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La double coquette sur la scène du Théâtre des Abbesses

Festivals, La Scène, Opéra

Festival d’Automne; Théâtre des Abbesses. 18-XI-2015. La double coquette : Antoine Dauvergne (1713-1797) : La coquette trompée, ouvrage lyrique en un acte sur le livret de Charles-Simon Favart; Gérard Pesson (né en 1958) : Prologue, additions et instrumentations sur un texte de Pierre Alferi. Création des costumes Annette Messager; création des lumières, Gilles Gentner; mise en scène Fanny de Chaillé. Isabelle Poulenard, soprano, Florise; Mailys de Villoutreys, soprano, Clarice; Robert Getchell, ténor, Damon. Ensemble Amarillis. Directrice artistique Héloïse Gaillard; chef de chant, Violaine Cochard.

double coquette« Il m’a toujours semblé que le travail de la mémoire et celui de l’invention étaient contiguës » écrit le compositeur . On ne saurait mieux rendre compte du processus à l’oeuvre dans La double coquette à laquelle il collabore. Ce nouveau spectacle lyrique est donné en création parisienne au Théâtre des Abbesses, dans la version scénique produite par le Festival d’Automne.

En 2011, à l’Opéra royal de Versailles, l’ensemble baroque Amarillis exhume le petit chef d’oeuvre d’, la coquette trompée. Quelques temps plus tard, , directrice artistique de l’ensemble, propose à de revisiter l’ouvrage en confrontant son propre univers à celui du XVIIIème siècle français. La double coquette est ainsi le fruit d’une « collaboration » à quatre têtes (compositeurs et librettistes), celles de Dauvergne/Favart et de Pesson/Alfieri. L’oeuvre conserve le cadre en un acte et quatre scènes de la comédie à ariettes d’, même si Pierre Alfieri, qui « aménage » le livret de Charles-Simon Favart, en modifie sensiblement le dénouement.

La coquette trompée d’Antoine Dauvergne est représentée à Fontainebleau, devant la cour de Louis XV, en novembre 1753, au côté d’un Ballet de Jean-Philippe Rameau. Donnant dans le goût italien de l’opéra bouffa,l’intrigue amoureuse met en scène Florise, abusée par son amant Damon qui s’affiche avec la coquette Clarice. Florise décide alors de se travestir en homme; et sous les traits de Dariman, elle va déjouer les plans de son amant volage en courtisant Clarice. Piqué au vif, Damon accuse cette dernière d’infidélité. Clarice veut alors rompre avec lui mais s’abandonne bien vite dans ses bras. L’arrivée de Florise-Dariman, qui se fait reconnaître, bouleverse la donne. Damon sent renaître ses sentiments pour Florise; Clarice se retire avec philosophie et l’on exécute des danses pour finir.

On chante également joyeusement à la fin de La double coquette mais, dans la version d’Alfieri, au terme de l’intrigue, c’est Damon qui doit prendre les choses avec philosophie…

C’est sur les prolongements, commentaires et apartés de son librettiste que Gérard Pesson écrit ses trente deux « additions », hybridant la musique originelle avec autant de subtilité que de fugacité. L’écoute n’en bascule pas moins dans des espaces-temps très différents, condensés ou étirés, lisses ou pulsés, qui mettent constamment l’oreille à l’affût. Délicieusement ludique et pessonnien en diable, le prologue entièrement écrit par le compositeur met en valeur les couleurs acidulées des instruments baroques, hautbois et cors naturels bien sonnants, empruntant parfois des trajectoires inédites.

La synergie est remarquable au sein de l’. Sans chef et tous masqués, les onze musiciens occupent le fond de scène. Emmenés par le clavecin de , ils opèrent ces allers-retours virtuoses de Dauvergne à Pesson, et réciproquement, avec une fluidité confondante.

Les costumes originaux et fantasques d’ pimentent cette intrigue alerte et spirituelle, habilement mise en scène par . L’étrange habit de poils de Florise intrigue autant que la confection bizarre et quasi organique de la robe de la coquette qui exhibe, quant à elle, un serpent-châle autour du cou. Les tenues de Damon et Dariman sont quasi semblables, à une couleur près (pantalon rayé et chasuble apprêtée); les deux personnages réapparaissent avec deux gros ballons de baudruche dans le dos, « comme des dindons qui se pavanent », précise .

On est séduit par l’abattage scénique autant que vocal d’, avec et sans moustache. , soprano plus léger, aux aigus lumineux, incarne une coquette aussi troublante que piquante. est un Damon épatant, ténor léger au timbre séduisant et à la diction parfaite. Tout ce petit monde se lâche un peu dans le vaudeville final très enlevé où Pierre Alfieri a totalement réécrit le texte pour l’adapter à la nouvelle situation dramatique. Le bouquet de chansons et de danses qui termine l’ouvrage dans le ton plus parodique du théâtre de foire, que Dauvergne, comme Rameau d’ailleurs, connaissait bien, est un bijou finement ciselé par nos deux « tropeurs », Alfieri et Pesson qui, avec l’humour en filigrane, réenchantent l’univers de Dauvergne et de Favart.

Crédit photographique : © Marc Domage

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