le conte de Perrault comme le rêve que ferait un enfant à qui l’on raconterait l’histoire de Cendrillon avant de s’endormir. C’est d’ailleurs l’image finale de sa mise en scène, après le mariage de Cendrillon avec le Prince, le plateau se vide et ne reste qu’une femme assise, tenant son enfant endormi dans ses bras près d’un lampadaire qui bien vite s’éteint. La nuit du rêve est là !

Pour raconter ce rêve, Adriano Sinivia utilise la poésie d’images projetées du plus bel effet. Comme celles tirées du dessin animé d’un carrosse déboulant des cintres jusqu’au devant du décor. Des animations déroutantes et d’une touchante drôlerie, comme cette galerie de portraits entourant Don Ramiro, portraits qui soudain s’animent et quittent leurs cadres pour occuper ceux de leurs voisins dans un ballet extraordinaire et pour finalement se retrouver en chair et en os sur la scène. On l’aura compris, Adriano Sinivia ne s’empêche pas l’humour.

Incontestablement, certains personnages de l’intrigue de La Cenerentola forcent à la caricature et au burlesque. Ainsi en est-il des deux demi-sœurs, du beau-père de Cenerentola et de Dandini, le valet du prince Don Ramiro. Si quelques idées comiques jalonnent plaisamment le propos du metteur en scène italien, il semble néanmoins comme hésitant d’aller au bout de son idée burlesque. On sourit plus qu’on ne rit. Est-ce le manque de temps pour les répétitions, pour la mise en place, pour la direction d’acteurs ? Même si certains protagonistes se prêtent agréablement au jeu comique, on est loin de la verve à laquelle Adriano Sinivia nous avait convié lors de sa mise en scène du Barbiere di Siviglia en 2009, reprise l’an dernier.

Cenerentola22_PG-1258Ainsi, les deux demi-sœurs de Cenerentola peinent à exprimer leurs caractères de petites pestes. Laure Barras (Clorinde) et Catherine Trottmann (Tisbe) chantent trop bien pour que leurs prestations jouissent du comique des personnages. (Don Magnifico) s’empare avec beaucoup de courage d’un rôle où l’abattage vocal n’a d’équivalent que l’énergie théâtrale. Or, sa prestation pour plus qu’honnête qu’elle soit montre que la basse suisse manque de l’agilité vocale propre à rendre son rôle hilarant.

Si le baryton Giorgio Caoduro (Dandini) est convaincant d’entregent, la basse Luigi De Donato (Alidoro) besogne dans les récitatifs quand bien même sa voix profonde ne manque pas de beauté.

Quant à lui, le ténor urugayen (Don Ramiro) ne craint pas de lancer ses suraigus percutants à la ronde sans oublier d’exprimer sa belle musicalité dans ses duos avec Cenerentola.

Dans le rôle-titre, la jeune mezzo italienne conquiert le public dès l’ouverture du rideau grâce à une voix chaleureuse, ample et superbement timbrée. Son « Una volta, c’era un rè… » est tout simplement bouleversant. On se régale d’avance de ses interventions futures et tout particulièrement de l’air final. La voix est si prenante, même si les aigus sont souvent tendus, qu’on oublie son certain manque de charisme. Dès lors que la jeune femme affirme avoir chanté ce rôle des centaines de fois, on s’étonne de son manque d’aisance scénique et parfois même vocal. Ainsi, au moment de son air final « Nacqui all’affanno », on la surprend extrêmement tendue, ravalant à plusieurs reprises sa salive, cherchant à ses côtés le regard apaisant d’un collègue. Certes, l’air est particulièrement périlleux, mais pourquoi une artiste aussi aguerrie et habituée du rôle ne le possède pas encore totalement ? Quand bien même on peut pardonner des aigus parfois pas très beaux, cela ne devrait pas empêcher d’exprimer avec plus de conviction la joie de Cenerentola d’enfin sortir de l’enfermement dans lequel elle a vécu jusqu’alors.

Irréprochable la direction tout en finesse de à la tête d’un plein de fraicheur et d’allant.

Reste qu’un public chaleureux a réservé ses applaudissements à un spectacle de grande tenue. Un tour de force pour un petit théâtre qui, employant la plus grande part de son budget à l’investissement artistique, réussit à produire des spectacles rivalisant avec des théâtres aux moyens plus conséquents.

Crédits photographiques : © Marc Vanappelghem

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