tous les dossiers(1)

À Genève, affligeante production de la Belle Hélène

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 14-X-2015. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Belle Hélène, opéra-bouffe en trois actes, livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Robert Sandoz. Scénographie : Bruno de Lavenère. Costumes : Anne–Laure Futin. Lumières : Simon Trotter. Mapping : Etienne Guiol. Avec : Véronique Gens, Hélène ; Florian Cafiero, Pâris ; Raúl Giménez, Ménélas ; Marc Barrard, Agamemnon ; Patrick Rocca, Calchas ; Maria Fiselier, Oreste ; Bruce Rankin, Achille ; Fabrice Farina, Ajax I ; Erlend Tvinnereim, Ajax II ; Magali Duceau, Bacchis ; Seraina Perrenoud, Parthénis ; Fabienne Skarpetowski, Léœna ; Thomas Matalou, Philocome. Chœur du Grand Théâtre de Genève (direction Alan Woodbridge). Orchestre de Chambre de Genève. Gérard Daguerre & Alan Woodbridge, direction musicale.

LaBelleHelene_c_GTG_CaroleParodi_10Encore un spectacle raté au Grand Théâtre de Genève avec cette nouvelle production de la Belle Hélène de , qui confond opérette avec revue de fin d’année d’une ville de province.

L’opérette, on le sait, est synonyme de légèreté musicale, d’humour décalé et d’ironies théâtrales. Et accompagné de ses librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy en sont les maîtres incontestés depuis la deuxième moitié du 19e siècle. Depuis, bien des metteurs en scène se sont emparés de ces petits bijoux musicaux pour y apporter leur grain de sel. Le regretté Jérôme Savary et l’actuel Laurent Pelly excellent dans ce domaine.

Aujourd’hui, le Grand Théâtre de Genève fait confiance à , jeune metteur en scène neuchâtelois. Incapable de raconter l’histoire, certes tordue, d’Hélène de Troie revue par Offenbach, il transforme le livret en une vulgaire comédie d’un roi cocu, nous abreuvant d’une excitation scénique fourre-tout où se démènent des acteurs souvent livrés à eux-mêmes.

D’imaginer Ménélas en directeur d’un port marchand de Grèce n’apporte rien à l’affaire. Et que sert de montrer Agamemnon déguisé en Buffalo Bill, ou Oreste en Conchita Wurst si le discours scénique s’arrête à ces seules images ? Et quel besoin d’habiller les membres de l’orchestre en musiciens de fanfare pour les revêtir ensuite d’incompréhensibles survêtements mauves et noirs ? Et pourquoi dénuder le chœur du Grand Théâtre ? Tout cela révèle un salmigondis de « grand-n’importe-quoi » pour une œuvre qui cultive pourtant la finesse débridée de la Belle Époque. D’ailleurs, les jeux de mots du texte original sont de loin plus drôles que ceux inventés pour l’occasion.

Finesse ? Oui, la partition d’Offenbach en regorge. Mais certainement pas les arrangements inutiles que le chef d’orchestre a jugé nécessaire d’apporter. Quelle prétention ! Il est vrai que , après des études de piano, d’harmonie, de contrepoint et d’orgue, se dirige très vite vers la musique de variétés et sera chef d’orchestre pour maints chanteurs français comme Joe Dassin, Sylvie Vartan, Michel Sardou, Diane Dufresne et Barbara (avec qui il travaille durant 18 années). Michel Drucker fera appel à lui pour la direction musicale de l’émission de télévision Champs-Élysées durant trois ans. Whaou! Voilà qui redore le blason d’Offenbach.

LaBelleHelene_c_GTG_CaroleParodi_08Résultat de ces « retouches » ? Des incompatibilités musicales et rythmiques avec l’excellent obligeant son chef titulaire à se muer en chef d’orchestre alors que le chef originalement prévu pour la direction de l’Orchestre de Genève est au piano pour accompagner une partie des solistes comme il le faisait avec ses chanteurs de variété française. La musique d’Offenbach s’en trouve souvent effacée, les airs d’Hélène n’étant souvent accompagnés que par le seul piano avec, au passage, des rythmes de cha-cha-cha ou de rumbas totalement déplacés !

Sur scène, les protagonistes font leur métier du mieux qu’ils peuvent. Ainsi, (Hélène) –auprès de laquelle on a presque envie de s’excuser de faire ses débuts au Grand Théâtre de Genève dans une telle galère- est une reine bien pâle qui réussit néanmoins à montrer qu’elle est une grande cantatrice quand, devant l’orchestre, elle chante un puissant et amusant « L’homme à la pomme, ô ciel ! » Autre brillant protagoniste, le ténor argentin (Ménélas) qui, à 64 ans possède toujours de beaux aigus, de la puissance et une présence scénique athlétique de trentenaire ! Si la mezzo-soprano (Oreste alias Conchita Wurst) s’avère une remarquable chanteuse, son déguisement la dessert et fait perdre l’intérêt de sa voix à l’auditeur. Pour le ténor français (Pâris), on mettra l’escamotage des aigus de son air « Evohé ! Que ces déesses ont de drôles de façons » sur le compte de la tension qu’il a pu ressentir au soir de la première représentation.

Et pour cet affligeant spectacle de bric et de broc, digne d’une revue de fin d’année d’une petite ville de province (et ce n’est pas très sympa pour les petites villes de province !), le Grand Théâtre de Genève ose demander jusqu’à 235 euros la place. Sans commentaires !

Crédit photographique : © GTG_Carole Parodi

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.