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Concours de piano 2015 Long Thibaud Crespin : compte-rendu

Concerts, Concours

Paris. Salle Gaveau. Finale récital du concours Long-Thibaud-Crespin. 25-X-2015.
Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 27-X-2015. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto n° 3 op. 37 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto en sol majeur ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto n° 1 op. 10 ; Béla Bartók : Concerto n° 3 Sz. 119 ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto en la mineur op. 54.
Makoda Fukami ; Daria Kiseleva ; Kaoru Jitsukwawa ; Julian Trevelyan ; Joo Hyeon Park ; Orchestre de chambre de Paris, direction : Fawzi Haimor.

 821539-trevelyan-2.jpg-modified_at1446043658width750The winner is , pour le Deuxième Grand Prix. Le Premier Grand Prix n’a pas été décerné, pour la troisième session consécutive (voir la liste des prix). Le jury, présidé par le pianiste et chef d’orchestre Steven Kovacevich, récompense ainsi l’audace décalée du prodige anglais de 16 ans, très mature dans le Concerto n°3 de Bartók.

Le public a retrouvé cinq finalistes pour une soirée récital, salle Gaveau, et une soirée concerto, au Théâtre des Champs-Élysées, apothéose d’une semaine marathon de concours. Deux contextes, deux salles, qui révèlent différemment les qualités et les limites des interprètes. L’ est un partenaire de qualité pour ces concertos.

La Japonaise a ouvert les deux soirées. Elle propose un jeu homogène, très lié par une pédale assez présente. Les Cinq études de Debussy nous séduisent particulièrement. Nous goûtons un son réfléchi, perlé, avec pédale bien dosée. Ce répertoire français semble bien convenir à cette ancienne élève de Maria João Pires. En revanche, elle peut manquer de tonus dans la Sonate n°31 op. 110 et le Concerto n°3 op. 37 de Beethoven. Bien que très appliquée, elle semble plus nerveuse, moins à l’aise dans la grande salle et avec l’orchestre.

La pianiste russe contraste par son jeu dynamique, percutant, dominant son piano comme une excellente cavalière. Sa Sonate n°12 de Beethoven et surtout les Variations sur un thème de Corelli de Rachmaninov, sont jouées avec panache, entrecoupées de China Gates (John Adams), pièce minimaliste et envoûtante. Le deuxième jour, le difficile Concerto en sol de Ravel connaît des moments de flottement avec l’orchestre. Cependant, la pianiste nous émeut dans l’Adagio et laisse chanter l’orchestre quand il faut.

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Le japonais ,Troisième Grand Prix du jury, soulève l’enthousiasme du public dans le récital. Il est remarquable, par son aisance technique, sa vélocité, mais aussi par une sorte de force tranquille, une belle et délicate détente des doigts. Nous sommes emportés notamment par l’Arabesque et la Sonate n°1 op. 11 de Schumann, pleine de passion intériorisée. On retrouve ces qualités dans le Concerto n°1 op. 10 de Prokofiev, bien qu’il semble un peu moins en phase avec l’orchestre que les deux candidats suivants. Jitsukwawa a reçu le prix (mérité) de l’interprétation de l’œuvre de commande : Lumières du manège, tango fantastique et inquiétant de l’ancien lauréat .

Le jeune , prodige au parcours atypique n’est pas seulement ce qu’on pourrait appeler un phénomène. Dans un premier temps, il choque par un récital inégal, un son parfois très sec. La Sonate en la mineur K 310 de Mozart est jouée avec une rapidité digne d’Orange mécanique, avec des accélérations inconsidérées, et le Scherzo n°4 de Chopin est très scolaire. Le répertoire du XXe siècle lui sied beaucoup mieux, avec Huit préludes de F. Martin et le Neuburger. Quelle surprise et quelle satisfaction de le retrouver dans le Concerto n°3 de Bartók ! Même si quelques notes tombent à côté, il nous révèle tous les aspects, tous les registres du dernier concerto de l’auteur. Il joue avec l’orchestre, au sens propre du terme, avec une sorte d’humour, donnant l’impression d’avoir répété ensemble de nombreuses fois.

Enfin le coréen parvient à capter l’attention d’un public un peu las en fin de soirée. Lui aussi fait preuve d’une grande aisance technique. Il offre un son rond, chaud, de manière un peu systématique dans le récital et de manière nuancée et très belle dans le Concerto en la mineur op. 54 de Schumann.

Il semble que le jury n’ait pas trouvé son Graal, puisque, encore une fois, il ne décerne pas de Premier Grand Prix. Certes, aucun d’eux ne rassemblait l’originalité, la maturité, et l’aisance technique, au même niveau, à la fois pour le récital et le concerto ; cependant, plus que des candidats, nous avons découvert des pianistes dont nous suivrons l’évolution avec curiosité.

Crédits photographiques : Julian Trevelyan (c) Sumiyo Ida ; (c) Michel Cooreman Events ; (c) DR

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