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A l’Opéra de Lyon, de Carmen et l’Arlésienne

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Lyon. Opéra. 3-XI-2015. Carmen et l’Arlésienne. Ballet de l’Opéra de Lyon. L’Arlésienne. Chorégraphie : Roland Petit (1924-2011) reprise par Luigi Bonino (né en 1949). Musique : Georges Bizet. Livret : Roland Petit d’après Alphonse Daudet. Décors : René Allio (1924-1995). Costumes : Christine Laurent. Lumières : Jean-Michel Désiré. Ballet créé en 1974.
Carmen. Chorégraphie : Roland Petit reprise par Luigi Bonino. Musique : Georges Bizet. Livret : Roland Petit d’après Prosper Mérimée. Décors et costumes : Antoni Clavé (1913-2005). Lumières : Jean-Michel Désiré. Ballet créé en 1949.
Répétitions : Gillian Wittingham

 carmencjaimeroquedelacruz0437_3Carmen et L’Arlésienne par le Ballet de l’Opéra de Lyon.

affirmait que la danse avait tout sanctifié sur son chemin, ce que donne à apercevoir à l’Opéra de Lyon, le duo passionné, tout en pas de deux et en dedans, de Carmen et Don José, incarnés ce soir par Noëllie Conjeaud et Edi Blloshmi.

La chorégraphie de , révolutionnaire en son temps, n’a pas vieilli, toujours tonitruante, enlevant de gestes sûrs, libres et passionnés, la musique de Bizet.

En effet, Roland Petit, a réussi jadis, à vingt-cinq ans, à conquérir en un ballet, sa femme, qui devient, de Renée Jeanmaire, le soir de la Première de Carmen à Londres, le 21 février 1949, la mémorable Zizi, à la longue chevelure brune coupée court garçonne pour le rôle et pour la scène, à vie donc, et son épouse idem. Zizi a charmé l’Angleterre quatre mois durant à guichets fermés, accompagnée de son chorégraphe et Don José de mari. Un duo, loin de passer inaperçu, qui a jeté les bases de la danse contemporaine américaine.

Dans les décors et costumes parfaitement recomposés, d’Antoni Clavé, évoluent les danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon dirigé par Yorgos Loukos, qui fut l’assistant de Roland Petit à Marseille, la Carmencita des faubourgs et son énamouré Don José, qui glisse sur scène face à sa dulcinée à la souplesse étonnante jusque dans cette bougie inversée que lui fait prendre l’étreinte dans la scène célèbre de la chambre.

Sous les lumières de Jean-Michel Désiré, les scènes de Séville au XIXe, à l’éventail, au toréador surréaliste, plus arlequin que sévillan, puis aux contrebandiers, éclairent une danse épurée et pourtant si sensuelle ; tout est là pour goûter à la magie d’une Carmen revisitée en finesse et en dextérité, dans la fumée de la taverne de Lilas Pastia et dans la chambre intime, alcôve des secrets de la passion amoureuse.

L’Arlésienne, en première partie de soirée, créée vingt-cinq ans plus tard, bizarrement, a vieilli. Ses pas de deux sont moins révolutionnaires, quoique tout aussi élégants, et le livret d’Alphonse Daudet revu par Roland Petit nous enchante moins. L’Arlésienne, dans le beau décor provençal proche des traits expressionnistes de Munch ou Van Gogh, de René Allio, est là et n’est pas là, évidemment, puisque c’est Vivette que l’on voit, là Kristina Bentz, accompagnée de Frédéri, son mari, ici Leoannis Pupo-Guillen. Ils sont beaux, doux, charmants, dansant merveilleusement, mais le propos ne passe plus. Se suicide-t-on encore aujourd’hui pour une femme volage que l’on n’a pas prise et dont on rêve encore, une fois marié, en un fantasme inassouvi ?
Quand Frederi se jette par la fenêtre du grenier, la musique s’arrête et notre cœur avec, ça n’a pas pris. Carmen meurt aussi, mais c’est plus crédible, moins romanesque, plus contemporain, c’est un drame de la jalousie, banal en somme.

Une soirée belle et entraînante, qui nous rappelle à la fois notre finitude, la joie de la beauté et les prémisses de la danse contemporaine.

Crédits photographiques : Jaime Roque de la Cruz

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