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Le Beethoven dynamique et lyrique de Xavier Phillips et François-Frédéric Guy

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : intégrale de l’œuvre pour violoncelle et piano : Variations sur »See the conqu’ring hero comes » de Judas Macchabée de Haendel WoO45, sur »Bei Männern, welche Liebe fühlen »de la Flûte enchantée de Mozart WoO46, sur « Ein Mädchen oder Weibchen » de la Flûte enchantée de Mozart op.66. 2 sonates op. 5 ; Sonate op. 69 ; 2 sonates op.102. Xavier Phillips, violoncelle ; François-Frédéric Guy, piano. 2 CD Evidence Classics EVCD015. Enregistré en janvier 2015 à l’Arsenal de Metz. Notice en français et anglais. Durée : 128’16 »

 

Les Clefs Resmusica

beethoven guy avait déjà brillamment gravé les sonates pour violoncelle et piano de Beethoven en compagnie d’Anne Gastinel (Naïve, 2002, épuisé). Il a depuis largement creusé l’approche de son compositeur fétiche, dont il semble avoir adopté un peu le « look », par une fréquentation assidue en concerts et de remarquables enregistrements.

Il a d’abord fixé sur CD les concertos, sous la direction complice de Philippe Jordan (Naïve, 2008) et surtout une originale intégrale des 32 sonates pour piano, minérale et lapidaire (Zig Zag territoires-Outhere, 2011-2012).

Les sonates pour violoncelle et piano couvrent les trois sacro-saintes périodes créatrices de Beethoven (1796 pour l’opus 5, 1808 pour l’opus 69, 1815 pour l’opus 102) et sont introduites dans ce double CD par les trois cycles de variations sur de célèbres thèmes de Haendel ou de Mozart (1796-1801), lesquels ne sont ici nullement sacrifiés, malgré leur caractère aimable et plus décoratif.

Pour son remake au disque, s’est trouvé des partenaires de choix : l’excellent violoncelliste , issu de la classe de Philippe Müller au CNSM de Paris, mais ayant aussi bénéficié des conseils avisés de Mstislav Rostropovitch, dont il fut un des élèves préférés, et le remarquable producteur et preneur de son Nicolas Bartholomée, sous son tout nouveau label, Evidence Classics. Ce double album augure une intégrale des œuvres en duo et trio pour cordes et piano de Beethoven, où les rejoindra, dans les parutions à venir courant 2016, le superbe violoniste franco-albanais Tedi Papavrami.

Cette nouvelle version est un miracle de poésie, par un savant équilibre entre énergie (l’opus 5 et la lapidaire Sonate op. 104 n° 1) et lyrisme, culminant dans le douloureux « Adagio con moto » de l’ultime Sonate op. 102 n° 2, ici d’une  introspection quasi abyssale. François-Frédéric Guy prend ces partitions à bras-le-corps, avec une énergie contagieuse et un merveilleux sens de la grande forme, tout en respectant les moindres nuances d’un texte très précis quant à ses intentions ; son jeu reste d’une lisibilité souveraine tant dans les touffues premières sonates de l’opus 5 (notées d’ailleurs par Beethoven « sonates pour piano avec accompagnement de violoncelle ») que dans l’écheveau complexe de la fugue conclusive de la cinquième sonate, dans laquelle on entrevoit le futur finale de la Sonate « Hammerklavier » op. 106.

Il a rencontré en la personne de Xavier Philips le violoncelliste idéal pour concrétiser sa vision beethovénienne : un sens intime du legato, sans vibrato excessif ou glissandos déplacés, qui arc-boute des phrasés d’une sculpturale beauté (dans tout l’opus 69 et le mouvement lent de l’opus 102 n° 2), un son radieux de l’instrument de 1710 signé Matteo Goffriler, une articulation précise due à une incisivité millimétrée sans une once d’agressivité ou de pesanteur du jeu d’archet (« Allegro molto » de l’opus 5  n° 2, mouvements vifs sonates de l’opus 102).

Avec ce sens du lyrisme et de la grande forme, nous retrouvons un Beethoven visionnaire, grand prophète du romantisme musical à venir, et créant ainsi un nouveau genre pour un duo alors quasi inexploré. Cette version généreuse est ainsi parfaitement antinomique des dernières parues, philologiques (Isserlis/Levin ; Hyperion) ou trop (?) classicisantes (Queyras/Melnikov ; HM). Le présent duo retrouve par des chemins actualisés une certaine approche « française  » de ce corpus par sa dimension humaine : la filiation avec, par exemple, l’intégrale de Pierre Fournier-Friedrich Gulda (DGG) nous semble patente, éloignée tant d’une rencontre un peu marmoréenne de titans (comme les tandems Casals/Serkin chez Sony ou Rostropovitch/Richter chez Decca) que d’une sophistication un tantinet chichiteuse (Brendel père et fils chez Decca ou Schiff/Fellner chez Brilliant Classics).

François-Frédéric Guy et Xavier Philips nous emmènent tout droit (et avec quel naturel!) vers les cimes : on attend la suite du projet avec impatience !

 

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