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Seong-Jin Cho remporte le 1er prix du Concours international Chopin de Varsovie

Seong-Jin Cho photo by Wojciech GrzędzińskiLe suspense est resté entier jusqu’au bout. Non pas que d’autres candidats aient été meilleurs, mais à cause de l’assortiment quelque peu surprenant des candidats en finale.

À la fin du troisième tour, qui avait permis d’assister à de véritable concerts d’une heure donnés par les vingt candidats retenus et de faire émerger quelques styles d’interprétation de Chopin, dix candidats, dont deux passionnants, ont été écartés. Nous n’écouterons donc en finale ni Luigi Carroccia, « l’un des seuls qui s’approche d’un son “Chopin” » pour le musicologue Jakub Puchalski, ni Krzysztof Książek « le plus musical de tous les candidats polonais. »

Il restait donc à se mettre dans l’oreille dix pianistes très différents, pour moitié d’origine asiatique. Aimi Kobayashi, Japonaise, représentait le style japonais désincarné. Kate Liu et Eric Lu, deux très jeunes virtuoses américains, se jouaient de tout avec une facilité fascinante, dans un style « Chopin abstrait », celui de Lu teinté d’une grâce presque féminine, celui de Liu par une sensualité envahissante des gestes et des expressions du visage, …qui ont eu un grand succès auprès du public. Szymon Nehring est le héros du « Chopin révolutionnaire. » Il joue dans le style des pianistes de la « vieille école polonaise », ce qui ravit les plus âgés parmi le public polonais. Georgijs Osokins, se veut « enfant terrible », et il l’est, agaçant par sa façon d’en faire trop tout en simplifiant Chopin. Charles Richard-Hamelin représente, lui, un authentique « Chopin mainstream », plaisant et respectueux des partitions, avec une rondeur et une expression articulée, une sensibilité, qui en facilitent l’accès.

Parmi les dix finalistes, trois étudient au Curtis Institute, trois prennent des cours avec un membre du jury, un vient de Bygdoszcz, l’université où enseigne la présidente du jury.

Le Sud-Coréen a joué le premier. Depuis le début du Concours, il montre une délicatesse, une grâce et une subtilité merveilleuses, limpide et expressif à la fois. Il est, de l’avis de tous les habitués des concours rencontrés ici, le pianiste le plus accompli et, parmi les finalistes, le plus fidèle à Chopin, parce que son jeu, tout « classique » qu’il soit, n’est pas prévisible. Il trouve des couleurs, des intensités qui, bien que certainement répétées longuement, ne sont pas figées, et dont il a exploré toute la gamme pour en choisir une au moment de jouer, ici et maintenant. Son premier prix récompense un pianiste accompli qui a enthousiasmé la salle, particulièrement au second tour.

Le second prix est une reconnaissance des grandes qualités du Canadien Charles Richard-Hamelin, dont son jeu serein et fluide, teinté de poésie, a séduit le public.

Les prix suivants sont allés, coïncidence curieuse, à ceux des candidats qui étaient coachés par Dan Thai Song. Et le sixième prix au Russe Dmitry Shishkin, dont l’interprétation de Chopin, est loin de faire l’unanimité.

Une homologation indispensable ?

De plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes (Yike (Tony) Yang a 17 ans !), les pianistes viennent chercher dans les concours, une homologation sans laquelle on ne peut plus rêver faire carrière. Les exceptions, comme par exemple Arkady Volodos, qui a eu la chance d’être par hasard découvert et lancé par Sony en 1996, sont rares. Les concours sont de plus en plus nombreux, autour de 300, d’après la Fondation Alink-Argerich qui tente de fixer des règles, les classe et les répertorie.

Le Concours Chopin est l’un des cinq plus « grands » concours au monde, le seul consacré à un unique compositeur. Son jury, dans sa grande sagesse, est donc censé reconnaître et primer les meilleurs « chopinistes, chopineurs, ou chopiniens… », chacun avec sa façon de jouer Chopin.

Comme lors de la précédente édition, la moitié des pianistes venait d’Asie, Chine, Corée du Sud ou Japon. Est-ce parce que le marché de la musique classique s’y est déplacé ? En Chine, plus de 50 millions de Chinois étudient le piano, et la part de musique classique dans les ventes atteint 10%, alors qu’aux États-Unis elle n’est plus que de 3% ?

Alors, un lauréat Sud Coréen, sublime pianiste et qui étudie à Paris (avec Michel Béroff) était donc, pour cette raison aussi, un très bon choix !

Crédit photographique : Seong Jin Cho (c) Wojciech Grzędziński et DR

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