tous les dossiers(1)

Les Français sont à l’honneur à San Francisco

Concerts, La Scène, Musique symphonique

San Francisco. Davies Symphony Hall. 04-XI-2015. Georges Bizet (1838-1875) : Suites de Carmen n°1 et 2 (extraits rassemblés par Yan Pascal Tortelier). Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Symphonie n°3 en do mineur op.78 « Avec orgue ». Jonathan Dimmock, orgue ; Jean-Efflam Bavouzet, piano ; San Francisco Symphony, direction : Yan Pascal Tortelier.

JEBavouzetCelebrating the French : un hommage américain le temps d’un concert du . Chef, soliste, compositeurs : les Français sont à l’honneur.

En se rendant à la « célébration » dont l’intitulé un peu tapageur barrait de grandes affiches le long des avenues de la ville, l’auteur de ces lignes, bien que secrètement flatté, n’a pu se défendre d’une forme d’appréhension. L’amour à l’américaine pour la culture française, ou plutôt pour les images d’Épinal que neuf mille kilomètres de distance en laissent percevoir, peut devenir agaçant, lorsqu’un peu d’ironie ne vient y apporter d’heureuses nuances. À cela s’ajoute tout ce que les produits dérivés de Carmen ont de déplaisant, le regret qu’une musique plus contemporaine (celle de Dutilleux, par exemple) n’ait pas été également conviée, et mille autres objections chagrines du même genre.

Quelques secondes de musique auront suffi pour que tout souvenir de ces scrupules s’évanouisse. La surprise est divine : , bien loin de diriger l’air des toréadors comme une musique facile trop ressassée, ou comme un bis désinvolte, l’aborde avec une rigueur absolue. On devine que, sous sa baguette, l’orchestre a redoublé de travail, car tout sonne juste : l’allégresse insouciante, le bouillonnement d’énergie, la sourde menace, tout s’équilibre par enchantement. Des tempos allants, délicatement altérés de rubato, dans toutes les pièces qui suivent, font éclater le génie de Bizet, et redonnent à la musique la légèreté et l’humour dont trop souvent on la dépouille. Pour cette seule performance, les musiciens du SF Symphony devraient se voir couvrir d’éloges, et l’on n’en finirait plus de s’exclamer sur les mérites des différents pupitres : des violons à l’unisson comme jamais, des percussions impeccables de sobre précision, et d’admirables soli, tel celui de la trompette, au son si poétiquement étranglé, dans la Habanera.

Feu d’artifice

Le meilleur est pourtant à venir, et l’on sent l’orchestre animé d’une excitation peu commune. C’est dont la main gauche se mesure au redoutable Concerto de Ravel, et le triomphe est total. Le pianiste dompte la partition et en donne une lecture pleine de panache. Sous ses cinq doigts, l’œuvre devient pleinement la fresque tragique que les musicologues aiment à décrire. L’importance des passages plus interrogatifs ou alanguis, comme la cadence, s’en trouve peut-être un peu gommée, mais la puissance rythmique de la section centrale est portée à son paroxysme. Cette lecture cohérente, riche, haletante est digne de rester dans les mémoires.

Quant à la symphonie de Saint-Saëns, qui termine le concert, elle est avant tout l’occasion d’entendre le grand orgue de concert du Davies Symphony Hall. Dans cette musique de plus vastes dimensions, les musiciens de l’orchestre semblent certes moins convaincus, moins enthousiastes – à moins que ce ne soit le public ? Mais après une telle première partie de soirée, tout se pardonne. Longue vie à la French music !

Crédit photographique : © Harrison Parrott

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.